‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 35 sur 66 · LE VRAI COUCHER DE SOLEIL OÙ · texte numérisé non relu

LE VRAI COUCHER DE SOLEIL OÙ

VIEILLESSE DE PIE-NEUF A L'OCCASION DU 50? ANNIVERSAIRE DE SON ÉPISCOPAT

“Nemo tam Pater |

IEILLARD béni du ciel, Pie-Neuf sous sa tiare V Porte une autre couronne aussi belle et plus rare : Mître d’un demi siècle, auguste et saint bandeau ! Feuilletez à l’envi les âges et l’histoire :

Non ! jamais diadème aussi chargé de gloire | Ne couronna vieillard plus beau !

Artiste ! homme inspiré qui cherches pour ta plume

Quelque sujet magique où ta verve s’allume,

Artiste | aigle altéré d'amour et de beauté—

Mais qui n’as su trouver de merveille assez belle L

Pour y fixer, ravi, ton ardente prunelle, Laisse l'univers de côté :

Suspends ton vol, regarde : il n’est rien sur la terre

De beau comme Pie-Neuf, notre Roi, notre Père !

Il n’est rien d’aussi grand sous le dôme éternel !

Suspends ton vol, joyeux, sur les hauteurs de Rome,

Et contemple : Pie-Neuf est à la fois grand homme, Grand prince, et Pontife Immortel ! ‘à

Cet homme que le ciel admire, 11 Je n’ai jamais vu son sourire :

Mais il me fascine, il m'attire !

Mais je le contemple pourtant !

Car mon âme avec allégresse

Perce des flots la brume épaisse : L O saint vieillard ! avec ivresse À Je t’aime à travers l’océan ;

Le vrai coucher de soleil ou vieillesse de Pie-Neuf 133

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Aux jours dorés de mon jeune âge, Dans la cité comme au village, Quelques amis sur mon passage

Ont charmé môn œil ébloui :

J'aimai... Pourtant, je le proclame :

De tous ces noms de feu, de flamme, Aucun n’a fait vibrer mon Âme Comme le nom de Mastaï !

Mastaï ! dont l'intelligence, Brillante étoile à sa naissance, Jette, à mesure qu'il avance,

Des rayons plus vifs et plus beaux :

Comme sur la mer qui bouillonne Un phare d'autant plus rayonne Que l'ombre du soir l’environne

Et que la nuit couvre les eaux !

Mastaï ! noble caractère

Dont l'humanité se sent fière !

Beau type déjà légendaire

Dont l'artiste enivre ses yeux !

Cette grande âme, oh ! qu'elle est belle !

La décadence originelle

N'a pas là trahi le modèle :

Or, le modèle est dans les cieux !

Quand je vis, colon de la France, Ces frais lauriers de la vaillance Que mon pays plein d'espérance Porte à son front jeune et royal, Oh ! tout Canadien le devine,

Ï1 s’alluma dans ma poitrine Une flamme large et divine

Pour mon humble pays natal !

Es

Maïs quand, sans trahir cette idole, Ù Je vis l’éternelle auréole H] Qui couronne la métropole De l’univers civilisé ; Mais quand mon œil de catholique F Vit ce monarque pacifique, È Ce saint royalement stoïque 4 Et lentement martyrisé ;

Quand, vendu par ses enfants mêmes, à Quand, abreuvé de leurs blasphèmes, 4 Je vis Pie-Neuf pour anathèmes Opposer les pleurs de ses yeux :

Au vieux pontife sans couronne [1 Faisant de ma vie une aumône, J'eusse pour cimenter son trône Versé mon sang, fier et joyeux !

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