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Le vrai coucher de soleil ou vieillesse de Pie-Neuf 135

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Adorablement populaire,

Et se flattant, noble chimère,

De ne rencontrer sur la terre

Que des hommes droits comme lui, Pie-Neuf, méprise glorieuse !

Voulut d'une main généreuse Adoucir l’hydre astucieuse

Qui rêve sa mort aujourd’hui :

Mais le monstre a levé la tête,

Et sur le rocher de Gaëte,

Comme un rameau par la tempête Le roi-martyr fut emporté.

Merci, brigands ! gloire à vos armes !

Comme vous l’entourez de charmes :

Exil—Pardon—Dignité—Larmes— Ces mots rehaussent la beauté !

La beauté ! la beauté de ce mortel étrange !... 11 faudrait l'avoir vu, souriant comme un ange, Quand à flots sur son peuple il verse le pardon! Ou que chargé d’un siècle, il est là qui chancelle Et bénit l’univers d’une main paternelle,

Debout à quelque haut balcon !

136 Au foyer de mon £resbytère Re ce

Un chapeau simple et digne, ample, noble, écarlate, Sur ses cheveux blanchis comme une braise éclate, Symbole du martyre et de la charité. Mais le peuple ébloui ne voit que son visage, Ravissante figure, humble et vivante image

De l’auguste Divinité !

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Voyez son pied : la pourpre à son pied brille encore : | Ce messager qui doit du couchant à l'aurore | Porter l'ardent flambeau, sa chaussure est de feu. Mais il irait pieds nus, que le peuple de Rome | Murmurerait, frappé : ‘ C'est un roi que cet homme ! Ou bien, c'est Jéhovah, c'est Dieu!”

Blanche comme la neige et comme la justice, La robe du Pontife, à l’innocent propice, Blesse l'œil du méchant qu'agite le remord.

Serpent haineux, caché sous l’autel et le trône, La Révolution, qui d’ombres s’environne,

Ne peut fixer ce soleil d’or !

Com menant: ti étanches nel, ae

La voix de ce vieillard, puissance surhumaine, Règne d’un pôle à l’autre, et règne en souveraine. Tout autre prince, un peu règne par le canon : De l'âme franchissant l'intime sanctuaire, , Lui règne au fond des cœurs : il commande, et la terre

Avec amour courbe son front !

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Quand l'homme dont la voix opère un tel prodige Est Pie-Neuf, maintenant ”...oh ! quel nouveau prestige ! L’hérétique lui-même enchanté se surprend ! : L'Église, elle, en est fière et l'écoute ravie : L'éloquence, en effet, de sa lèvre bénie Coule à flots d'or comme un torrent |

Jetez, dans l'univers, vos yeux sur chaque trône : Qu’y voyez-vous ? Souvent un porteur de couronne Sans vertus, sans prestige, et fort peu respecté. Mais notre Prince à nous, c’est un prince angélique, Pie-Neuf ! au nom de qui l'univers catholique

Lève la tête avec fierté !

Pape ! Premier Pasteur de l'Eglise Romaine !

Quelle grandeur : porter sur une épaule humaine

La royauté du Christ comme on porte un manteau ! :

Infaillible ici-bas : plus grand mystère encore !

Dieu parle au fond des cieux : comme un rocher sonore, Le Vatican lui fait écho !

Mais dites, quand le Christ trouva-t-il sur la terre

Plus digne Lieutenant, plus glorieux Vicaire ?

Je vois sourire aux cieux Celle qu’il couronna :

J'entends vingt-six Martyrs dont le J apon sauvage

À bu le sang vermeil avec des cris de rage, Répondre : ‘‘ A Pie-Neuf, hosanna * !

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Intrépide gardien du plus saint héritage,

L'avenir, lui, surtout, redira d'âge en âge

Qu'il préféra l'exil, fidèle à son serment.

Et son nom, que l'amour avec joie éternise,

Resplendira plus tard dans le ciel de l'Église Comme un soleil au firmament |

Son tendre cœur de Père est grand comme le monde : L'univers tout entier, que son verbe féconde, Dort comme réchauffé sous son large manteau, En même temps qu'à Rome il assemble un Concile, Ce pasteur soucieux fait prêcher l'Evangile

Sous la hutte de l’'Esquimau.

Qu'on torture à l’envi son auguste personne : Nouvel Agneau Mystique, il excuse, il pardonne : Garibaldi—Cavour—Peuples, frappez en chœur :

Vous ferez bien briller des pleurs à sa paupière : De la haïne, jamais ! nature tendre et fière,

Il n'eut jamais de fiel au cœur !

Gémisse sous le ciel un pays qu'on opprime,

L’Irlande, la Pologne, ou toute autre victime :

Le Vieillard, sans trembler, plaide rour l'innocent.

Diplomates, laissez périr ce peuple frère :

Pie-Neuf est moins prudent : car Pie-Neuf est un Père, Et chaque peuple est son enfant |

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Voilà pourquoi, douleur unique |

Lorsque le fil télégraphique

Fera frissonner l'Atlantique

Et murmurera sous les flots :

‘ Pie-Neuf dans un tombeau sommeille, ” Le ciel, s’il veut prêter l'oreille,

Entendra, plainte sans pareille,

La terre éclater en sanglots !

Tous pleureront : roi, paysanne, Tous ! l’Indien sous le platane, Le sauvage dans sa cabane,

Le mendiant sur les chemins !

Oh ! la foudroyante nouvelle !

La mort—ce jour-là criminelle— La mort aura d’un seul coup d'aile Fait des millions d’orphelins !

Pie-Neuf ! dernier vengeur du crime !

Pie-Neuf ! représentant sublime

De l'autorité qui s’abîme

D'un bout du monde à l’autre bout !

Pie-Neuf! radieux luminaire, Dernier flambeau qui nous éclaire !

Rayonne encor sur cette terre :

Car la nuit surgit de partout !

140 Au foyer de mon Lresbytère

RS ae pm Vous avez, vers le soir, sur la route déserte, Le long d'un bois perdu Rencontré par hasard Il regardait le ciel d’un œil mélancolique :

Il n'est pas gai de voir, loin du seuil domestique, L'ombre des arbres S'alionger |

» Sur une plaine verte, quelque pauvre étranger,

Lui se sentait 1à seul, bien loin de son village,

Et le soleil couchant teignait l’ardent nuage De cet éclat réveur

Pour éclairer sa m Oh !

, Charmant, rouge et vermeil.

arche et consoler sa route,

comme À l'horizon le Pêlerin sans doute Eût voulu garder le soleil !

Voyageur attardé, loin du ciel qu’il oublie,

Le genre humain, Pie-Neuf, marche vers la Patrie

Comme cet étranger, —inquiet et songeur,

Reste sur l'horizon, consolant météore !

Pie-Neuf, il se fait soir : longtemps rayonne encore Sur le genre humain voyageur !

Vois ! la terre aujourd'hui t'acclame avec ivresse,

Cent peuples à ton nom tressaillent d’allégresse, ;

Jusques à tes enfants du Canada lointain !

Que cette explosion d'amour te rajeunisse !

Tu bénis l'univers : que le Ciel te bénisse, Et que Pie-Neuf vive sans fin !

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