A LA COLLINE DE GELBOË
ALHEUR à Gelboë ! malheur!
A Gelboë, honte, anathème !
O jour néfaste ! 6 deuil suprême Pour mon pays et pour mon cœur !
Malheur à Gelboë ! malheur!
Elle a bu sans remords, colline criminelle, Le sang de Jonathas et le sang de mon roi :
Que jamais la rosée à ton front n'étincelle !
Que l'aurore jamais ne se lève sur toi ! & Que dans ies bois maudits l'oiseau soit sans ramage,
La vigne sans raisin, la brise sans odeur !
Qu'un automne éternel teigne ton vert feuillage ’ D'un sang fatal, d'un sang vengeur !
Oo mon pays, verse des pleurs :
Tes rois dorment dans la poussière, La mort de sa faux sanguinaire Les a fauchés comme deux fleurs :
O mon pays, verse des pleurs.
Comment sont-ils tombés, les forts, dans leur vaillance ? Quand de leur riche tente ils sortaient le matin l En brandissant leur glaive altéré de vengeance, L'épouvante planait sur le camp philistin ; Et le soir, quand le fer assouvi de carnage S'endormait triomphant dans le fourreau du roi, Les barbares hurlaient de douleur et de rage Et se comptaient avec effroi.
Et le Lion s'est endormi !
La vigne n'est plus protégée : à Je vois la vigne ravagée, .
J'entends les cris de l'ennemi : À Car le Lion s'est endormi !
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Anathème à la colline de Gelboë
Tremble ! ah! tremble, Israël ! Vois-tu, sur tes collines, Pauvre peuple, vois-tu briller dans le lointain
Cette épaisse moisson de dards, de javelines ?
Saûl, réveille-toi ! bande ton arc d'airain !
Ton ombre fera fuir ces timides gazelles !
Lève-toi, Jonathas ! à nous, guerriers, à nous!
Qu'’à vos flèches la mort attache encor ses ailes : Guerriers tombés, réveillez-vous !
Pleurez-les, vierges de Sion :
Laissez, dans vos sombres alarmes, Le flot des pleurs noyer vos charmes !
Tous deux sans vie—Aigle et Lion !
Pleurez-les, vierge. Je Sion !
Pleurez, vents du couchant, pleurez, vents de l'aurore : Ils sont tombés ! Jourdain ! laisse aujourd'hui tes flots Bondir en mugissant sur ta plage sonore,
Et qu'Israël entonne un hymne de sanglots !
Fallait-il voir le fils mordre aussi la poussière ? Écartez de mon front, écartez, Ô mon Dieu,
Un diadème encor tout chaud du sang d'un frère : Oh! plutôt un bandeau de feu !
Sous l'aile sombre de la mort Qu'au moins Saül en paix sommeille !
Silence ! qu'aucun bruit n'éveille
Un Roi malheureux qui ne dort
Que sous les ailes de ia mort !
8 Au foyer de mon Îresbyière emma mnrnaisnnnn
Que de fois tu brûlas de m'arracher la vie,
Sal, quand au retour de ce sombre démon
Ton œil étincelait des éclairs de l'envie,
Ou qu'un cuisant remords venait rider ton front !
Mais n'expiais-tu pas toi-même ta colère !
Je te pleure, Sal, je te pleure, o mon Roi !
Que m'importe aujourd'hui ta haine involontaire : Tu fus plus malheureux que moi |
Saül, dans mon sang que de fois, h ! que de fois, farouche hyène,
Tu brûlas d’abreuver ta haine !
Pour m'anéantir, que de fois
Tu me poursuivis dans les bois !
Dans une grotte, un soir, tu sommeillais tranquille :
Le ciel mit dans mes mains la coupe de tes jours.
Je pouvais la briser comme un vase d'argile :
Je ne la brisai pas : car je t’aimais toujours !
L'aurore de nouveau vint réveiller ta haine,
Et je repris ma fuite à travers le vallon, —
Comme un timide oiseau qu’un chasseur dans la plaine Poursuit de buisson en buisson.
Mais sous les ailes de la mort Qu'en paix l’infortuné sommeille.
Silence ! qu'aucun bruit n'éveille Un Roi malheureux qui ne dort Que +ous les ailes de la mort !
Anathème à La Colline de Gelboë
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Silence, Gelboë ! puisse jamais la foudre N'oser faire bondir tes lugubres échos !
Silence ! il a souffert : comment ne pas l’absoudre ?
Malheur, malheur à qui troublerait son repos |
Malheur à toi, David, si ta harpe en délire
Exhalait un refrain d'anathème enivré |
Bénis-le dans ton Cœur, pleure-le sur ta lyre : Il a souffert] est sacré |
Oh ! comment ne pas te bénir !
Tu dors à côté de mon frère !
Vous viviez unis sur la terre :
La mort, se laissant attendrir, N'a pas voulu vous désunir |
Mais Jonathas n'est plus ! Ah! Jonathas ma vie ! Réveille-toi, réponds à mes cris déchirants.
Réveille-toi : c’est moi, c’est David qui te crie, Jonathas de David n'entend plus les accents !
Oh ! pourquoi nous aimer d’un amour aussi tendre, Si, destiné d'avance au fer de l'ennemi,
L'un devait quelque jour au tombeau seul descendre,
Et laisser l'autre sans ami !
1G Au foyer de mon Presbytère
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Oh ! reviens, frère, du tombeau !
Ton âme adhérait à mon Âme Comme au sarment la douce flamme, Comme la vigne au jeune ormeau Reviens, oh ! reviens du tombeau !
Reviens ! car la douleur est là dans ma poitrine, Comme un sinistre oiseau sous un vieux toit désert, Je la sens, je la sens tresser son nid d'épine Et déchirer mon sein de ses griffes de fer.
Dans les murs de Sion comme au sein des campagnes, Partout je porte au cœur un Souvenir sanglant, — Comme le cerf blessé traîne sur les montagnes
La flèche qui lui mord le flanc.
Frère béni, t'en souvient-il ?
Lorsque Saül avec menace
Dans les bois me faisait la chasse, Frère, oh ! qui dora mon exil ?
Frère béni, t'en souvient-il ?
Jonathas ! je t'aimais comme une tendre mère,
Le matin, ta pensée embaumait mon réveil ;
Le soir, quand j'évoquais ton ombre à jamais chère,
Le ciel sur la forêt rayonnait plus vermeil.
Pleure, ah ! pleure, David! qu'à jamais l'allégresse
Déserte ton foyer comme un hôte odieux !
Pleure ! qu’à flots amers le deuil et la tristesse Montent de ton cœur à tes yeux |
Anathème à la colline de Gelboë
Te souviens-tu, mon Jonathas,
Lorsque d'un message de vie
Tu chargeais ta flèche bénie
Qui me disait : ‘ Reste là-bas ” ?
T'en Souviens-tu, mon Jonathas ?.…,
Te souviens-tu lorsque la forêt tutélaire
Abritait un enfant par ton père maudit ?
J'enviais à l'aiglon la mousse de son aire,
Au hibou sa masure, au passereau son nid.—
Mais si mon Jonathas venait À me surprendre
Mélant mes pleurs amers à l'onde d’un torrent,
J'oubliais mon exil, et sur son cœur si tendre Je reposais mon front brûlant !
Nous n’irons plus tous deux le soir Calmer cet infortuné Père,
Ouvrir son cœur À la prière, Égayer son esprit trop noir,
Et distraire son désespoir.
Je n’irai plus, avant le lever de l’aurore,
Épier de Safl le réveil plein d'horreur :
Je n'irai plus, tremblant, sur ma harpe sonore, Réveiller son espoir, assoupir sa douleur.
Et le soir, tendre ami, lorsque la nuit pensive Versera sur les bois son jour mystérieux,
Nous n'irons plus tous
deux nous asseoir sur la rive, Pour chanter la Splendeur des cieux !
Au foyer de mon presbytère TT Mn Réveille-toi, royal ami |
Ton amitié suave et pure
Faisait rayonner la nature,
Es-tu pour jamais endormi ?
Réveille-toi, royal ami !
Oh ! tu ne m'entends Abreuveraient le soi q Elles féconderaient q Mais lui,
plus ! quand mes larmes amères ui couvre Jonathas, uelques fleurs solitaires, mais Jonathas ne tressaillirait pas !
J'irai, j'irai Pourtant, ombre chère et bénie | Où ton sang fut versé j'irai verser des pleurs. Chaque soir me vérra, Sur ta tombe chérie Porter des regrets et des fleurs |
À Gelboë paix et bonheur ! L
En te foulant, sainte colline, E A se [LE
Que le pâtre attendri s'incline
En murmurant du fond du cœur :
À Gelboë paix et bonheur !
Anathème à [a colline de Gelboë 13
mt ml
Paix au gazon béni qui couvre l'innocence | Qu'’avec respect la nuit, planant sur tes sillons, Te verse la fraîcheur, et l'ombre, et le silence | Que toujours sur ces champs dorment les aquilons ! Qu'un arc-en-ciel toujours, après un tiède orage, De ces hois tout en pleurs couronnant le sommet, Console, en déployant ses feux sur le feuillage, L'enfant qui dort sous la forêt
Saint-Fulgence du Saguenay, 1878,