‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 42 sur 66 · A MADAME L.,.., DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

A MADAME L.,.., DE QUÉBEC

A mère a dans sa chambre un doux petit calvaire : C’est un prie-Dieu brodé, que sa douleur vénère. Des fleurs à gros relief en ornent le dessus. Qui donc a fait ces fleurs, découpé cette frange ? Un artiste émérite ? Une duchesse ? Un ange ? Non.—Mais ce sont les mains d'enfants qui ne sont plus !

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15Ô Au foyer de mon presbytère mé mm mm Chacune, pour créer ce meuble de famille,

Mit un peu de son âme, et quelques coups d'aiguille, La couleur est voyante, et le meuble est fort beau,

À son aspect pourtant son cœur entier frissonne : r C'est à ce beau prie-Dieu, que sa tête grisonne :— Ÿ Les mains qui l'ont brodé sont toutes au tombeau ! É

Au-dessus, cinq portraits—navrante galerie,

C’est le doux rendez-vous. La mère y pleure, y prie. Ses filles, son mari, là rayonnent au mur,

La Mort—faucheur pressé—groupe là sa famille. Autour d'elle, la Mort à grands coups de faucille, Frappe sur chaque épi, —même avant qu’il soit mûr !

O femme ! tu sauras ce que c’est que la peine :

Elle emplit ton grand cœur comme l’eau la fontaine,

Ne perds jamais des yeux le ciel, le beau ciel bleu.

À ton foyer muet, lé soir, prie en silence :

N’allume pour flambeau que la sainte espérance :— ( Tu les verras planer autour dé ton prie-Dieu !

Son prie-Dieu

Oh ! je les ai connus, ces êtres que tu pleures :

Dans leur intimité j'ai passé bien des heures.

Quels caractères d’or ! Je veux être discret.

Un trait, pardon—mon cœur veut qu’enfin je le dise : f Leur pieuse amitié décora mon église | Ê —J'avais promis, pourtant, de garder ce secret.

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Saint-Édouard de Lotbinière, Février 1881,

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