‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 45 sur 66 · PE · texte numérisé non relu

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Des insectes vermeils, réchauffés doucement, Ressuscitaient de joie et bourdonnaient gaiment,

Et de grosses fourmis, peuplade aux noirs corsages, Montaient encor le long des peupliers sauvages : Elles voulaient goûter, sur l'arbre tou jours vert, Une goutte de vie avant le froid hiver.

Lui, faisant à ses morts sa visite rêveuse,

Avait choisi pour siège une roche mousseuse.

Tout près, le sol était fraîchement remué :

Le pied du fossoyeur, dans le sable imprimé,

Émut le vieux Pasteur, et, pour mieux se distraire.

Ï1 détourna les yeux, puis ouvrit son bréviaire :

Le vieux prêtre aime tant à prier pour ses morts |

Ces intimes plaisirs sont ses plus doux transports.

Il pria quelque temps ; mais, trahissant son âme,

Ses yeux comme voilés du sens perdaient la trame... Ses yeux voulaient pleurer : il ne résista pas :—-

‘* Pauvre enfant ! qui dormait sous terre à quelques pas ! Une heure auparavant, jeune fleur parfumée,

Je l'avais en surplis là moi-même inhumée,—

Et la voilà tout seule, au fond de ce cachot !...— —-Mon Dieu, qui sont ces pas qui me foulent là-haut ? De qui cette voix tendre et ces fraîches prières ? Est-ce vous, jeunes Sœurs ? est-ce vous, petits frères ?

Une larme chrétienne est une Prière 165

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Votre voix a changé, mais qu'elle est douce encor ! Comme elle rafraîchit ce séjour de la mort !

Car sur ce lit nouveau je suis bien mal à l'aise : Comment dormir un peu sur cette chaude braise ?

Il fait aussi bien noir : et je brûle pourtant !

Car mon petit cercueil est devenu brûlant.

Mais depuis que j'entends des pas, ? dans la mousse, Des prières, des pleurs... ma prison est plus douce ! Dites-donc : est-ce vous, qui murmurez mon nom

Et qui marchez ainsi là-haut dans le gazon ?

— Eh bien, non, chère enfant : ce ne sont pas tes frères Qui répandent sur toi ces pieuses prières :

Non : c'est ce visiteur, grave et de blanc vêtu,

Et qui t'a confessée, un soir... t'en souviens-tu ?

Il te parlait, tout bas, du ciel, d'une autre vie...

Des pleurs parfois coulaient sur ta joue amaigrie. C’est lui qui pour calmer, pauvre enfant, ton effroi, Promit de revenir ici prier pour toi, —

Tu craignaiïs assez peu le brûlant Purgatoire :

Mais ce qui t'effrayait, c'était la fosse noire :

Solitaire cachot de fantômes peuplé.

Ce souvenir, mon ange, ici m'a rappelé :

C'est ma voix qui te pleure, et prie, et te console :— C'est la voix de ce prêtre à l’austère parole,

Qui te grondait parfois : qui, si tu t'en souviens, T’arracha sans pitié plus d’une fleur: es mains.

Tu trouvais quelquefois ses paroles cruelles :

Il surveillait, jaloux, la blancheur de tes ailes,

Encore ce matin, auprès de ton cercueil,

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pli Il semblait—seulne prendre aucune part au deuil :— k (ll Il refoulait sa peine au fond de sa poitrine ! | Pendant que ta famille au haut de la colline [dr || L'âme pour toi brisée en cercle te pleurait, — Le prêtre, les yeux secs, sur tes cendres priait. Mais la famille vite au loin s'est dispersée, Et tu n'es déjà plus présente à sa pensée.

Lui te pleure, à son tour, Et chez lui, la douleur, à Ce n’est pas seulement un brisement de cœur : nl C’est bien plus que cela, car c'est une prière | Qui fait fleurir la joie au fond du cimetière :—- î Car le prêtre, vois-tu, jeune hôte du trépas, ; Car le prêtre est l'ami de ceux qui n’en ont pas : | 3 L'ami des oubliés, que n'aime plus personne, — Des oubliés surtout que la tombe emprisonne ! ”

Sainte-Croix de Lotbinière, Mars 1876.

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