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172 Au foyer de mon Presbytère ER ENT DIT
Ma jeune nation, mon Dieu qu'elle était belle
Ce jour-là ! Mes regards la contemplent enccr,
Cette messe superbe avec son grand décor.
Ts ébranlent toujours mon oreille et mon âme,
Ces canons qui chantaient en vomissant Ja flamme, Ces fifres, ces tambours, ces chœurs aux mille voix, Répétant à l'envi : ‘ Seigneur ! j'aime et je crois ! ” Faisant écho là-haut, la voix de Dieu sans doute Disait : ‘Gloire et longs jours au peuple qui m'écoute ! Paix au peuple qui fut bercé Par son clergé :
Un peuple ami du prêtre est du ciel protégé ! ” L'Évêque,—un saint vieillard, —tenant la Sainte Hostie, Bénissait aussi lui notre heureuse patrie :
Comme il dut tressaillir, quand élevant les bras
Sur ce vieux Champ de gloire où dorment nos soldats, Le Pontife, ombragé d’éloquentes bannières,
Vit descendre le Dieu Pour qui mouraient nos pères | Là, le sang de Montcalm semblait encor fumer :
Le sang du Christ, venant ce jour-là s’y mêler,
La jeune nation, sous sa robe de vierge,
Le firmament pour tente et le soleil pour cierge, Entre elle et Dieu signa comme un pacte éternel : On rivait à jamais la Patrie à l'autel !
Religion, patrie, —-oh | l'union féconde !
Elle suffirait seule à transformer le monde |
Sur ces paisibles bords elle a suffi déjà
À faire ce qu'il est notre beau Canada.
Que toujours ces deux Sœurs, — Religion, Patrie — Marchent, main dans la main, le chemin de la vie !
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Nouvelle alliance
Pour que ce pacte saint, harmonieux, fécond,
Soit ce que Dieu demande,—éternel et profond, Que nos hommes d'État, que nos hommes d'Église, Se lient d’une amitié qu'aucun souffle ne brise.
La cadette et l’aînée ont chacune leurs droits
Dont la stricte limite est obscure parfois :
Pour que l’une des deux ne soit pas mécontente,
I] faut dans les rapports de l'amour, de l'entente. Mais ne séparons pas ces deux augustes sœurs,
Au forum, au foyer, pas plus que dans nos cœurs ! Sans la religion, l'état languit sans force :
C'est un arbre bâtard, sans sève et sans écorce. Mais ici, dans les lois, dans l’école, partout,
Elle circule à flots : aussi, l'arbre est debout : Debout,—et tout chargé des fleurs les plus divines ! Debout, —et sous le sol plongeant loin ses racines ! Debout, debout et fort, —parce que, grâce au ciel, L'arbre national fleurit près de l'autel !
O pays plein de foi, d'honneur et d'espérance : Avec le ciel tu viens de refaire alliance !
C’est sous l'aile de Dieu que l’on t'a vu grandir,
Et c'est là que tu veux succomber ou fleurir ! Jeune peuple, ah ! courage ! et grave dans ton âme Ce mot gravé déjà sur un bel oriflamme :—
‘ C'est la religion qui sauve une cité :
Dieu, qui connaît les siens, combat à leur côté ! ”
Peuple, rappelle-toi ton enfance orageuse :
Dans un berceau d'osier, sur une mer houleuse,
Par la vague en fureur on t'a vu balloté :
Mais pour veiller sur toi ton clergé t'est resté,
Quand chevaliers, seigneurs, bourgeois, fuyant l'orage, T’abandonnaient un jour vagissant sur la plage,
Seul, ton clergé resta pour partager ton sort :
Car ton clergé, vois-tu, t'aime jusqu’à la mort !
Il a pansé ta plaie, il a plaidé ta cause ;
Et c’est à sa chaleur, ô peuple, qu'est éclose
La vaillanté phalange au cœur toujours français Devant qui dut plier la morgue des Anglais.
Ces grands hommes d’État dont ta mémoire est pleine, — Parent, Morin, Bédard, Sir George, Lafontaine... Tous les mâles soldats de ce fier bataillon
Devant qui l'Angleterre a baissé pavillon ;
Qui brisèrent enfin la verge de tes maîtres, —
Qui donc les a formés, si ce ne sont tes prêtres ?
Tu le sais ! ton grand cœur me devance, et ta voix Jure d’aimer toujours l'autel en qui tu crois | Autour de ton clergé, plus que jamais tu jures De resserrer tes rangs pour les luttes futures : Tu veux respirer d’aise encor, sous ce drapeau Dont la majesté sainte ombragea ton berceau !
Nouvelle alliance 175
O peuple ! à ce serment tiendras-tu ?—Oui sans doute ! Fidèle à ton passé, tu poursuivras ta route,
Saintement orgueilleux de tes grands souvenirs.
Quand on l’a baptisé dans le sang des martyrs,
Chaque fois qu'un pays trahit pareil baptême
Souviens-toi que le ciel répond par l’anathème !
Saint-Édouard de Lotb'nière, Février 1881.
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