‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 47 sur 66 · NOUVELLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

NOUVELLE ALLIANCE

E peuple canadien, béni, choyé du ciel, Je l'ai vu se presser autour d’un même autel : Je l'ai vu de mes yeux réuni dans ces plaines,

De la foi plein le cœur, et du sang plein les veines. Dressé sur le sommet des Buttes-à-Neveu,

L'autel, nouveau Sina, se couronnait de feu.

Ces plaines d'Abraham, d'ordinaire si vertes,

Dès le lever du jour s'étaient sondain couvertes D'un flot multicolore, harmonieux, mouvant :

C'était comme une mer au flot calme et vivant.

170 Au foyer de mon Lresbytère —— roman mm

Et la marée humaine, à tout moment accrue, Montait, montait toujours, en étonnant la vue,

Sur ce bel océan, pas de vents en fureur :

Mais un profond murmure imprégné de bonheur.

Pas d'écume : Partout des drapeaux d'or, de soie, Jaillissaient de la mer comme du cœur la joie,

Les rouges étendards éclataient sur les flots Comme au-dessus des blés de grands coquelicots, Un vieux drapeau Surtout, haché, noirci de poudre, —Sorte de vétéran consacré par la foudre— Éclipsant À lui seul des milliers d'étendards, Semblait avec orgueil attirer les regards :

Lambeau taché de Sang, noble et sainte relique Dont se pare aux £rands jours la sombre Basilique ! Jadis, au bord des flots du Lac Saint-Sacrement,

Ce drapeau, bravant là les Anglais hardiment, S'était enfin, Parmi tant d'autres héros pâles, Affaissé sur sa hampe où mordaient trop les balles. Mais ce drapeau français—ah | mon Dieu, le dernier !— N'eut pas du moins l'affront d'être fait prisonnier ! L'étendard que ma M use avec respect déroule, Avait donc ses motifs d’électriser la foule.

C'était ce blanc drapeau qu'aux champs de Carillon La gloire avait doré d’un suprême rayon, Et qui, ce matin-là, porté par nos Zouaves, Se retrouvait chez lui dans ce groupe de braves ! À droite de l'autel il flottait radieux— Vieux symbole criblé d’un passé glorieux !

C'était comme un fantôme irisé de vaillance

Nouvelle alliance

Qui nous apparaissait dans l'air : c'était la France !

O lambeau retrouvé dans un obscur sillon,

Sacré palladium, drapeau de Carillon :

J'ai, parmi mes bonheurs, in bonheur plein de fièvre : Celui d’avoir sur toi porté, tremblant, ma lèvre | Celui d'avoir un jour senti, tout frissonnant,

Tes franges au hasard me frôler en passant :

La France d'autrefois, la vieille France aimée,

Elle m'a donc touché de son aile embaumée !

Et la marée au loin montait, montait sans fin, Et sa vague inondait tout l'immense terrain.

Pas de monstre hideux hurlant sous cette houle :

Mais de ces calmes flots, mais du sein de la foule, Échangeant des accords et des refrains amis, Réveillant mille échos dans le ciel erdormis,

Cent vingt corps de musique épanchaient sur la plaine L'enthousiasme ardent dont la foule était pleine :

De chaque peloton brillamment costumé

S'élançait, bondissant, comme un hymne enflammé ! Le peuple avec transports chômait sa grande fête, Champ d'honneur sous les pieds, ciel ouvert sur la tête. Des quatre vents, de tous les points de l'horizon,

La Patrie eut bientôt, d’un coup de son clairon,

Réuni, palpitants, ses enfants sous son aile.

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