IMPERTINENCES A L'EAU DE ROSE
Os écrivains sont fort nombreux :
La Patrie en est radieuse.
Ma muse, elle, un peu trop rieuse,
Les prend à peine au sérieux.
Rire à leur barbe avec délices, Tout en leur brûlant de l’encens, Ce sont là ses jeux innocents ; Je n'approuve pas ces caprices.
Au foyer de mon Presbytère me ——
Non.—Du fond de mon cabinet, Nos écrivains je les admire.
Je me garderais bien d'en rire :
On me coifferait d'un bonnet !
Je veux encor moins sur l’'enclume Les marteler brutalement :
Mais, chatouillons-les seulement . .
Avec une barbe de plume,
Bien—Je commence par LeMay.
C'est une féconde prairie,
Il en a la monotonie,
Mais aussi le charme embaumé.
V''us vous dites : Trop de verdure, De ruisseaux, d'oiseaux veloutés.
Tout de même, vous écoutez, Coudes cloués sur la clôture.
Impertinences à l'eau de rose.
Poisson tourne d’aimables vers.
Mais il n'a pas le vo! des aigles.
Comme un doux pigeon dans les seigles, 11 becquète les gazons verts.
Il semble avoir nris pour devise :
Mon Dieu, pourquoi travailler tant !
Pour mes vers, pas plus de tourment Que pour mon devant de chemise !
Faucher ne nous fait pas languir !
Sa plume est suave et pimpante.
Comme une étoile à la brunante, Il fait rêver, —sans éblouir.
; Je prise fort Benjamin Suite !
Plein d'esprit, d’érudition.
Ses vers sont sans prétention :
Le mot renferme un grain d'’insulte,
Vive l’aimable De Gaspé !
Quel vivant pinceau que sa plume !
Ë Je voudrais être en son volume,
Même sous les traits de Jôsé.
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Chauveau, c'est un esprit d'élite !
Prosateur souple et pomponné, Dans la strophe il paraît gêné Comme un soldat dans sa guérite.
Marmette a choisi le roman, Pays scabreux de sa nature,
Joseph, je crains pour ta monture :
Tes ‘harnais sont faits de ruban.
Je préfère Gérin-Lajoie :
Ses héros regardent le ciel,
Et l'intrigue, avec naturel, Sous vos yeux marche et se déploie.
Pour dire à fond la vérité, Marmette n’est pas sans mérite :
Non, non, certes ! Mais qu’il évite Le genre trop décolleté.
Du ‘‘ croustillant ” qu'il nous délivre :
Dans ce pays plein de glaçons,
Il faut que filles et garçons, .
S’habillent même dans un livre.
Tmpertinences à l'eau de rose
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Sans viser à l’inattendu, Buies vous surprend toujours son monde.
Il est connu loin à la ronde,
Ce trop célèbre enfant perdu.
Muse ! muse ! par tes caresses Apprivoise ce pauvre cœur.
Je crois sa muse un peu ta sœur ; J'ai pour cet homme des tendresses.
Buies !—Un esprit original, Toujours sous sa phrase pétille :
C'est une étoile qui scintille
Sous un beau globe de cristal,
L'étoile doit dans les nuages Répandre en haut ses verts reflets :
Buies ! laisse donc les feux-follets
Planer seuls sur les marécages.
Gâgnon, spirituel causeur, Charme l’esprit comme l'oreille :
S'il fait ronfler l'orgue à merveille, Il tient éveillé son lecteur.
Au foyer de mon Presbytère Mais je charge un peu la peinture.
Allons, soyons impartial :
L'éloge n'est plus musical Dès qu'on a rompu la mesure.
Gâgnon est un homme de sens :
La preuve, c'est qu'il me répète
Que je perds quelquefois la tête ; En prodiguant un peu l’encens,
Myrand court trop la métaphore :
De l'idée ; un peu trop de fleurs,
Donnelly, bel astre d’ailleurs, Reste toujours à son aurore.
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Bégin rehausse mon écrin.
Il est savant comme un gros livre.
C’est À longs traits que je m’enivre Au puits de ce Bénédictin.
Prendergast est une sylphide Qui ne manque pas de reflet :
C’est un insecte qui promet, — Quoiqu’à l'état de chrysalide,
Impertinences à l'eau de rose
Avant qu’il parte, oublierons-nous Notre consul français Lefaivre ?
Avec un vrai talent d'orfèvre
I1 vous cisèle ses bijoux.
Je cherche quel pinceau colore Le mieux les bulles de savon. Le soleil m'offre son rayon :
Fabre sur lui l'emporte encore.
Fabre se fait surtout priser Des gourmets en littérature :
Toujours narquois, léger d’allure, Il nourrit peu, mais sait griser.
Le lecteur déguste sa grâce Comme un gourmet, de soif brûlé, Suce, avec un chaume de blé,
Un fin claret-punch à la glace.
Fabre ! ton encrier gaulois Exhale un fumet de falerne.
Mais, c’est ur fumet trop moderne :
Un peu trop périsien, je crois.
Au foyer de mon 2resbytère mm me
Quelle est cette muse hautaine, Qui jase à l'église, et qui prend De l’eau bénite avec son gant ?
Diva superbe, ultra... mondaine,
C’est Fréchette, du sang des dieu::,
De la verve; mais quelle morgue !
Ses vers sont de vrais tuyaux d'orgue, — Ronflants, dorés, harmonieux.
Englué comme l'ami Fabre Du sophisme contemporain, On craint toujours que le poulain
Ou se jette à gauche, ou se cabré...,
Je vais trop ioin : rétractons-nous.
Fréchette, j'adore ta lyre !
Muse ! si tu veux en médire,.., Fais cette sottise à genoux.
Je n'ai pas lu De Boucherville.
Mais qu’il re m'en veuille pas trop :
L'occasion m'a fait défaut,
Ah ! si j'étais près de la ville |
Impertinences à l'eau de rose
Mais à défaut d'auteurs vivants, Je relis, pensif, et j'annote
Parent, Garneau, Ferland, Turcotte :
Ces défunts, ma foi, sont charmants.
Quand je veux lire Crémazie, Je sens des pleurs mouiller mes yeux :
Quel sort ! mourir sous d'autres cieux, Lui ! cet amant de la Patrie !
Son vers sonne comme un clairon., Quel souffle vrai ! quelle envergure !
Sa strophe est large sans enflure :
C'est l’aigle de notre Hélicon.
Casgrain :—plume souple et féconde !
Comme ces ruisseaux du Pérou Qui roulent l'or... et le caillou, D'éclairs sa phrase nous inonde;
Eugène Dick et Bourassa Donnent tous deux dans la nouvelle :
Ils ont du style, ils ont de l’aile :
Le public lettré les lira..
Au foyer de mon 2resbytère
nina com ttaniramnimnns m
‘© Monsieur l'abbé, ça devient fade ! ” Nous dit l'espiègle Evanturel,
Oui ?—passe le poivre et le sel,
Et jetons-en sur la salade.
Le jeune Eudore, est-ce un condor, Un merie blanc, une sarcelle ?
C’est une tendre tourterelle :— Ce n'est pas la poule aux œufs d'or.
Chapman a fait les ‘ Québecquoises. ” J'ai dit cela tout haut : Sais-tu
Ce que l'écho m'a répondu ?
— Chapman a fait ‘ des Iroquoises, ”
Évanturel et puis Chapman
A défaut d’aile ont de la plume : Preuve : c’est que sur leur volume On dort comme sur un divan.
Relirai-je les ‘ Québecquoises ” Et les sonnets d'Évanturel ?
Délivrez-moi, Père Éternel, Délivrez-moi de ces angoisses |
Impertinences à l'eau de rose mm
Allons, il faut parler raison.
On allait crier au corsaire, — Et je crois que ma poivrière À perdu, ma foi, son bouchon.
Je dis: Chapman a de l'étoffe.
Eudore est fort original,
Si j'en ai dit tantôt du mal,
Je l'ai fait pour emplir la strophe.
Ils ont souvent le feu divin, — Et, comme la mer, leurs ouvrages, À travers mille coquillages,
Roulent des perles c’est certain.
Muse ! oh ! vois donc, lève la tête :
Connais-tu ces trois citoyens ?
Taché, Trudel—deux canadiens !
Routhier—qui n’est pas le plus bête !
Routhier ! ton nom dans notre ciel Déjà rayonne en traits de flamme.
Des deux mains le pays t'acclame.
‘ Notre maître, ” oh ! sois immortel !
N La foi du Christ est ta boussole, ù | Ton astre, c'est la vérité.
| Lu Ma muse, à ton front respecté, Déjà contemple une auréole.
Hu L'Eglise pour toi, cœur vaillant, | (ll N'est pas une abstraite chimère :
FIN Tu l’adores comme une mère,
Et tu la défends bravement !
| il Hommage à vous, grands patriotes,
Juil Hommage à vous, fermes penseurs.
|| Marchez : vos pâles détracteurs
Ne chausseront jamais vos bottes !
LaRue est un esprit mordant, Original, et didactique.
Il est aussi fort laconique. .., Muse ! allons, plus de coups de dent.
Voici des piocheurs fort utiles :
| Tanguay, Laverdière, et Tassé. ; [A Ils fouillent à fond le passé l | qu Pour exhumer de beaux fossiles.
Impertinences à l'eau de rose RS
Poirier, Desrosiers, Tardivel,...
Méritent bien sûr qu’on les pende :
Tous nos bijoux... de contrebande, Ils nous en font du vil nickel.
N'éveillons pas ce nid d’abeilles :
Il y va de mon intérêt |
Je préfère ôter mon bonnet—
Ou l’enfoncer sur mes oreilles !
Je risquerais un compliment :
Mais on va dire que j'encensz Afin de désarmer d'avance
Leur impartial jugement !
Legendre travaille en dentelle :
Mais a-t-il bien le feu sacré ?
Il brode avec du fil doré :
Mais sa flamme est artificielle.
Pour de la grâce, pour du sel, Oh ! plein son bel encrier rose, —
Surtout quand il nous sert sa prose Sous le masque de Gabriel.
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Oscar Dunn, Montpetit—deux plumes Qui dorent le nom canadien, —
Mais, bien entendu, pas pour rien, Allons, me voilà dans les brumes,
Quel est ce pigeon voyageur ?
L'Italie a teint son plumage,
C'est Landry, dont le chaud langage ; Me paraît l'écho d’un grand cœur.
N'est-ce pas une jeune étoile
Que ce reflet rose et lointain ?
C'est la muse de Beauchemin, Qui jette un éclair, et se voile,
Caouette est tout à fait en fleur :
Sera-t-il poire, prune, orange ?.., Aux doigts la plume lui démange :
Je le salue avec bonheur.
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Voici deux princes de la plume :
Pelletier, Thomas Chandonnet, Côte à côte—qui le croirait !
Mais une fois net pas coutume |
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Impertinences à l'eau de rose
Si quelqu'un veut que Provancher Ignore une plante secrète,
Que le bon Dieu crée en cachette La plante qu'on veut lui cacher,
Provancher |—malgré ses flloches,
Les insectes n’en ont pas peur :
Prenant pour un d'eux ce chasseur,
Ils vont d'eux-mêmes dans ses poches !
On ne dit pas de ce savant
Que l’homme a blanchi dans l'étude :
Il n’est pas blanc. L'écorce est rude.
Mais,—le cœur est de diamant.
Qui n’adore la bonhomie
De cet original causeur,
À qui la phrase fait horreur, Dont le style est toujours en vie.
On devine qui j'ai nommé.
Le ricaneur Père Lacasse
Écrit comme on fauche—à la brasse.
Mais quel bon foin vert, parfumé !
———…— nr nnmnenane