‹ Au grand Lac VictoriaChapitre 4 sur 5 · COLONISATION ET INDUSTRIE · texte numérisé non relu

COLONISATION ET INDUSTRIE

Cette région sera-t-elle un jour peuplée ? les champs de blé remplaceront-ils la forêt ? les bateaux à vapeur sillonneront-ils ces beaux lacs, au lieu des canots d'écorce ? Des villes naîtront-elles là où on ne voit aujourd'hui que des rassemblements passagers de wigwams ? Et pour pourquoi pas ?

Je crois que cette région pourra être colonisée avec s accès et fera vivre une population nombreuse, aussitôt qu'elle sera reliée par un chemin de fer aux grands centres de commerce. Le Grand-Tronc a fait les cantons de l'Est, le chemin de fer du lac St-Jean a ouvert à l'agriculture les rives de ce beau lac, le Pacifique Canadien, avec ses divers embranchements a transformé le nord de Montréal, la vallée inférieure de l'Outaouais. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de la vallée du Haut Outaouais, aussitôt qu'elle serait sillonnée par un chemin de fer ?

" Le chemin de fer que je voudrais voir construire, di- " sait Mgr Labelle en 1882, partirait de Montréal et irait " jusqu'au lac Témiscamingue ; de là il pourrait se souder " aux voies de l'Ouest ; de là encore, et ce serait le point le " plus rapproché, l'on pourrait pousser un embranchement " jusqu'à la Baie d'Hudson. Voilà pour l'Ouest, Du côté " de l'Est, qui nous empêcherait de traverser les Laurentides " pour arriver jusqu'à la région du lac St-Jean. Notre che- " min trouverait là une descente jusqu'à Québec ; il pour- " rait en trouver encore une autre .en deçà par le chemin de " Piles à Trois-Rivières.

" A partir du Lac St- Jean, le " Grand Tronc " des Lau- 0i rent'des pourrait suivre la rive est de la rivière Saguenay " en inclinant vers le sud ....

" Voilà l'idée, voilà le plan. Il est grand comme l'a- " venir de notre province. Un jour il sera réalisé ; les Lau- " rentides auront leur Pacifique comme les provinces de " l'Ouest et comme Ontario, et cette ligne nous donnera une " telle force qu'on ne saurait la calculer, et qu'il n'y aura " aucune puissance sur terre pour nous disputer l'empire de " cette province de Québec, notre patrie."

Les choses ont marché depuis 1882 ; ce qui, à cette époque, aurait pu sembler une utopie est en bonne voie de se réaliser. Avant longtemps les plans grandioses du curé Labelle seront un fait accompli.

Dans quelques mois le Transcontinental aura débouché à Québec ; voilà le "Pacifique" des plaines de l'A'bitibi que rêvait Mgr Labelle.

A l'automne de 1914, le "North Railway" dont Mons. Clergue a entrepris la construction aura atteint la rivière Bell, de là, il descendra à Québec par la voie du Transcontinental. (12)

Le "North Railway" devra se rendre à Montréal. De la jonction de la rivière Bell, il suivra le cours de cette même rivière jusqu'à la hauteur du Lac Victoria, de là tournant un peu à l'Est il descendra vers le lac Kakebonga pour atteindre Mont-Laurier, St-Jérôme et Montréal.

Cette route aurait une longueur approximative de 541 milles de Rupert House à Montréal. A St-Jérôme, elle rencontrera le Canadien Nord, à 33 milles de Montréal, et à 191 milles de Québec.

Voilà le tronçon est du " Grand-Tronc " des Laurentides.

(12) Le tracé actuel de la Baie Jaimes à Québec, via la rivière Bell et Le Tranisicontineinitali, idiorvne une 'longueur de 649 milles^ c'est-à-dire 389 rnilleif de Qu<ébf»lC à la rivière Bell, et 260 milles de la rivière Bell à Ru(pe»*t House.

Du côté Ouest ce " Grand-Tronc " devra nécessairement envoyer une branche qui atteindra le lac Témiscamingue et viendra se souder à l'embranchement de Mattawa que le Pacifique est en frais de compléter en le poussant jusqu'à l'extrémité nord du lac Témiscamingue pour de là traverser la plaine centrale de l'Abitibi et atteindre le Transcontinental aux environs d'Amos.

Le " Grand Tronc Pacifique " au nord, le " Grand Tronc " des Laurentides traversant à 150 milles plus au sud les comtés Ottawa et Pontiac, quelle immense région sera ouverte par là même à la colonisation, quelles belles colonies pourront s'y développer sans crainte de se trouver à l'étroit de sitôt, j'ajouterai quelles magnifiques industries pourront s'établir sur les bords des grands lacs, le long de toutes les rivières si riches en pouvoirs hydrauliques ?

En effet, à la devise " Emparons-nous du sol " ajoutons cette autre devise qui en est le corollaire: "Emparons-nous " de l'industrie ! " A quoi bon étendre au loin nos défriche- " ment s si nous permettons aux étrangers de venir sur nos " brisées recueillir le prix de nos efforts. Soyons colons pour " conquérir, pionniers industriels pour conserver notre conquête," (13)

Nous avons dans cette région dont je viens d'esquisser l'histoire et l'aspect général les deux grandes sources de l'industrie canadienne : des pouvoirs dleau puissants, une forêt encore vierge.

La forêt ne se trouve nulle part ailleurs aussi étendue, aussi riche ; or, la forêt dans la province de Québec, c'est notre richesse nationale. Sachons la conserver tout en l'exploitant, tout en cherchant à en tirer le plus riche moisson possible.

Depuis quelques années, le gouvernement de Québec a entrepris d'établir des réserves forestières dans les endroits jugés improprs à la culture ; une école de génie forestier a

(13) Errol Bouiohette. — " E>miparo'ms-nous de l'îmd'Ustrie," .p. 40,

été fondée ; les élèves qu'elle forme accomplissent un beau travail. Je voudrais voir un groupe de ces ingénieurs déterminer d'une manière définitive et aussitôt que possible la richesse de nos forêts du Haut Ottawa, et tout le profit que la province pourra en tirer.

Pendant trop longtemps on a fait un massacre impitoyable de nos plus belles essences forestières, le colon en laissant brûler de grandes étendues de terrain, le commerçant de bois en fermant l'oeil sur des coupes plus ou moins licites ; aujourd'hui on semble se ressaisir. Le colon comprend qu'il est de son intérêt de faire une petite réserve forestière sur ses concessions, le commerçant qu'il est de son devoir d'observer des règlements justes et sages. Nous pouvons donc espérer que nous conserverons pour de longues années encore, nos richesses forestières, du moins dans les parties jugées incultes. L'industrie en bénéficiera, et ce sera pour le plus grand bien de tous, car "la conservation du sol et la "prospérité des classes agricoles dans le Canada français "sont intimement liées au développement, d'après une mé- " thode vraiment nationale, des industries dont la région fournit les matières premières et particulièrement «les îndus- " tries forestières.'' ( 14 J

C'est ce développement des grandes et des petites industries dans les régions de colonisation qui arrêtera l'émigration des nôtres à l'étranger, qui empêchera le peuple d'abandonner la campagne pour la ville.

Nos forêts de l'Ottawa pourront alimenter pendant de nombreuses années de grands moulins de pulpe ; le pin, l'épinette fourniront la matière première aux manufactures de boîtes, de portes, de châssis, etc. ; le bouleau qui s'emploie beaucoup aujourd'hui comme bois d'ébénisterie alimentera les fabriques de meubles. Les pouvoirs d'eau donneront la houille blanche, la force électrique qui actionnera les moulins de laine, de toile, etc.

(14) " L' inidlepieiidan.ee 'êieonomi.qne du Canada-français." — Errol Boucihette. p. 212.

Voilà autant d'industries qui se développeront concurremment avec l'agriculture dans cette région, et qui retiendront auprès de nous ceux de. nos compatriotes qui ne se sentent pas la vocation de colon.

Gardons pour eux ces richesses, dirigeons-les de ce côté; en un mot " Emparons-nous du nord."

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