SOL, FORET ET CLIMAT
Cette région n'a pas encore été étudiée au point de vue de la qualité du sol et de la richesse de la forêt. Les explorateurs (1) qui l'ont parcourue jusqu'à ce jour se sont OC-
travaux apostoliques de ces valeureux imissioninaires ; aux Oiblats revient l'honneur de l'écrire, espérons qu'ils nous le donneront bientôt.
(19) Mgr Latulipe a fait un récit très intéressant de ce voyage, publié dan,s Ha "Nouvelle-Eranice", durant les années 1901 et 1902.
(■20) L'abfbé L. J. C. Desr osiers, principal ide l'Ecole Normale Jaoques- Cartier de Montréal et l'auteur de ce travail acicomipagnaient Mgr 'Latulipe dans ce voyage qui dura quatre semaines,.
Mgr Latulipe a fait durant l'été dernier un autre Hong voyage, je veux dire la visite ides missions Ide la baie d'Hudson, Parti de Haflybury le 23 juiin, il se rendit à Nepigon ; de lia il traversa (l)e lac Népigon, descendit la rivière Albany, jusiqu'a à Albany. De ce poste il fit une course, de 100 milles au Nord, a Ottawapisicatt, mission indienne; d'Ottawapiscatt il revint à Rupert, dans le fond de la baie James. De là il s'embarqua le 24 août sur le vapeur "Adventure" de la compagnie Revillon pour retourner en passant par aie détroit d'Hudson et Terreneuve. Le 20 sptemfore il arrivait à Haileybury, après avoir parcouru 2,676 milles en chemin de fer, 3,764 milles en bateau à vap^eur, 200 milles en voilier et 600 milles en canot.
(1) En l:8.&8 — 'Mon s. Lindsay Russell.
" 1,867.— Monis, H. C. Symmek
" li8,87.— Mon®. John Bignell
- 1892-93-94.^Moms. Henry O'iSullivan,
eupés surtout à vérifier le cours des rivières et à faire des relevés topographiques. Ce n'est qu'incidemment qu'ils parlent du sol et de la forêt, et souvent ils se contredisent. " Le " sol, dit Mons, Russell, (2) en tant que nous avons pu en " juger parce que nous avons vu au cours de l'exploration "est généralement léger, sablonneux et pauvre. En beau- " coup d'endroits les collines ne sont que des rochers nus " et en d'autres, que des rochers recouverts d'une mince " couche de terre et d'une pauvre forêt. Dans les vallées '" et les terrains bas qui avoisinent les rivières, le sol est " plus profond, mais presque toujours de même espèce que " sur les hauteurs , quand il est sec. La plus grande, partie " du terrain bas, ou plan, se compose de marécages où croissent l'épi nette et le tamarac ou de savanes couvertes de " mousse. Dans quelques cas exceptionnels, nous avons vu u une étroite lisière de sol plus riche, le long des rivières, " provenant des alluvions formées par la crue de ces derniè- " res. Il y a un endroit où ces alluvions ont une étendue " considérable ce qui leur donne de l' importance — c'est au " confluent de l'Outaouais avec son tributaire de l'Abitibi " (3). Ici, l'Outaouais s'est élevé suffisamment au nord " pour atteindre l'extrémité sud du terrain de glaise blan- " che qui forme la partie avoisinante du versant de la baie " d'Hudson. En plusieurs endroits, cette glaise paraît avoir " dépassé la ligne de faîte pour recouvrir les terrains de la " région de l'Outaouais.
" La végétation forestière est la même dans toute la ré- "gion que nous avons parcourue, sauf de légers ehange- " ments dans les dimensions des arbres, correspondant aux ''changements dans la nature du sol et leur position, selon " qu'ils croissent sur des sommets arides ou dans les vallées " fertiles. Les espèces que nous avons observées sont le sa-
(2) Rapport du 28 mars 1868.
(3) Ce tributaire est probablement la rivière Kinojevis.
a pin, le bouleau à canot, le peuplier, l'épinette grise et noire, " le tamarac, le pin résineux et le cèdre, en les énumérant "'approximativement par ordre de prédominance. Nous " n'avons vu que peu ou point de pin blanc propre à faire du " bois marchand. Comme nos explorations n'ont pas ex- " cédé le voisinage de la rivière, il serait téméraire d'affirat mer que ces remarques s'appliquent à toute la contrée ; " mais il m'est avis que les apparences conduiront n'importe " quel explorateur de forêt à la conclusion qu'il n'y a pas là " de pins de grande dimension ni en grande quantité."
Mons. Symnes (4) s'accorde avec Mons. Russell pour représenter cette région comme étant généralement impropre à la culture et boisée d'épinettes blanches et rouges et de pins rabougris.
D'un autre côté, Mons. Bignell dit que la région traversée par le cours supérieur de l'Outaouais est comparativement plane. " Le sol est bon et sur les bords de la rivière, " la forêt se compose de tremble, de bouleau, d'épinette blan- " che, de sapin, d'épinette rouge et de pin. A quelle dis- " tance de la rivière se continuent cette bonne terre et cette " croissance de bois ? je n'avais pas mission de le constater. "Les plantes qu'on a tenté de cultiver (principalement les "pommes de terre) ont parfaitement réussi. On récolte de " grandes quantités de pommes de terre aux lacs des Quinze et Victoria." (5)
Comme on le voit, il y a contradiction entre ces différents rapports. Cela provient du fait que ces explorateurs ont étudié le pays sous des points de vue différents, et d'une manière un peu superficielle. C'est pourquoi, il est fort probable qu'une exploration plus minutieuse et plus soignée démontrera que le sol du Haut Outaouais est susceptible de culture et que la température qui est à peu près la même qu'à Québec est assez élevée pour faire mûrir toutes les céréales, même le blé.
(4) Rapport en date diu 25 août 1867.
(5) Rapport, novembre 1887.
C'est l'opinion de Mons. Henry O'Sullivan. Dans s >n rapport de 1895, (6) il note que la partie sud du Grand Lac Victoria " est entourée d'un pays légèrement ondulé et bien "boisé de pin, d'épinette, de bouleau, d'épinette rouge, etc. Le " pays en général est quelque peu rocheux ; néanmoins on y "trouve des plateaux de bonne terre cultivable, -et çà et là, " sur les fauteurs, on aperçoit de belles touffes de pin."
L'année précédente (1893) il avait exploré le pays à l'est du lac Victoria, en remontant l'Outaouais. Il constate que de ce côté du lac, "le sol consiste, en marne jaune, excepté "iles collines boisées de pin, qui sont généralement de sable " ; il relève 21 milles de ce lac, jusqu'à son extrémité nord. " Il "semble y avoir, dit-il, de bonnes étendues de terre unie de " chaque côté, avec une assez bonne quantité de pins dispersés " ça et là, jusqu'au portage conduisant au lac du Lapin " (Rabbit Lake) ; mais au-delà de cet endroit le cyprès parait "être l'essence dominante, quoique le frêne, le gros bouleau "et le sapin s'y rencontrent aussi." (7)
En allant vers l'est, il note que "toute cette partie de la " contrée est couverte de beau bois mêlé, principalement les "pentes qui inclinent vers le lac Au merisier (Birch Lake) " qui sont très boisées de pin et autres bois de commerce. (8)
Quelques milles plus loin une -grande rivière, la Shoshokwan se jette dans l'Outaouais. "Le terrain environnant, dit- " il, est très plat et la riche croissance de gros bouleau, d'épi- " nette rouge, de sapin, etc., indique un sol riche." (9) Il conclut: "Je ne suis pas prêt à dire que toute cette vaste "étendue de 6,000 milles carrés soit ou ne soit pas propre à " la ciilture ou bien boisée, mais je puis sûrement dire que "plus de la moitié de cette étendue est comprise dans les li- " mites de la meilleure région forestière produisant le plus "beau pin que que l'on puisse maintenant trouver dans In
06) Région de rOutaouais. — Descriptions des cantons arpentés, p. 131.
(7) Ouvrage cité, p. 172.
(8) Ouvrage cité, p. 170.
(9) Ouvrage cité, p. 168.
.".province- et que beaucoup de bonne terre cultivable y existe " également.
" Cette région étant située entre les 47e et 48e parallèles " de latitude nord, et son altitude moyenne ne s' élevant pas à " plus de 600 à 1,000 pieds au dessus du niveau de la mer, son " climat quoiqu'un peu plus froid peut-être en hiver, ne peut "cependant pas différer beaucoup des autres parties de la " province, à l'a même 'latitude.
" La vallée, du lac St- Jean et la Gaspésie s'ont en moyenne " de 60 à 100 milles, plus au nord que la vallée de l'Ottawa; " entre le lac Barrière et la tête du lac Témiscamingue.'' (10)
On me permettra d'ajouter quelques observations personnelles. Lorsque je' 'traversai cette région dans' l'été de 19llj je n'avais' pas mission de faire une étude spéciale du sol, de la forêt et du climat de cette partie du pays, d'autant plus que, suivant simplement la route des canots, cette étude n'aurait pu embrasser 'qu'un champ bien peu étendu. J'ai cependant constaté qu'il y avait un peu partout de fort beaux morceaux de terre jaune et grise, très friable, riche, sans aucune roche ; j'avoue bien que nous ne rencontrons pas là:d?aussi grandes étendues de terre glaise que dans l'Abi1 tibi ; tout dé même, du lac Victoria au lac Barrière, il y a lé long de l'Outaouais une forte proportion de terre glaise, où le foin sauvage* poussé en abondance.
Les essais de culture que les employés de la compagnie de la Baie d'Hudson et quelques sauvages ont fait ici et là ofat toujours bien réussi. Les pommes de terre, les navets, les choux, les carottes, l'avoine y viennent très bien.
" On cultive avec succès, dit Moris'. Austin Bancroft, in- " génieur de mines et professeur à l'Université McGill, (11) " les pommes de terre et autres légumes au poste de la coin- " pagnie de la baie d'Hudson, sur le lac Waswanapi, situé " sous la latitude 44o 36' à cent milles à peu près au nord du
(10) Ouvrage- cité, p. 173-174. ! •'!
(11) Gêohxgie et ressources naturelles dles basisin.g d'es rivières Harricana et Nôttaway, par Austin*' Bancroft, 1912.
" Transcontinental, et à une hauteur d'à peu près 680 pieds " au-dessus de la mer. En 1911, on a fait les semences le der- " nier jour du mois de mai, et aux derniers jours de septem- " bre, on a récolté 180 minots d'excellentes pommes de terre " qui n'avaient pas été du tout endommagées par les gelées.
" Dans l'étendue de cette région, le défrichement devrait " être encouragé tout d'abord dans le voisinage des plus " grands lacs, où les variations quotidiennes de température " sont moins grandes et où les plus faibles courants ont la chance de circuler librement.
" A mesure que s'étendra le défrichement qui amènera " nécessairement le drainage des marécages, et, que les " champs seront labourés, ce qui ralentira la rapidité de la " radiation nocturne, il y aura beaucoup moins à craindre " la gelée, même dans le voisinage des terres basses ; pour ma " part, je crois que l'ancienne opinion plus ou moins répanw due chez le peuple, que l'on avait de cette région et qui la " faisait considérer comme la zone gelée du Nord, nous a " conservé pour le présent ou pour l'avenir prochain un vé- " ritable patrimoine dans lequel on pourra cultiver avec " succès des pommes de terre, des navets et d'autres légu- " mes, du foin, de l'avoine, de l'orge et du seigle."
Notons que Mons. Bancroft parle ici de la région située au nord du Transcontinental et s'étendant jusqu'à la Baie James. Les observations qu'il fait sur cette partie de la province, peuvent s'appliquer avec raison à la partie qui entoure le grand Lac Victoria, situé lui-même à C0 milles au sud du Transcontinental.
Quant à la végétation forestière quoique l'on ne voit point sur le cours supérieur de l'Outaouais ces immenses forêts de pins qui entourent les lacs Kipawa, Seseganita et B'rch, on y rencontre cependant de magnifiques ton tics de cette riche essence.
L'épinette y est abondante et de belle avenue ; l'épinette blanche atteint des d'mensions qui la rendent égale à la plus belle épinette des régions du centre et du sud ; le bois est sain, les arbres sont généralement sans branches jusqu'à une
grande hauteur. Dans les baisseurs, le long des lacs et des rivières, c'est l'épinette noire qui domine; les arbres sont très longs dru plantés, au point de s'entretoucher. Le pin qui est un peu dispersé pourra s'exploiter simultanément avec l'épinette et d'une manière profitable.
Le bouleau également est très abondant ; en certains endroits il occupe exclusivement tout le terrain.
Le cèdre est en assez grande quantité surtout dans la partie méridionale.