‹ Au gré de la tourmenteChapitre 37 sur 37 · X -: V \M F '^l :ft · texte numérisé non relu

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avoir ce bétail sous moi parce que ça va trop vite; mais j'aurai vite dompté un de ces toutous, dites oui. »

Je lé fis*

ce Veut-il essayer un de ces chevaux? »

Je traduisis l'offre à Turnerstick, qui l'accepta aussitôt. Il avait un air assez drôle à cheval avec son costume chinois, sa natte, son ombrelle qu'il n'avait pas lâchée et son éventail. U fit deux fois le tour de la cour très prudemment et très lentement, pui* redescendit.

<c Eh bien, comment m'en suis-je tiré? demandat-il triomphant,

— Très bien, » répondis -je.

j$ Les autres étaient trop polis pour ne pas le complimenter, puis le si-fan et le dschiahour montèrent à leur tour et firent de la haute école mongole qui mit les chevaux en nage.

Le si- fan descendit devant moi* c< Tu as parcouru le monde j paraît-il; dis-moi qui sont les meilleurs cavaliers?

— Les si-fan, répondis -je avec calme bien que ce ne fût pas mon avis.

— Je le savais, me dit-il fièrement. Personne n% \j\ peut égaler un si-fan. Veux- tu monter aussi?

— Tes chevaux sont trop faibles; ils ne pourraient me porter. »

}.■ Il se mit à rire :

a Ne suis-je pas plus lourd que toi, essaie. >> Je mis ma main sur la selle et m'élançai. Quand on a dressé des mustangs sauvages par une simple

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pression des genoux , on peut rivaliser avec un Mongol, mais je me fis lourd et appuyai les genoux» Le cheval fut vite fatigué, il haletait , avançait et reculait et se débattit environ cinq minutes, puis il ne bougea plus et s'affaissa sous moi*

<c Tu vois bien que ton cheval ne peut pas me porter? Tu es meilleur cavalier que moi, et moi je suis trop lourd.

. — Je vais te montrer un cheval pour lequel tu ne seras pas trop lourd. Je l'ai fait venir des montagnes et aucun homme ne peut arriver à le monter; il m'a désarçonné ainsi que tous ceux qui ont voulu l'essayer,

— Montre -le -moi.

— Que tout le monde se range d'abord ! Et s'il t ? arrive malheur, je n'en suis pas responsable. »

Nous nous mimes à l'abri sous le portail. Le garçon d'écurie ouvrit une seconde porte et se gara aussitôt derrière. Un cheval noir comme un démon sortit d'un bond. Je le reconnus pour un cheval de la meilleure race kaschgarane. Ses yeux étincelaient , ses naseaux jetaient du feu, je l'aurais échangé volontiers contre le meilleur mustang.

« Laisse-le se calmer ; tu pourras peut-être le monter, mais tu redescendras aussitôt, me dit le si-fan.

— Et si je reste sur son dos et qu'il consente à me porter?

— Il est à toi.

— Dans ce cas, il m'appartient déjà, x>

Je m'avançais : « Attention, attention ! » me criat-on. Sans m'occuper de ces cris, je quittai mon

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superbe vêtement de dessus et en fis un tampon. Le cheval passa plusieurs fois devant moi en ruant des pieds de derrière- Gomme il arrivait de nouveau, je jetai le vêtement sur sa tête- Il fit encore quelques bonds, puis s'arrêta pour secouer ce voile. Mais je l'avais déjà saisi par la crinière et enfonçai profondément deux doigts de ma main droite dans ses naseaux; Il voulut se cabrer, je le courbai vers la terre -, puis je lui redressai la tête et reculai d'un pas ; une secousse et il tomba sur ses pattes de derrière, une autre le releva, une troisième l'y rejeta et ainsi de suite. C'était un rude travail que cette lutte de la force physique contre la force brutale, mais j'avais l'avantage de tenir l'animal par les naseaux, ce qui me donnait plein pouvoir sur lui.

Nous étions tous deux en nage; il s'arrêta en soufflant et en tremblant de tous ses membres. Alors je lui caressai la tête, le poitrail et les jambes de devant et lui parlai en même temps d'une voix forte, puis je m'élançai sur lui. Il voulut se dresser, mais d'un mot je le remis en place. Il obéit alors à la pression de mes jambes et se mit à aller et venir dans la cour toujours soufflant et tremblant.

Je descendis et déclarai en riant :

ce Le mori-mori m'appartient!

— Tu connais cette race ! demanda son propriétaire tout surpris.

— Je suis un cavalier.

— En vérité, je m'en aperçois; mais il n'est pas encore tien.

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Un cheval ûoir comme un démon sortit d'un bo»d«

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— Pourquoi ?

— Je t'ai dit qu'il serait à toi, mais quand le sera-t-il, c'est ce que nous n'avons pas fixé.

— Eh bien, fixe-le!

— Le Phy parlera avec toi à ce sujet, »

J'étais très tranquille, car je savais que l'animal

serait à moi de toutes façons.

a Tonnerre! c'était quelque chose à voir, cria le capitaine. Vous vous êtes acquis le respect de ces gens ; il n'y avait qu'à regarder les yeux qu'ils ont faits pendant ce spectacle.

— Le cheval m' obéit, mais il ne se laissera pas faire par un autre* »

Je pris une bride et la passai à l'animal en le caressant et lui parlant doucement, puis je le reconduisis à l'écurie, l'y attachai et lui donnai de l'avoine dans sa mangeoire ; je savais qu'il m 'obéirait désormais. J'examinai en même temps la fermeture de la porte, elle était facile à ouvrir, de même que celles de la première écurie et de la porte de la cour qui conduisait au dehors.

On visita ensuite la maison très confortable selon la conception chinoise; on eut soin par la même occasion de me laisser seul dans une pièce avec Kioung. Je vis à son air qu'elle était instruite des intentions de son père.

« Tu es libre d'aller où tu veux et de voir des hommes? lui demandai -je.

— Oui.

&M — En ville aussi?

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— Oui, car je ne suis pas Chinoise*

— Tu connais quelqu'un que tu aimes? »

Elle se tut,

« Dis-le- moi pour ton bonheur.

— Mon père ne le permettra pas.

— Qui est-ce?

— Le fils de notre Pao-tscking (maire)*

— Il sera ton époux, car ce n'est pas moi qui me mettrai entre vous/ As -tu encore ta mère? »

Ses yeux s'emplirent aussitôt de larmes.

■« Non.

— Depuis quand est- elle morte?

—-Elle n*est pas morte, elle a seulement disparu. Elle était devenue chrétienne malgré mon père et elle s'est enfuie. »

Quelle horreur ! c'était cette femme que le monstre avait enfermée dans le Loung-kéou-siang pour l'y faire mourir de faim! Je n'eus pas le courage de le dire à sa pauvre fille.

« Tu la reverras, le Dieu des chrétiens est puissant, il te secourra et la secourra.

— J'ai vu de suite que tu es fort et puissant; c'est pourquoi ton Dieu sera aussi plus puissant que Bouddha et Fo. S'il me rend ma mère, je serai sa servante. Diras -tu à mon père que tu ne veux pas de moi pour femme?

— Oui, tu ne sais pas pourquoi je ne veux rien avoir à faire avec lui, mais je le sais, moi, et lui aussi.

— Oui, je le sais, » dit une voix derrière moi.

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C'était le Kiang-lou qui nous avait entendus et qui intervenait entre moi et sa fille.

(c Tu t'es informé aujourd'hui de la gorge du Dragon,

— Oui.

— Pourquoi? »

Je jetai un coup d'oeil autour de moi et répondis : « Parce que j'ai entendu Mer ton entretien avec Play-ming-tsou.

— Ah!./. Quitte ma maison; nous ne sommes plus rien l'un à l'autre, va- t'en!

— Passe devant.

™ As-tu peur? eh bien, suis -moi. »

Il quitta la chambre et se dirigea vers l'escalier. Il n'y avait personne dans le corridor et je pouvais me croire en siireté ; mais comme j'atteignais l'escalier une porte grinça derrière moi , je fus saisi à bras-lecorps tandis que deux mains s'agrippaient à ma gorge et que le si- fan lui-même se retournait pour me saisir à son tour.

Je fis un effort convulsif pour me délivrer, mais l'attaque avait été trop brutale, je perdis connaissance.

Quand je revins à moi, je me trouvai dans l'obscurité. J'avais les bras et les jambes liés et un bâillon dans la bouche. Auprès de moi, je perçus un souffle rauque; le capitaine était-il là par hasard?

Il avait été probablement assailli lui aussi; je lui fis entendre un grognement sourd; il me répondit sur le même ton.

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Nous étions doue de nouveau captifs , mais je n'étais pas inquiet. Il s'écoula un temps qui nous parut terriblement long; il devait être nuit depuis longtemps. Enfin une porte s'ouvrit et, à la lueur d'une lanterne, je vis entrer le Kiang-lou et le dschiahour. Ce dernier avait un rire sardonique :

ce Vous vous êtes échappés de Kouang^ti-miao et de Kouang-Tschéou-fou, mais vous n'échapperez plus, » affirma -t- il.

Le grand chef des hommes du Dragon se pencha sur moi.

« Tu nous as épiés et je n'ai par conséquent rien à Rapprendre. Veux-tù faire ce que j'exige de toi? »

Je secouai la tête négativement.

« Eh bien, vous irez mourir de faim dans la gorge du Dragon. Décide -toi; une fois dans le pavillon ? vous serez perdus sans espoir. Le Kianglou sait prendre ses précautions pour n'être point trahi. »

Je fis de nouveau non de la tête.

« Bien; que les knel (mauvais esprits) t'emmènent au Tschûtgour (diable ) ! »

Il siffla. Quatre hommes parurent et nous emportèrent dans la cour où nous fûmes déposés dans des palanquins puis emmenés.

Notre chemin contournait la ville vers la gorge que j'avais gravie le matin. Nous fumes portés jusqu'à la paroi, et de là on nous souleva à l'aide de cordes passées sous nos bras. Pendant ce temps Kiang-lou

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avait grimpé seul en avant , il voulait probablement garder secret le lien On était cachée F échelle.

Maintenant que j'étais hors dix palanquin, je m'aperçus qu il y avait encore six hommes en plus du dscMabour * Ce furent eux qui nous bissèrent. Qând nous arrivâmes au pied du pavillon ^ Eiang-loTi avait déjà disposé l'échelle; tandis qu'il y grimpait avec les autres^ le dschiâhour resta près de nous et nous dit en nous donnant un coup dé pied :

On jeta alors des cordes" pour nous soulever jusqu'au toit,

Quand nous fumes arrivés en haut, nous fûmes délivrés de nos bâillons et le Kiang-lou nie demanda

us, c est ici que vous mourrez. »

nouveau :

« Pour la dernière fois, veux-tu m'obéir?

— Non, je n'obéirai pas, mais je te punirai.

— Me punir? mais tu es pi^esque mort! Tu trouveras au fond une compagnie qui te dira ce qu'il en coûte de vouloir trahir le Kiang-lou. Marche! x>

On me descendit le premier :

ce Qui vient là? demanda une voix de femme.

— Une victime de Kin-tsou-fo. Je dois mourir de faim comme toi. Veux- tu nous sauver,toi, moi et ta fille?

— Le puis -je?

— Oui, je t'ai jeté ce matin un couteau. As -tu les membres liés ?

— Ah! c'était toi? non, j'ai les membres libres.

— Alors, vite, prends le couteau et tranche mes liens. »

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Elle le fît avec des mains tremblantes.

J'examinai l'endroit : la voûte était si basse que je fus forcé de rester à genoux; quatre personnes pouvaient y tenir. L'ouverture était verticale, mais beaucoup trop large pour qu'on pût y grimper à la manière des ramoneurs, et c'est ce qui permettait au Kiang-lou d'être sûr que personne ne pourrait lui échapper*

Je sentais mes mains et mes pieds en bon état pour agir, ce qui ne m'eût pas été possible si j'avais été attaché par des Indiens.

« Donne-moi le couteau, » dis-je à la femme.

Je le pris de ses mains et pus aussitôt couper les liens du capitaine, qu'on descendait à son tour, pendant qu'il était encore suspendu. On retirait la corde. « Vite en haut, capitaine, lui dis-je à voix basse.

— Tonnerre! d'où vous vient ce couteau? Laissezmoi au moins souffler v Et puis, comment remonter?

— L'ouverture est trop large pour un, mais non pour deux; nous nous appuierons dos à dos et nous hisserons à l'aide de nos pieds et de nos mains.

— J'aime mieux ça que grimper une montagne ; ici c'est du moins comme dans les mâts. Là! j'ai retrouvé mon souffle, venez vite, Charley, avant qu'ils nous échappent. La comédie est finie, maintenant c'est sérieux.

— Vous remontez? allez-vous me sauver? demanda la femme d'une voix angoissée.

— N'ayez pas peur, nous reviendrons vous chercher, » lui répondis -je, et nous grimpâmes.

On nous avait pris nos armes, mais j'avais mon couteau; Nous arrivâmes en haut plus vite que nous n'aurions crû.

«A présent, le moiiis de bruit possible,» ajoutai-je tpand nous fumes à trois pieds dé l'orifice.

Nous atteignîmes lé bord sans bruit* Le Kiang-lott seul était encore sur la plate-forme* Il nous tournait le dos dans une attitude fièré et considérait 1& paysage éclairé par la luné de l'autre côté de F abîme*

« Jetons -le en bas, murmura le capitaine.

■— Non, ce serait un assassinat dissimulé. La corde est encore là, garrottons-le, nous le descendrons ensuite quand nous aurons remonté sa femme.

— Sa femme, c'est sa femme?

-— Mais oui.

— *■ Écoutez , Charley , ce misérable mérite plus qu'un emprisonnement, car on pourrait le relâcher. Cet homme, on devrait le... »

De colère il frappa si fort du pied que le Kianglou se retourna, et nous apercevant :

<c Qui?... les mots expirèrent sur ses lèvres.

— Ne t'ai- je pas dit que je te punirais? répondis -je.

— Comment êtes- vous remontés? Êtes-vous des esprits ou des hommes?

— Des hommes meilleurs et plus sensés que toi. Rends -toi prisonnier. »

Au lieu de répondre il porta sa main à sa bouche et fit entendre un appel strident. Le cri de plusieurs voix lui répondit d'en bas.

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« Prisonnier!... s'écria-t-il ensuite, vous êtes perdus tout comme auparavant ; n'entendez-vous pas qu'on accourt? »

Il fallait agir sans perdre de temps.

« Tu seras à moi avant qu'on vienne , » dis -je en m'avançant vers lui.

Il était au bord du toit et craignait d'avoir à y soutenir un combat. D'un bond il s'élança sur moi, mais se heurta contre mes poings tendus et chancela. Turnerstick le rattrapa au même moment et de son poing de fer lui asséna sur la tête un coup formidable qui le fit tomber à la renverse dans l'abîme en poussant un cri terrible.

Nous retînmes notre respiration jusqu'à ce que nous entendîmes un bruit sourd qui nous permit de croire que le corps du pirate s'était brisé sur les rochers.

}:; ] <c Charley?

— Capitaine!

— Il est tombé. »

Le capitaine était aussi effrayé que s'il avait commis un meurtre.

« Oui, il a été rejoindre ses victimes; ne vous en faites pas un cas de conscience, cet homme avait mérité la mort plus d'une fois.

— Well! c'est juste, mais ça fait tout de même un singulier effet... Un homme! Brrr!...

-^- Soyez raisonnable et rappelez -vous que la légitime défense est autorisée par les lois divines et humaines. Pensons plutôt au présent. Voyez en bas :

il y a six hommes avec le dschiahour. Ils. ne peuvent, pas remonter parce que le Kiang-lou avait retiré l'échelle.

— Nous sommes bloqués et assiégés.

— Peu importe! Il faut avant tout sortir la femme.

— Comment en venir à bout?

— C'est très facile. Je vais vous descendre. Vous lui attacherez une corde autour du corps sous les bras, je la hisserai d'abord et vous ensuite.

— Ca va. Corne on! »

La corde était solide, nous n'avions rien à craindre de ce côté. La femme, épuisée par la Mm et la soif, fut bientôt près de nous.

a Qui ctes-vous? demanda-t-elle.

— Des chrétiens comme toi.

de longtemps. »

Elle s'évanouit au contact de l'air.

Nous nous occupâmes alors de nos assiégeants. Ils ne savaient pas au juste ce que signifiait le cri entendu, car la plate-forme était si large qu'ils ne pouvaient nous voir.

« Kouang ! cria la voix du dschiahour»

— Lou, répondis-je.

— Que veux- tu, maître? »

Il était facile de voir qu'il me prenait pour lé Kiang-lou ; j'essayai d'imiter la voix du mort. « Moi 5 rien. Qui a crié sur la montagne?

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Où est mon mari? : ;'ïfi

Il est parti très loin, et tu ne le reverras pas iî

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Ni.

— N'était^ ce pas toi?

— Ce devait être un Loung-yin; voyez de quoi il s'agit,

— Ce n'est rien sans doute, sans quoi il aurait crié de nouveau.

-— As -tu entendu mes ordres?

Il alla retrouver les autres,

« Ils s'en vont, Charley, comment avéz^vous obtenu cela? x>

Je le lui racontai. Nous attendîmes qu'ils eussent disparu dans la gorge, après quoi nous descendîmes, moi avec la feinme dans mes bras, Turner stick derrière nous. Arrivés en bas, nous dissimulâmes de nouveau l'échelle sous le tas de pierres,

« Où me menez- vous? demanda la femme qui était fi revenue à elle,

•— Chez toi, à Kioung, près de ta fille, répon- I dis -je.

— Tu la connais?

— Oui, elle t'a beaucoup pleurée et sera bien heureuse de te serrer dans ses bras. Peux -tu marcher?

— Non.

— Je vais te porter,

— Que ton Dieu, qui est aussi le mien, te rende | ce que tu fais pour moi. >>

Les deux palanquins étaient encore en bas; nous y mîmes la pauvre femme. Turnerstick saisit les brancards de devant, moi, ceux de derrière, et nous nous éloignâmes rapidement.

Nous contournâmes la ville et allions pénétrer

dans la maison, quand un homme s'avança audevant de nous ;

<c Qui êtes?..* 2> mais il n'acheva pas sa qtiés-

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C'était le Phy qui nous avait reconnus- et disparut aussitôt dans les buissons de bambous.

« Posez le palanquin, Charley; il faut le rattra- 1^

— Laissez-le courir, capitaine, nous lé retrouve- ||tt rons pour régler nos comptés. »

Comme nous arrivions dans le jardin, je crus voir une forme humaine venir par dessus la haie et se cacher à notre approche.

Je m'avançai et trouvai en effet un jeune homme qui se dissimulait dans le feuillage.

« Que fais -tu ici? lui dis-je.

— : Je me promène. ^|

— Tu as raison, la nuit est belle et douce. Qui es-tu?

— Pourquoi cette question? ».

Il me vint alors une idée.

« Si tu es le fils du Pao-tsching, dis -le, je .

suis ton ami.

— Mon amii oui, je suis celui que tu viens de

nommer.

— Kioung est- elle encore dans le jardin?

— Que lui veux -tu?

— Va vite vers elle,, et dis -lui de nous ouvrir. Je lui ramène sa mère.

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— Sa mère, dis -tu la vérité?

— - Oui, c'est moi, » dit tme voix dans le palanquin.

Le jeune homme s'avança vers elle. C'était bien, comme je l'avais supposé, le fiancé de Kioung. Il courut ensuite vers la maison, dont la porte s'ouvrit à notre approche, et la mère et la fille tombèrent dans les bras l'une de l'autre. J'attirai le jeune homme à r écart.

<c Un danger menace peut-être Kioung et sa mère. Ton père est puissant, protège-les.

— Où l'as-tu trouvée? me demanda la jeune fille rayonnante de joie.

— Ne t'avais-je pas dit que le Dieu de ta mère est puissant et te la rendrait? Sers -le comme tu l'as promis; elle te racontera elle-même le reste.

— Pourquoi mon père et toi vous êtes -vous fâchés ensemble, tï pourquoi êtes -vous partis si précipitamment ?

— Tu le sauras aussi ; donne à boire et à manger à ta mère et conduis-nous à la chambre de ton père.

— Allez-y vous-mêmes. Elle se trouve à côté de celle où nous étions à midi et est éclairée. Où est mon père?

— Tu le sauras plus tard. »

Nous montâmes l'escalier et arrivâmes dans la chambre.

■$ Sur la table étaient nos revolvers, nos montres et

y tout ce qui nous avait été pris. Nous étions en train

de reprendre ces objets quand une voix en colère

demanda :

a Qui est venu dans ce palanquin?

— Ma mère, répondit Kioung.

— Qui Fa amenée,

— Les deux Kouang-fou qui étaient ici en visite aujourd'hui,

— jls ont tué ton père; ils l'ont jeté dans le

La mèïG et la fille tombèrent dans lca bras V\mc de l'autre.

Loung-kéou; ils ont délivré ta mère et se sont échappés eux-mêmes- Ils faut qu'ils meurent. Où sontils?

— En haut, »

Nous entendîmes de nombreux pas dans le vestibule et du bruit au dehors, et quand j'éteignis la lumière pour pouvoir regarder à la fenêtre, je vis une niasse d'hommes venir de la ville vers la mai' son. À leur tète, je reconnus le Phy- ming-tsou.

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^t 302 AU GRE DE LA TOURMENTE

t g hour. C'est pourquoi je dis à Turnerstick :

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Celui qui avait parlé , par contre, était le dsehia-

#; a II faut fuir, capitaine , vite; voilà plus de Loung-

p v yi# <pô d'honnêtes gêns ? et nous ne devons rien espé-

|V rer de la justice.

— Fuir devant ces hommes? demanda-t-il méprisant.

Mv — Dites devant cette masse d'hommes. En avant,

|k avant qu'il soit trop tard! »

Je le poussai dans le corridor et pris en passant un vêtement qui y était suspendu. Nous nous dirigeâmes du côté de la cour où il n'y avait encore personne.

« Passez par la fenêtre.

— Je ne sais pas sauter, Charley.

— Pendez-vous à ce vêtement comme à une

corde, je vais le tenir solidement. »

! En une minute Turnerstick fut dans la cour, je

le suivais.

« Où aller? dit-il.

— Sortir les chevaux et fuyons sur eux. Personne ne nous rattrapera.

I — - Wellt mais prenez pour moi le petit que

j'ai monté aujourd'hui. »

| J ouvris récurie et fis sortir son cheval et le mori-

mori sans prendre le temps de les seller; mais au moment où nous allions les monter, la porte du bâtiment fut poussée et nos ennemis se précipitèrent vers nous. « Les voici, saisissez -les I » cria le dschiahour en s' élançant sur le capitaine.

Mais Tiirnerstiek tira son revolver et le Mongol s'écroula sur le sol.

La foule eut alors une hésitation qui me donna le temps d'ouvrir la porte de la cour et de nous élancer sur nos montures.

« En avant , capitaine , suivez -moi sur la rive gauche du flteuve!

— Welll Ghârley, vous allez apprendre à me connaître comme cavalier! »

• » •» » • « ■ . •-• • ■ » * • * L'après-midi suivant nous entrions dans Canton , et le soir nous étions avec nos deux chevaux à bord de notre bon navire The Wi?id.

On eut beaucoup à raconter, et comme nous nous rendions dans nos cabines, Turnerstick me dit :

c< Voilà ce que j'appelle ; bien apprendre à connaître gens et pays, Charley. Mais il s'agit de savoir maintenant si nous allons porter plainte.

— Le mieux est de consulter le consul et de faire ce qu'il nous conseillera.

— Amenl mon vieux, et puis en route pourMacaoî

— Que voulez- vous faire là-bas?

— Ce que je veux, en voilà une question! Naturellement rendre visite à notre Hollandaise.

— Pour la remercier de nous avoir aidés si bravement à nous défendre? Je vais avec vous^et c'est elle qui nous dira s'il faut porter plainte^;.; : M '' i , \

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