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« Au jour tu verras mieux encore que ce jardin n'a pas son pareil. As-tu entendu parler de Tsemakouaïig?
— Oui, c'était un ministre et un historien dont les richesses étaient immenses, paraît-il.
— As-tu lu ses écrits?
— Non.
— Je les possède et te montrerai la description du jardin qu'il a faite pour se reposer de ses travaux. C'est d'après cette description que j'ai fait dessiner le mien. »
En arrivant dans la maison il me conduisit dans une grande salle éclairée par des lampes et dés lanternes. Il y avait là un millier de livres et d'écrits ; il en prit un et me le tendit :
« Voilà, dit-il, la description qui te fera comprendre mon jardin. Reste ici aussi longtemps que tu voudras, mais permets-moi de me retirer, car j'ai encore à écrire. »
Il sortit. Je m'assis près d'une lampe et cherchai dans le livre la description en question. Elle m'intéressa vivement autant par le style vibrant dans lequel elle était écrite que par les vues qu'elle me donnait sur l'homme d'État chinois, vues qui ne concordaient guère avec l'idée que nous nous en faisons habituellement : aussi je m'amusai à les traduire à l'aide d'un pinceau sur du papier de riz placé sur une table à ma portée; je voulais emporter cette traduction en souvenir de mon séjour chez un comte chinois.
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Quand j'eus fini, je retournai vers nos chambres à coucher. J'allais rentrer dans la mienne quand une porte s'ouvrit en face et le capitaine apparut.
« Charley, me fît -il avec un air mystérieux.
— - Encore Charley!
— Well! vieux Fi-koung-ba-koung-zu-kôung, faut-il que je l'attrapé?
— Qui?
— Le Mongol.
— Quel Mongol?
— Mate ce dschi, ce dscha, qui nous avait enfermés dans la pagode.
— Le dschiahour?
— Oui, c'est justement le nom de ce garnement.
— Est-il ici? Où çà?
— J'avais éteint ma lumière et jetais encore un coup d'œil sur la ville quand il arriva ; je le reconnus bien. Il tourna au coin du jardin. Voici mon revolver, faut-il aller le tuer?
— - Attendez jusqu'à ce que je revienne vous chercher.
— Que voulez- vous faire auparavant?
— Une reconnaissance.
— Well! Nous sommes dans un pays que vous
connaissez mieux que moi, et vous êtes un as dans l'espionnage.
— Mettez-vous à la fenêtre et guettez s'il revient.
— Entendu, master King-fou-kang-fi-koun-fe. » Il rentra dans sa chambre. Je quittai le corridor
et descendis l'escalier : la porte de sortie était fer^
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mée à clef r j,e dus sortir par une fenêtre qui était dans l'ombre. Où diriger mes pas mamtenant ? Le parc était si grand qu'une demi -compagnie de soldats pouvait s'y dissimuler, tandis que je; pouvais être découvert en les cherchant. Si l'homme était vraiment dans le jardin ,. il le quitterait probablement au même endroit qu'il y était entré. Je cherchai cet. endroit.
A la clarté de la lune, j'aperçus bientèt à terre l'empreinte d'un soulier à semelles souples, qui me conduisit à iin point du mur devant lequel se trouvait un buisson de bambous : c'était là que l'homme avait passé.
Je revins sur mes pas et me cachai de nouveau dans l'ombre du bâtiment. Puis je me glissai jusqu'au buisson de bambous en ayant soin de n'être pas vu.
J'attendais depuis longtemps déjà quand mes prévisions se réalisèrent enfin, et j'entendis des pas, Deux hommes s'avancèrent et s'arrêtèrent tout près de moi : l'un était le Phy, l'autre n'était pas le dschiahour bien qu'il en eût la taille.
Ce dernier demandait :
' « Réussiras-tu?
— Je l'espère.
— Écris-lui dès ce soir ta décision. Si tu îie réussis pas, Kong-ni devra épouser ma fille. Un de tes fils doit devenir mon gendre ou tu es perdu.
— Alors peu t'importe que ce soit Kong-ni ou celui-ci.
— Ce m'est tout à fait indifférent. Tu n'avais
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qu'un fils, je ne pouvais exiger que celui-là. Tu aseu Tidéé de t'en procurer un second ^ âdopte-le r peu m'importe qui il soit. Ce Français est un homme fort et courageux ^ je le préfère peut-être à Kong-ni; mais pourquoi Kong-ni a-t-il pensé justement à lui?
— Il l'aime et veut le retenir. Faut-il lui montrer ta fille avant de lui parler?
— Je suis un si- fan (un Thibétain), et un si -fan n'enferme ni sa femme ni sa fille à clef, chacun peut parler avec elles. Amène-le-moi demain ou veux- tu que je t'envoie une invitation?
— Envoie -la , afin qu'il ne se doute de rien.
— Tu l'auras, fais donc ce que je t'ai commandée Un Kiang-lou ne plaisante jamais quand il s'agit de ses desseins.
■ — Mais s'il ne veut pas?
— Alors ce devra être Kong-ni.
— Est-ce là ton dernier mot?
— Le dernier si tu ne veux pas de violences.
- — Qu'entends-tu par là?
— Plus d'un n'est-il pas revenu à de meilleurs^ sentiments dans le Loimg-keou-siang (pavillon de la gorge du dragon)?
— Certes, mais comment l'amener là-haut?
— Il n'y a rien de plus facile. Je te quitte. »
En deux bonds, il fut de l'autre côté du mur et j'entendis ses pas résonner en s'éloignant. Le Phy resta encore un moment immobile, puis se dirigea vers une porte dérobée dont j'entendis la serrure grin-
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cer légèrement. Je rentrai à mon tour par la fenêtre. Turnerstick m'attendait avec impatience.
<c Où restez -vous donc si longtemps? Il vient justement de repartir.
— Je le sais.
— Et vous l'avez laissé échapper?
— Ce n'était pas le dschiahour.
— Qui donc?
— Devinez un peu.
— Devinez? Pas de danger quand il est si simple que vous me le disiez .
— Le Kiang-lou.
— Le colonel des pirates?
— Oui.
— Est-ce malheureux que je n'ai pas été là, je vous l'aurais vivement pris.
— P'euhl Cela n'aurait servi à rien. Dans un pays étranger, au milieu d'ennemis et de traîtres, il vaut mieux agir avec prudence que de se précipiter tête baissée contre les murs.
— Des ennemis, des traîtres, mais nous n'en connaissons pas.
— Si.
— - Qui, par exemple?
— Tous.
- — Expliquez -vous?
— - Il faut que j'épouse la fille du colonel, sans
quoi...
— La fille de celui-là! Charley, avez -vous toute
votre raison?
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— Toute. Je dois l'épouser sous peine d'être enfermé en un Heu qu'ils appellent pavillon du Dragon, et où on nie laissera mourir de faim et de soif,
— Beau pavillon! Mais pourquoi faut-il que vous l'épousiez?
— Je n'en sais rien encore, mais le saurai bientôt. Je sais du moins qu'on a voulu forcer Kong— ni à prendre cette fille pour épouse et qu'il veut que j& le fasse à sa place,
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— Je ne peux pas me fâcher avec lui sérieusement, bien que ce soit une petite trahison de sa, part. Je ne crois pas qu'il me veuille vraiment du mal. Il doit y avoir une raison pour forcer le Kiang-lou à s'allier au Phy, et Kong-ni doit avoir ses raisons aussi pour s'élever contre ce projet.
— Je n'ai pas envie de me casser la tête là-dessus; Qu'allez-vous faire?
— D'abord attendre,
— - Bon, j'attendrai aussi.
— Parfait! Du reste, nous serons invités demain
chez le Kiang-lou.
— Vraiment, je m'en réjouis* C'est admirable d'apprendre à connaître gens et pays de cette manière.
— N'est-ce pas? c'est bien parfois un peu dangereux, mais il ne faut pas avoir peur. Pour aujourd'hui, allons nous reposer, à chaque jour suffit sa peine. Bonne nuit, .Kouang-fou-Turning-stickking
— Gooood night, sir Koung-fm-koung-fo^koung molo. »
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Arrivé dans ma chambre, j' éteignis les lumières et me couchai. C'est curieux, bien que me sachant exposé à un danger certain, je dormis merveilleusement et sans rêves.
Gomme je m'éveillais , le capitaine entra dans ma chambre :
ce Ré veillez -vous, mon vieux. Notre hôte vient de me faire demander si vous étiez prêt, il s'agit de prendre le thé du matin.
— Je viens de suite.
— Bon, j'attends ici. »
Quelques minutes plus tard, nous entrions dans la salle à manger où se trouvait Kong-ni et son père.
Il n'y avait que du thé et des kouamien (morceaux ronds ou carrés de pâte desséchée et gonflée); le Phy s'en excusa en disant qu'il avait reçu une invitation et nous emmènerait avec. lui.
« Chez qui? demandai- je.
— Chez un ami très influent, un mandarin à bouton de corail rouge ciselé. Il a examiné les ouvrages, et c'est à lui que tu dois ce que je t'apporte. »
Je pressentis que c'était le décret dont tous deux avaient parlé la veille, et je ne me trompai pas. C'était bien ma nomination au grade de Tsin-sse.
« Je te remercie et saurai aussi le remercier, répondisse simplement. Alors ce document revêtu du sceau impérial a une valeur incontestable ?
— Oui, dans tout le royaume. Il n'a pas besoin de confirmation et tes travaux ne seront renvoyés que pour la forme.
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— Gomment s'appelle le mandarin supérieur chez qui tu vas me conduire?
— C'est un Rouang-kiou^ssu (général de brigade), et s'appelle Kin-tsou-fo.
— Quand partirez-vous ?
— Quand il te plaira.
— Il est encore loin de midi.
— L'heure lui est indifférente. Choisis celle qui te convient.
— Une heure avant midi, j'ai affaire jusque-là. » C'était dire de manière explicite que je désirais
rester seul. C'était une impolitesse, mais il me fallait être tranquille pour pouvoir regarder un peu autour de moi.
Dans le jardin, que je trouvai conforme à ma lecture de la veille, je rencontrai un ouvrier avec qui je liai conversation. Je lui demandai tout en parlant s'il n'y avait pas dans les environs un lieu nommé Loung-kéou-siang. IL secoua négativement la tête, mais je m'aperçus qu'il en savait plus long qu'il ne voulait en dire. Et quand je m'éloignai il me lança un regard qui me sembla menaçant; avais -je fait une faute en le questionnant sur cet endroit?
Au fond du jardin une porte conduisait en pleine campagne. Je la pris et marchai, entre des plantations verdoyantes, vers les montagnes aperçues la veille. S'il y avait une gorge du Dragon, elle devait se trouver naturellement entre ces hauteurs abruptes et escarpées et d'accès difficile. C'est d'elle que dépendait peut-être mon sort; il fallait que je la trouve.
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Je rencontrai justement tin garçon qui menait une chèvre à une corde.
« Dis-moi, lui dis-je, y a-t-il par ici une gorge du Dragon ?»
À la vue de mon insigne il se jeta à terre.
<c Pardonne - moi , seigneur, je n'en connais pas.
— Tu ne connais peut-être pas ces montagnes?
— Je les connais très bien , puisque j'y suis toute la journée avec mes chèvres. »
Cette dénomination de gorge du Dragon n'était peut-être connue que des hommes du Dragon.
<c Alors, dis-moi, n'y aurait-il pas dans ces montagnes une partie ou un rocher qui ressemble à un pavillon ou à une fenêtre en saillie.
— Qu'est-ce que cela?
— Un pavillon est une jolie petite maison construite ordinairement dans un jardin, et une fenêtre en saillie est une fenêtre placée dans une sorte de petite tour à la partie supérieure d'une maison.
— Je connais quelque chose de semblable, seigneur, veux -tu le voir?
— Oui, à quelle distance est-ce?
— Il faut cinq minutes pour arriver à le voir, mais on ne peut y grimper.
— Conduis -moi. »
Il attacha sa chèvre à une tige de bambou et nous partîmes tous deux.
« Connais-tu le Phy-ming-tsou? lui demandai -je ensuite.
— Oui.
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— Et le Kin-tsou-fo?
Oui, ce sont les deux hommes les plus puissants de notre ville.
— Habitent- ils ici depuis longtemps?
Le père du Phy- ming-tsou habitait déjà ici,
Je rencontrai uu gardon qui menait une chèvre.
mais le Kin-tsou-fo y est venu depuis peu et a acheté une maison.
— Leur as-tu déjà parlé?
Non» ce sont des hommes d'un rang élevé qui
ne regardent pas un pauvre garçon.
— Connais -tu quelqu'un parmi leurs serviteurs? Je les ai vus et j'ai entendu leurs noms, mai»
je n'ai jamais parlé à aucun d'eux.
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- — Ont -ils parlé à ton père ?
— Je n'ai plus de père, mais seulement ma mère, »
«Pétais tranquillisé, car je pouvais espérer que ni le Phy ni le Kiang-lou n'apprendraient que j'avais vu le pavillon.
Devant moi trois gorges étroites s'ouvraient entre les montagnes. L'enfant me conduisit dans celle du milieu, et au bout d'un moment d'ascension il leva le doigt et me dit :
« Regarde en Pair, voilà le rocher qui ressemble à un pavillon , mais tu ne pourras y parvenir, »
Au fond de la gorge s'élevait presque à pic une paroi rocheuse mais susceptible d'être escaladée toutefois par un montagnard exercé. Elle était couronnée d'un gros bloc cubique qui, sous Faction du temps et des pluies , avait pris l'aspect d'un pavillon chinois.
« Puisque je ne peux pas monter, il vaut mieux que je m'en retourne, dis-je prudemment. Toi aussi tu peux t'en aller. »
Je lui donnai vingt sapèques, c'est-à-dire environ dix centimes. C'était un tel trésor pour l'orphelin qu'il resta un moment interdit. Puis il se jeta à terre, baisa le bord de mon vêtement, se releva et partit précipitamment.
Je suivis la gorge et arrivai après une ascension pénible d'un quart d'heure en haut de la paroi. Elle dominait de l'autre côté un précipice profond, entouré à gauche et à droite par des rochers élevés. C'était un abîme profond et effrayant, qui devait
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avoir déjà englouti bien des victimes des <c hommes du Dragon ». ■ .
J'inspectai le pavillon de tous les côtés et trouvai bientôt, à-côté d'un renflement du rocher en forme de pilier, à une hauteur double de celle d'un ■/:. M
hommes deux crochets, qui d'après leur aspect et 1
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leur distance respective semblaient servir à soutenir illK
et à maintenir une échelle.
Dans ce cas, l'échelle ne devait pas être loin. Après avoir longtemps cherché, je la découvris enfin. Elle était faite de bambous et pouvait se replier; elle était cachée sous un tas de pierres et d'éboulis.
Il faisait grand jour, et je pouvais être facilement aperçu si quelqu'un par hasard entrait dans la gorge; mais cette idée ne m'arrêta pas.
Le rocher faisait au-dessous des crochets une saillie sur laquelle il était facile de se tenir debout , et beaucoup plus haut j'aperçus encore deux autres crochets. Je plaçai l'échelle et montai jusqu'à la saillie, où je m'arrêtai pour retirer l'échelle et la placer plus haut. J'arrivai ainsi jusqu'à la surface plane qui formait comme un toit au pavillon et m'aperçus qu'elle était percée d'un trou de deux aunes de diamètre par lequel on pouvait pénétrer à l'intérieur.
Quelle pouvait bien en être la profondeur? J'y jetai une pierre et écoutai, mais au lieu du son que j 'attendais , un cri humain se fit entendre :
« Reviens-tu déjà? disait une voix sourde; je ne suis pas encore morte, mais je suis près de mourir.
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— Qui est- là? » criai- je*
Mes paroles ne pouvaient pas être très nettement comprises, aussi la voix répondit :
<c Non y je maudis ton Fo et ton Bouddha : j*aime mieux mourir de faim que de renoncer à Tim-Tsvhù (te Maître du ciel). Je prierai Tsei Thien (Notre Père qui êtes aux eiêux); il est puissant, il me sauvera, s'il le veut. »
J'appelai une deuxième et une troisième fois, mais ne reçus pas de réponse. L'effort fait par la prisonnière pour prononcer ces dernières paroles Pavait probablement épuisée.
Que faire? Il fallait la sauver, mais le pouvais-je actuellement? Le trou devait bien avoir une profondeur de vingt aunes ; il avait dû êtçe tout d'abord creusé par la pluie et achevé ensuite de la main des ïiommes. J'enveloppai mon couteau dans mon mouchoir et le jetai en bas; La prisonnière avait dû se retirer de l'ouverture, car cette fois je n'entendis plus rien. Le découragement ou la fatigue l'empêchaient de parler*
Je ne pouvais rien faire avant la nuit, je redescendis donc, retirai l'échelle et la cachai où je l'avais trouvée. Je repris ensuite le chemin de la maison* Dans le jardin je rencontrai le capitaine avec Kongnu
« AU deuils 1 où avez-vous été courir? Je pari* que vous avez été au bord du fleuve.
— Pourquoi pas?
— Wellt vous auriez pu ^n'emmener* Vous savee
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bien que l'eau me manque à terre. Partons, nous
sommes invités, et je suis prêt depuis longtemps, » fi
Il tenait, en effet, son ombrelle sous son bras.
« Veux -tu aller chercher ton éventail? dit Kongni, les palanquins sont déjà à la porte,
— Un domestique ne pourrait- il pas aller me le chercher?
— Oui y alors viens; mon père est déjà parti. » Il y avait en lui quelque chose d'étrange et de pli
gêné. Qu'avait-il? Il était encore jeune et ne savait pas dissimuler. Au dernier buisson, il s'arrêta tandis que Turnestick continuait à marcher.
« Tu as parlé aujourd'hui avec un homme dans le jardin? demanda -t- il.
— Oui, répondis-je franchement,
— Tu t'es informé d'un Loung-kéou-siang. =:^
— Oui.
- — Qu'est-ce que cela?
— Ne le sais-tu pas? :|;
— Non, »
Son regard prouvait qu'il mentait, « Tu dois le savoir puisque tu m'as donné cet
insigne, tu dois connaître les secrets des Loung-yin.
— Je ne les connais pas; j'ai reçu cet insigne d'un étranger comme tu l'as reçu de moi. Qui t'a parlé de Loung-kéou-siang?
— Si tu ne sais pas les secrets des « hommes du Dragon », ce n'est pas à moi de te les dire, ce serait une trahison. »
Il ne parut pas satisfait de cette réponse. Nous
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montâmes dans les palanquins, traversâmes la ville l| et nous arrêtâmes devant la villa que nous avions
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Comme nous descendions, le géant de la veille
a Soyez les bienvenus dans la maison de votre meilleur ami, dit -il en nous saluant; veuillez entrer/
— Nous venons vers toi, grand Kiang-kiou-ssu, pour te témoigner notre estime, et serons heureux de fouler ton seuil, répondis -je.
|; — Faites -moi la grâce d'être votre guide.
— Permets -moi de te présenter mon ami Turningstickking kouang-fou. »
Le capitaine s'aperçut de la présentation; il
appuya le bout de son ombrelle sur ma poitrine et
dit en faisant le salut militaire de deux doigts de
la main droite :
| a Et moi, je vous présente mon vieux Master
Koung-ki-foung-ki-loung-ki-moung-ki. »
Le si-fan ne comprit rien à ce mot étrange et Koung-ni retint son sérieux.
On nous conduisit alors dans le salon où le Phy était assis entre une jeune fille et un autre invité.
La jeune fille était grande et élancée avec un visage très agréable mais triste, ses pieds n'étaient pas déformés parce qu'elle était fille de Mongol. L'autre f| invité était notre dschiahour, qui fit comme s'il
nous voyait pour la première fois.
Tous trois se levèrent pour nous saluer, puis on nous nomma. La jeune fille s'appelait Kioung, d'un
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qui signifie : la riche; le dschiahour :
LaktôêuL Kioung nous servit élle-mémé un thé noir savoureux acéompagné de minces tranches de Pan* tan (pâte de fariné d'avoine). Le si-fan nous invita ensuite à visiter la cour et le jardin*
Ce dernier était loin d'être aussi grand que celui dû Phy, mais chaque endroit était arrangé avec tout le soin voulu pour en faire un paradis selon la conception chinoise. La cour, par rapport à la maison^ était très spacieuse, ce qui m'étonnà d'abord, car en Chine on n'a guère d'animaux domestiques» Le si -fan m'en fournit l'explication en ouvrant la porte d'une écurie qui excita vivement mon intérêt.
On a en Chine les plus mauvais chevaux du monde. J'étais curieux de voir ce que le « général de brigade » allait nous montrer. Un valet d'écurie sortit deux chevaux sellés. Ils appartenaient à cette petite race mongole à longue queue, qui en dépit de sa médiocre apparence est aussi forte que résistante et par suite très appréciée; malheureusement cette race dégénère rapidement dans un climat meilleur.
a Savez- vous monter à cheval? demanda le si-fan au capitaine.
— Qu'est-ce que me veut celui-là? me demanda ce dernier.
— Il demande si vous savez monter à cheval.
— AU devil! sur de petites bêtes pareilles, sûrement.
— Tenez-vous tout de même sur vos gardes!
— Peuh! vous savez que je n'aime pas beaucoup
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