‹ Au gré de la tourmenteChapitre 6 sur 37 · VI · texte numérisé non relu

VI

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duite aux coquins. Vous vous y entendez à la perfection , vous, Charley.

— Ils nous ont tous échappé. Mon plan a échoué V; .JJ; : : par la maladresse du pilote* Alors vous voulez hieii

iMli mettre votre Wind à notre disposition?

^» — Naturellement; nous mettrons à la voile demain

ilftr matin à marée haute. Venez maintenant dans ma

^ÊÊÈu-i cabine, il faut bien voir comment mes bouteilles se

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pipi- sont comportées sous la ligne,

— Je ne puis pas vous refuser cela : mais je ne

mai- resterai pas encore définitivement à votre bord. J'ai

|l» promis à Potomba d'aller avec lui à terre, et il est

|p|J impatient de revoir sa femme et son frère.

— Eh bien! qu'il boive avec nous, je vous demanderai ensuite la permission de vous accompagner, car j'ai moi-même à faire là -bas. »

Potomba dut venir dans la cabine où le brave master Frick nous régala de son meilleur cru. Puis nous montâmes tous trois dans une chaloupe qui prit l'embarcation du ehri à la remorque, et nous nous rendîmes à terre. Plus nous nous approchions, plus les traits de Potomba devenaient anxieux. Il semblait voir quelque chose qui attirait son attention au plus haut degré. Il vit mon regard interrogateur «t étendant le bras :

llfi « Vois-tu ces bateaux là-bas , sahib ? »

|||| Juste devant nous étaient alignés une grande quan-

wà tité de bateaux décorés. Celui du milieu se distinguait

^ par une banderole bariolée et toutes sortes d'orne-

ments faits de fleurs et de feuilles.

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a Oûij répondis- je ; à qui sont-ils?

— -Vois-tu celui qui a des banderoles et des guirlandes ?

— Certainement ; pourquoi me demandes-tu

cela ?

— De chaque côté de sa proue élancée sont inscrits les mots : Mato On' (oeil du jour). C'est ainsi que j'appelai Pareyma lorsque j'ai commencé à l'aimer, et c'est ainsi que je nommai le bateau que je fis construire pour elle à Tàmaï d'Ëimeo pour qu'Ànoui vînt trie chercher le jour où je Fai prise pour femme et pour que je la ramène dans ma maison. Je le reconnais bien, et il est orné aujourd'hui exactement comme le jour de nos noces. Il doit y avoir à Eimeo un mariage pour lequel Anoui l'aura prêté au père de la fiancée afin d'aller chercher le fiancé. »

Ses jolis traits reflétaient une inquiétude que je ne m'expliquais pas. Ce souvenir, semble-t-il, aurait du plutôt provoquer de la joie que des craintes.

« Et vois-tu F homme dans le bateau? continua-t-il ; c'est Ombi.

— Qui est Ombi?

— Le serviteur du prêtre, mais il m'aime plus que son mattre. Il a porté Pai^eyma dans ses bras lorsqu'elle était enfant, et a veillé sur elle après la mort de sa mère. »*

Le domestique qui nous observait sembla reconnaître Potomba, car il se leva joyeux > mais se rassit aussitôt et cacha son visage dans ses mains.

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lllfil Le sable de la rive grinçait à ce moment sous la

quille du bateau > nous sauvâmes à terre.

Potomba s'approche du Màtù Ori. -—

ccOmbi ! » appela- 1- il.

Le domestique ne bougea pas.

Gomme il ne recevait pas de réponse , il sauta dans ^embarcation et saisit le vieux Polynésien par les

<c 0mM, pourquoi ne réponds -tu pas? »

Le domestique découvrit sou visage et le regarda avec des yeux baignés de larmes .

ce La douleur a-t-elle des paroles, Potomba?

-répondit- il.

■— Quelle douleur?

. — Tu as délaissé Atua, le dieu de toute bonté , et tu as été vers le dieu des missionnaires.

— Cela te fait de la peine maintenant ? Ne m'astu pas avoué autrefois, quand je te parlais en secret du Messie, l'Agneau de Dieu, que Jésus le maître tout-puissant t'était plus cher qu'Atua le dieu de Tahiti, qui n'est jamais venu guérir les malades, ressusciter les morts et mourir pour nos péchés?

— Je l'ai dit, Potomba, et le dis encore; mais je suis le serviteur d'un prêtre auquel je dois obéir et n'ai pas la permission de dire ce que je pense.

— Tu peux dire ce que tu penses et ce que tu crois* Abandonne le prêtre du faux dieu et viens avec moi. Tu aimes Jésus le Nazaréen; tu m'aimes aussi ainsi que Pareyma. Pourquoi ue veux- tu pas

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venir chez nous? Pourquoi pleures -tu en me regardant? Tu ne Tas jamais fait jusqu'ici»

— Je pleure parce je voudrais bien aller chez toi 5 mais que je ne le peux pas,

— - Et pourquoi ne le peux -tu pas?

— Parce que je ne veux pas quitter Par ey ma, qui a besoin de moi.

— Pareyma! Si tu viens chez moi, ne seras-tu pas avec elle?

- — Non! »

Je vis Potomba pâlir d'épouvante; ses regards errèrent autour de lui, il remarqua l'air de compassion de tous les promeneurs qui s'étaient rapprochés de nous et eut plus que moi le pressentiment qu'un malheur l'avait frappé pendant son absence. Il saisit machinalement son kriss et d'une voix sifflante il dit entre ses dents :

a Où est Pareyma?

— Rentre chez toi et demande -le. Je n'ai pas la permission de te le dire, »

Potomba fit un pas en arrière, ses yeux étincelaient, ses lèvres tremblaient.

« Ombi, où est Pareyma, entends -tu, je te le demande? »

Le serviteur baissa tristement la tête et répéta :

« Rentre chez toi et demande -le.

— Ombi, tu continues à te taire, c'est bon, je m'en vais, mais celui qui a fait à Pareyma le moindre mal est un homme mort. »

Il s'éloigna; nous le suivîmes. La foule assemblée

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s écarta respectueusement devant lui. Il ne dit pas

un mot et regarda seulement en arrière pour voir si

ïlil nous étions encore avec lui. Nous marchâmes jusqu'à

une bâtisse remarquable par sa grandeur et la plantation d'arbres à pain qui l'entouraient.

« Venez, » dit- il brièvement, et il entra.

Dans le vestibule de la maison, un homme ieune ijllf *.'• Çûi ressemblent à Potomba étais assis sur une

natte.

ce Potaï!

— Potomba ! »

Le jeune homme se leva et tendit les bras vers

son frère, puis il recula et les laissa retomber. « Qu'as-tu, Potaï? ne suis -je pas ton frère? » Le jeune homme montra le sol où un poignard était enfoncé près de la natte.

| « J'ai enfoncé ce poignard en terre avant ton arri-

vée, et j'ai juré de ne pas te toucher jusqu'à ce que soit vengée la mort de notre mère.

— La mort de notre mère? Parle, Potaï, parle vite, vite.

« Où est Pareyma?

— Partie .

— Partie! Où?

— A Eimeo , chez son père , le prêtre des faux dieux .

— De son plein gré?

— De son plein gré. J'étais allé à Maitea, et quand je suis revenu elle était partie. Notre mère a voulu la retenir et a lutté avec ©lie. Potomba, ta femme esc retournée aux faux dieux et a tué ta mère.

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— - Gomment?

— Avec son kriss. Je l'ai retiré tout sanglant du cœur de notre mère et le voici dans la terre. »

Le ehri se baissa pour retirer le poignard. « Ce n'est pas le poignard de Pareyma; c'est celui du prêtre Anoui, s'écria-t-il.

— Alors c'est lui qui est venu la chercher, et il est le meurtrier. ,

— Et elle est vraiment partie avec lui de son plein gré?

— Je n' ai pas vu de traces de lutte entre elle et son père. As-tu vu les embarcations et son Mato Ori?

— Oui; que signifie cette flottille?

— Et connais-tu Matemba, ton ennemi mortel?

— Tu me poses des questions comme à un enfant.

— Tu reviens à temps. Anoui le prêtre et le père de ton épouse infidèle est venu chercher Matemba. Il y a des noces àTamaï, et aujourd'hui même Matemba sera le mari de ta femme. »

Potomba s'avança vers l'ouverture qui servait de fenêtre; il avait besoin d'air pour ne pas étouffer. Les deux frères ne s'étaient pas occupés de nous jusqu'alors ; le capitaine me chuchota :

« Vous semblez connaître la langue de ces gens? Que se passe-t-il? Cela n'a pas l'air de quelque chose de bon.

— C'est épouvantable, répondis -je; on a tué la mère du ehri, et sa femme doit épouser aujourd'hui un païen.

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