‹ Au JaponChapitre 2 sur 10 · EN MER - LE SUD DE L'INDE - CEYLAN · texte numérisé non relu

EN MER - LE SUD DE L'INDE - CEYLAN

18 janvier 1913. — En Mer Rouge. — Je n*ai pas eu le courage de commencer plus tôt ce journal de voyage* J'avais trop froid. Froid, en Mer Rouge? Oui, froid. Un froid noir. Nous avons traversé le canal de Suez sous on ciel gris, dans la pluie, au milieu d'une désolation mouillée; nous grelottions sous nos pardessus, et un couple qui faisait le voyage pour la première fois regardait avec des yeux féroces ceux qui, au départ, l'avaient prévenu contre les insolations.

Nous nous sommes embarqués, ma femme et moi, à lUteeille, sur le Paul Lecat. C'est le premier de la série des grands paquebots que construit la Compagnie des Messageries maritimes* Il est superbe, et laisse au second rang, au point de vue de la vitesse, du confortable et du goût, les plus beaux bateaux anglais... et les autres* Il est tout neuf, et si grand qu'il ne peut trouver sa place,

'*à iSïâf sôillè, aux âppontements ordinaires de la Com- Hgnie.

Les Marseillais en sont très fiers.

Le jour du départ, qui était un dimanche, toute une foule grouillante avait envahi le paquebot, s'agitait dans les escaliers et remplissait l'ascenseur — nous avons un ascenseur — justifié par les cinq ou six étages qui séparent la salle à manger du pont supérieur. Presque tous ceux qui composaient cette foule étaient les parents ou les amis des employés, des garçons, des hommes de l'équipage qui les dirigeaient par petits groupes admiratifs. On marchait avec respect sur les tapis ; on se poussait du coude en se montrant les plafonds sculptés ; on se figurait, pour un moment, qu'on était des « passagers de première. » Les moins timides essayaient les chaises, longues, et j'ai vu une bonne grosse dame rougir de plaisir en disparaissant derrière une porte dont la vitre dépolie portait ce simple mot : Dames.

20 janvier. — En Mer Rouge. — Depuis huit jours de traversée on s'est évalué. Les groupes se forment. Des masques sont tombés, d'autres sont moins bien fixés. Gela laisse maintenant entrevoir des visages, dont quelques-uns gagnent à la révélation. L'attitude que nous essayons de nous donner n'est pas toujours celle qui nous est le plus favorable.

L'ensemble des passagers, d'ailleurs, est sympathique. Et même — faut-il le dire? oui, puisque j'ai promis d'être sincère — et même, j'ai été un peu surpris, dans un sens agréable. .*

S'est-il vraiment passé un fait important en France, depuis quatre ou cinq ans ? Un fait considérable, intéressant la nation tout entière, et que nous ne constaterions que par à-coups, à des intervalles éloignés ?

Est-ce cela? ou bien les yeux de ceux qui regardent

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