‹ Au jardin de l'infante; augmenté de plusieurs poèmesChapitre 12 sur 58 · MUSIQUE CONFIDENTIELLE · texte numérisé non relu

MUSIQUE CONFIDENTIELLE

Au cartel d'or, Qui s'endort, La lyre du pendule à peine se balance.

Sans avirons, Nous errons, Au vague, sur le lac enchanté du Silence.

L'accord dernier Du clavier

Au long des fils vibrants se prolonge et se pâme,

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Et d'un remous Lent et doux En ondes de langueur s'élargit dans notre âme.

Sur les tapis Assoupis

Une rose blessée et penchante agonise ;

Et le désir De mourir

Comme une extase en nous monte et se divinise.

D'ombre noyé, Déployé,

Comme un dais triomphal, pour des pompes célèbres,

Le lit massif, Dieu pensif, Médite obscurément nos baisers des ténèbres.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

L'air amolli S'est empli

De ton parfum subtil, obsesseur et complexe,

Philtre ambigu, Suraigu,

Fleur tiède épanouie au soleil de ton sexe.

Tes yeux mourants, Transparents, M'ouvrent les profondeurs des verts mélancoliques,

Et les charbons Moribonds

Font trembler tout au fond des flammes symboliques.

Je t'aime ainsi, Sans souci

De l'heure disparue, et du mal et des peines,

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Que par nos doigts Plus étroits

Notre amour se pénètre au plus fin de nos veines.

Restons perdus, Suspendus Au-dessus de la terre ironique et brutale,

Sans rien savoir, Sans rien voir, Révélés à la Vie Unique et Musicale...

Ne parle pas, Ou si bas

Que ce soit un secret vaporeux qu'on devine,

Et qui se meurt Dans le cœur Comme une haleine d'ange en un duvet d'hermine.

A PAUL MORISSE

Musicienne du Silence.

Stéphane Mallarmé.

DILEGTION

J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles, Tout ce qui tremble, ondule, et frissonne, et chatoie, Les cheveux et les yeux, l'eau, les feuilles, la soie, Et la spiritualité des formes grêles ;

Les rimes se frôlant comme des tourterelles, La fumée où lë songe en spirales tournoie, La chambre au crépuscule, où Son profil se noie, Et la caresse de Ses mains surnaturelles ;

L'heure de ciel au long des lèvres câlinée, L'âme comme d'un poids de délice inclinée, L'âme qui meurt ainsi qu'une rose fanée,

Et tel cœur d'ombre chaste, embaumé de mystère, Où veille, comme le rubis d'un lampadaire, Nuit et jour, un amour mystique et solitaire.

Page 1