‹ Au jardin de l'infante; augmenté de plusieurs poèmesChapitre 17 sur 58 · L'ILE FORTUNÉE · texte numérisé non relu

L'ILE FORTUNÉE

A Antony Mars.

Dites, la Bande Jolie, J'ai l'âme en mélancolie, Dites-moi, je vous supplie,

Où c'est.

Est-ce à Venise, à Florence?

Est-ce au pays d'Espérance?

Est-ce dans l'Ile-de-France ?

Qui sait?

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Viens, tu verras des bergères, Des marquises bocagères, Des moutons blancs d'étagères,

Et puis Des oiseaux et des oiselles, Des Lindors et des Angèles, Et des roses aux margelles

Des puits.

Viens, tu verras des Lucindes, Des Agnès, des Rosalindes, Avec des perles des Indes,

Gardant Sur l'index une perruche, Le col serré dans la ruche, Le grand éventail d'autruche

Pendant.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Les Iris, et les Estelîes En chaperons de dentelles Rêvent près des cascatelles

En pleurs, Et fermant leurs grandes ailes Les papillons épris d'elles En deviennent infidèles

Aux fleurs.

Unis d'une double étreinte

Les Amants rôdent, sans crainte,

Aux détours du labyrinthe

Secret.

Sur le jardin diaphane Un demi-silence plane, Où toute rumeur profane

Mourrait.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

C'est la Divine Journée, Par le songe promenée Sur l'herbe comme fanée

Un peu»

Avec des amours sans fraude, Des yeux d'ambre et d'émeraude Et de lents propos que brode

L'aveu.

Le soir tombe... L'heure douce Qui s'éloigne sans secousse Pose à peine sur la mousse

Ses pieds ; Un jour indécis persiste, Et le Crépuscule triste Ouvre ses yeux d'améthyste Mouillés.

AU JARDIN DE i/lNFANTE

Des cygnes voguent par troupes...

On goûte sur l'herbe en groupes; Le dessert choque les coupes

D'or fin.

Les assiettes sont de Sèvres; Et les madrigaux, si mièvres, Caramélisent les lèvres

Sans fin.

L'après-midi qui renie L'ivresse du jour bannie Expire en une infinie

Langueur...

Le toit des chaumières fume, Et dans le ciel qui s'embrume L'argent des astres s'allume, Songeur.

AU JARDIN DE t/lNFANTE

Les amants disent leurs flammes, Les yeux fidèles des femmes Sont si purs qu'on voit leurs âmes

Au fond ; Et, deux à deux, angéliques, Les Baisers mélancoliques Au bleu pays des reliques

S'en vont.

Au son des musiques lentes, Les Amoureuses dolentes Ralentissent, nonchalantes,

Le pas...

Du ciel flotte sur la terre; Et, dans le soir solitaire, L'angélus tinte à Cythère,

Là-bas.. ♦

AU JARDIN DE i/lNFANTE

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