LA PAROISSE
L'organisation extérieure de l'Eglise, couvrant par ses ramifications hiérarchiques l’univers tout entier et ramenant tout à Rome, au Pape, est réellement merveilleuse. On a pu vouloir limiter, on ne Pegalera jamais, parce que jamais un autre pouvoir ne sera comme le sien, sans Umites. II est certain que le partage du monde civilisé en provinces, en diocèses et en paroisses répond admirablement aux intentions de Notre-Seigneur, et réalise son dessein de voir un seul troupeau autour d’un pasteur suprême, bien qu'il y ait sous des chefs subordonnés des bergeries secondaires, L’universalité maintient elle-même l’unité.
Il s’en suit tout naturellement que besprit de I' Eglise veut qu’on favorise, chacun dans sa sphère, cette organisation :
que lon soit de sa province, de son diocèce, de sa paroisse ; que par celle-ci, le curé nous rattache à l’évêque et l’évêque au Pape; que ce lien hiérarchique puisse être fortifié, mais jamais affaibli, ou encore moins détruit par aucune influence étrangère.
Voilà pourquoi, l’Eglise dans ses Coneiles, et par de multiples décrets du Souverain Pontife, et sous la direction des évêques, veut que les fidèles observent aussi rigoureusement que possible les obligations de la vie paroissiale et que, dans l’ordre spirituel, dans la sphère religieuse, tout serve à maintenir et à développer cette même vie.
Tous les actes principaux de la vie chrétienne doivent s’accomplir dans la paroisse et sous l’autorité du prêtre attitré:
le baptême qui fait le chrétien, la communion pascale qui le fait reconnaître, la Confirmation qui perfectionne son âme, le mariage qui fonde le foyer, les rites suprêmes du viatique et de l’extrême-onction, et la sépulture qui étend jusqu’à la tombe la bénédiction officielle de Eglise.
Tout ceci, de par le droit canonique uni-
versel, relève de la paroisse et personne ne saurait méconnaître ces lois. Il y va même parfois de la validité des actes accomplis. ö
Mais en dehors de ces manifestations substantielles et indispensables de la vie paroissiale, il y a beaucoup d'autres circonstances dans lesquelles, sinon d'une façon impérative, au moins par une direction précise, par des conseils pressants et pour le plus grand bien de tous, l’Eglise demande à ses enfants de marquer leur attachement à la vie paroissiale.
Tous doivent entendre la messe le dimanche et les jours de fêtes. La rigueur du précepte est satisfaite, quelles que soient l’église et l’heure auxquelles on assiste à l’office divin. Est-ce bien là tout l'esprit de Eglise? Non, évidemment.
C’est à l’église paroissiale, et à la messe solennelle que les fidèles sont conviés de préférence. Dans cette église et à cette messe il y a le pasteur; il y a la famille paroissiale ; il y a l'office régulier ; il y a . le prône avec ses annonces, ses avis, ses recommandations, quelquefois ses réprimandes, et, en tout cas, ses directions api -
Pa
de +
rituelles; on y est mis au Courant, on y est informé, instruit sur la fête du jour, sur celles qui viendront pendant la semaine, sur toutes les indulgences à gagner, sur les événements religieux qui se préparent et qui intéressent l’ensemble de la paroisse; on y est averti des jours de jeûne et d’abstinence, des prochains mariages, des mortalités récentes. Avec le prône il y a le cours d' instruction suivi régulièrement, et sans lequel les connaissances religieuses s’éteignent rapidement dans les âmes, Pour ne laisser que de vagues réminiscences sur les points même élémentaires de la doctrine religieuse.
C’est encore à l’église paroissiale que l’on est invité à se rendre pour certaines solennités spéciales qui reviennent périodiquement, telles que les retraites, les missions, les quarante-heures, les rogations, les processions du Saint-Sacrement, les exercices du mois de Marie.
Enfin cette même église groupe, en des congrégations particulières, les différentes classes de fidèles; il y a la Ligue du Sacré-Coeur ou la Société de Tempérance pour les hommes et les jeunes gens; les
Dames de Sainte-Anne pour les épouses et les mères de familles, les Enfants de Marie pour les jeunes filles. Ces diverses organisations, en supposant qu’elles réunissent tous ceux qui ont qualité pour en faire partie, ont naturellement pour résultat le maintien et l’affermissement de la foi, et de la pratique religieuse. dans toute la paroisse. ; .
Les traditions familiales viennent ici à l’appui de l'esprit paroissial ; là où s’est conservé cet esprit, on voit le dimanche les familles arriver ensemble et, dans l’église occuper chacune sa place déterminée. Car toute famille qui veut garder, avec le respect de son nom, la considération ancestrale, doit avoir son banc à l’6glise comme l’avaient ses pères. Et c’est très beau. Puis, quel moyen puissant d’obliger, par une sorte d’honneur bien placé, tous les paroissiens à se rendre fidèlement pour l'office religieux.
Vous admettrez que nous sommes ici en plein dans l'esprit de l'Eglise par la conservation de l'esprit paroissial.
Mais alors pourquoi cette déviation de plus en plus marquée, surtout dans les
villes, qui entraîne sinon hors l’accom-
plissement strict des devoirs rigoureux :
imposés par des préceptes, au moins très à l’écart de cette vie paroissiale si fortement conseillée par l'Eglise, et si évidemment dans le meilleur intérêt des familles et des âmes.
En effet, combien de fidèles, d’ailleurs très bien disposés, parfois même conduits Pa” une piété mal comprise, ne veulent plus de la grand’messe, encore moins des vêpres, et pour tout office du dimanche recherchent les messes basses et rapidement expédiées ! Combien d’autres ne veulent même pas de l’église de leur paroisse, aimant mieux aller à la dérobée dans une chapelle quelconque où ils ne voient, n’entendent rien de ce qui touche à leur paroisse! Insouciance ou vanité, dédain de la foule ou attrait de ses aises, respect humain ou désir de considération personnelle, je crois bien que tout cela conspire pour faire déserter graduellement l’église paroissiale.
Lo conséquenc: c’est que, si ses membres vont encore à la messe, la famille n’y va plus. Le banc qui la réunissait
n'existe plus. Le fils n'est plus à côté de son père, la mère est séparée de son mari et de ses enfants, chacun a pris son côté de bonne heure, pour entrer là où c’est le plus commode. Les parents sont privés du moyen d’exercer ie devoir impérieux de la surveillance, et les enfants n’ont plus sous les Jeux l’exemple paternel. On ne connaît guère sa paroisse, encore moins son curé, dont parfois on ignore même le nom. Ce ne sont plus les ouailles autour du pasteur, mais tout bonnement des brebis dispersées, cherchant à l'aventure de maigres pâturages. On n’entend plus guère d'instructions religieuses, on se laisse gagner tout doucement par une ignorance qui ferait rougir un enfant, à sa première communion. On ne se montre à l’église de sa paroisse que pour les actes indispensables, et, bien entendu, il n’est plus question de prendre part aux manifestations plus solennelles de la piété. On ne veut plus paraître aux processions, aux retraites, . On s’agrègera à des clubs à la mode, on affichera même au besoin sa qualité de catholique pour devenir membre de telle ou telle organisa-
ou
tion extra-paroissiale, mais on reste endehors des sociétés régulières de sa propre paroisse,
Et cette déviation, malheureusement, entraîne ceux-là surtout qui, par leur instruction ou leur état social, sont en mesure d’exercer le plus d'influence. Ce sont les premiers citoyens, dont l'exemple serait si puissant, autour desquels les autres resteraient facilement groupés, qui dé-.
sertent ainsi le sanctuaire paroissial. Et c’est tres malheureux. Lesprit individualiste aura tué bientôt l'esprit familial, et la famille, désagrégée dans sa vie religieuse, aura démantelé la vie paroissiale, et avec la vie paroissiale, se sera affaiblie la vie catholique elle-même. Et c’est grand dommage.
Je suis le premier à reconnaître les services très grands que peuvent rendre, au sein d’une population trop dense, les chapelles de secours, élevées ici et là, à côté des églises paroissiales. Mais, pour atteindre pleinement leur objet et servir utilement la cause de l’Eglise, non seulement elles ne doivent point détourner les fidèles de leurs pasteurs ordinaires et de
leur église commune, mais encore prêter au curé, dans l’exercice de son ministère, un appui désintéressé qui serve uniquement à fortifier l’autorité pastorale et l'affection pieuse des fidèles.
Qu'au moins en dehors des grands centres, nos familles canadiennes puissent conserver longtemps encore ce qui a jus-* qu’aujourd’hui été le cachet distinctif de nos belles paroisses rurales; que chacune ait à l’église sa place bien marquée et tienne à l’occuper fidèlement aux offices paroissiaux; que les jeunes gens suivent les traces paternelles. Avec toutes les conséquences qui en découleront d’ellesmêmes, cette belle tradition du banc familial sera un facteur puissant pour le maintien des plus belles traditions, qui sont en même temps la meilleure garantie du bonheur domestique, par observation constante des devoirs religieux. Sur ce sujet important, nous ne saurions formuler de meilleur souhait.
RE
LES VEPRES
Le mot vêpres veut dire soir. On le trouve dans l'Evangile à propos de la résurrection du Sauveur. Ce sont les pre-
. mières vepres de Pâques: (Or le soir du Sabbat, quand le lever des étoiles avait — commencé le jour suivant. ”
Dans le sens liturgique, les vepres sont une partie intégrante de l'Office divin.
Celui-ci se chante ou se récite en commun tous les jours dans les monastères, même de femmes, et les prêtres doivent le dire privément. C’est le bréviaire. Il se distribue comme suit selon les heures de la journée : matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vepres et complies. C’est pour cela qu'on appelle ces divers offices les heures canoniales.
L'office paroissial proprement dit comprend, les dimanches et fêtes, à titre obligatoire, la messe solennelle, et aussi les vêpres qui doivent être chantées à l’église dans le cours de l'après-midi ou de la soire.
Lassistance aux vepres n’est pas impo-
sée par un précepte comme la messe, mais les fidèles y sont instamment invités. C’est un acte libre de piété qui aide admirablement à la sanctification plus complète du jour du Seigneur. Il utilise pour des fins surnaturelles cette portion de la journée d’où le repos religieux proscrit le travail servile, et qui cependant demande à être 5 employée selon l'esprit de Eglise.
Or les vêpres constituent précisément la forme authentique de la prière qui, présidée par le prêtre, doit le dimanche monter vers Dieu au nom de l'Eglise avec le concours de ses enfants. Les vêpres dominicales ont été instituées pour le peuple; leur solennité n’a pas d'autre raison d’être. Toute la semaine, le prêtre récite ses vêpres, il les dit en son particulier dans sa maison, tout seul, c’est bien boffice divin, et il le fait pour accomplir un devoir de son état et de sa charge. Mais, le dimanche, il doit sortir de l'intimité de sa vie personnelle pour entrer à l’église, et là, revêtu des ornements sacerdotaux, accomplir en public, avec les cérémonies requises, ce qu’il fait d'ordinaire sans ces mêmes rites extérieurs. Les fidèles sont
appelés et admis à se joindre au prêtre et à prendre part à sa prière publique.
Cette participation ne va pas sans de grands avantages au point de vue de la vie chrétienne, puisque l’on s’y tient en communion étroite avec Eglise dans ses rapports avec Dieu. Ce n’est plus l’isolement, la solitude, c’est au contraire la grande voix de la supplication officielle, nécessairement plus puissante et plus efficace que l’invocation purement personnelle et privée. Nous en avons pour garant les paroles mêmes de Notre-Seigneur :
Si deux ou trois se groupent pour prier ensemble mon Père en mon nom, je suis au milieu d' eum.
Au fond c’est pour cela que Eglise existe. Pour cela aussi que le prêtre est tenu, par son ministère, de mettre les fidèles à même de puiser, par leur pieux Concours, dans le trésor indéfini de graces et de bienfaits accumulés dans le sein de l'Eglise. Cela fait partie des avantages offerts et mis à portée de tous par la communion des saints.
Les vepres bien comprises et bien suivies deviennent un aliment facile pour la
piété. Elles sont une psalmodie, on y chante cinq psaumes dont on a facilement la traduction sous la main. Et l’on sait avec quelle variété sublime le saint roi David, inspiré par l’Esprit-Saint, donne une expression à tous les sentiments de Fame. Elles fixent l’objet de la fête du jour ou du lendemain. On chante l’hymne de cette fête et, par là même, elles aident à tenir au courant de l’année liturgique, ce qui ne saurait être indifférent aux catholiques sérieux. Elles se complètent par le cantique toujours si beau de la Très Sainte-Vierge, le Magnificat. Quelques antiennes, quelques oraisons, et c’est tout. Mais, si courtes qu’elles soient, les vepres ont été une célébration solennelle, marquant d’une manière douce et réconfortante pour les pieux assistants la deuxième partie du dimanche.
Presque toujours, les vêpres sont suivies du salut. Notre-Seigneur sort de son tabernacle eucharistique, il est sur son trône, exposé aux regards des fidèles pour recevoir leurs hommages d’adoration et d’amour, écouter les demandes de chacun et, finalement, avant de se renfermer à
nouveau dans son ameureuse prison, ré- Pandre sur tous ses. bénédictions et ses grâces.
Est-ce donc vraiment à dédaigner? Mais alors comment se fait-il qu’on aille maintenant si peu aux vêpres, même quand elles doivent être suivies de la bénédiction du Très Saint-Sacrement. ?
Les vêpres ne sont pas d’obligation, c’est vrai, mais elles sont cependant célébrées par la volonté de l'Eglise, et elles concourent à l’observance plus entière du commandement divin. C’est donc, en tout Cas, une excellente action que d’y assister, Et puis les actes de piété spontanés, faits en dehors de tout précepte, que l’on sait être en parfaite conformité avec le désir de Dieu, peuvent être facilement plus méritoires que les actes im posés.
Et d’ailleurs, il y a une jouissance véritable à se trouver à l'Eglise au milieu de ses frères, aux pieds des autels, pour y prier en commun aux heures spéciales où tout est, ou devrait être dans le calme et le repos, sous le regard de Dieu.
J’admets, pour un bon nombre, la raison de la distance trop grande, la difficul-
té de faire deux fois le trajet en un même jour, pourvu que, d' autre part, l’on convienne qu’il se fait facilement d’autres courses, même plus longues et dans une direction tout opposée,
Quoi qu’il en soit de ce motif, qui a sa valeur en bien des cas, il n'existe point pour les familles du village. Parmi tou- 7 tes ces personnes de tout âge, groupées à la porte des maisons et jusque sur la place de l’église, il en est certainement plusieurs, sinon le plus grand nombre, qui Pourraient, avec grand profit, échanger leurs conversations banales et peut-être peu édifiantes, contre une heure passée à l’église durant les vêpres. Les enfants, surtout ceux qui communient, devraient, semble-t-il, d’instinct pieux aller aux vépres. Et ils iront certainement, si seulement le père ou la mère veut les y conduire, ou au moins les y envoyer.
Mais voilà, l’assistance aux vêpres n’est pas de mode; bien qu'on soit très reli gieux, si on est homme ou jeune homme surtout, on n'aime pas à faire dire de soi:
Il va aux vêpres, Et alors que, pour rien au monde on ne voudrait manquer la mes-
se, parcequ’on veut être catholique et le paraître, on ne voudrait pas davantage passer pour dévot. Curieuse aberration, et déviation malheureuse de l’esprit chrétien ! C’est le système du moins possible.
Y a-t-il moyen de réagir ? Il me semble que oui, avec le concours de toutes les bonnes volontés. Dans chaque paroisse, il y a des confréries pieuses qui enrôlent généralement les meilleurs fidèles. Leurs membres pratiquent la communion fréquente, même très fréquente. Or, il doit être facile de leur faire admettre que ces habitudes pieuses demandent comme complément la sanctification intégrale du dimanche, par l’assistance régulière aux offices publics. Qu'ils donnent sur ce point un exemple demandé par les règles mêmes de leur congrégation respective. Et nous aurons tout de suite, dans chaque paroisse, un noyau considérable de fidèles assistant habituellement aux vêpres ; et cet office solennel aura bientôt reconquis la place d’honneur qui lui appartient dans l'estime et dans les habitudes d’un peuple catholique comme le nôtre.
C’est là le souhait ardent de notre âme
de pasteur.