L'EGLISE PAROISSIALE
Mes bien chers Frères,
Voici que se lève pour vous un jour mémorable et dont l’impression profonde.
restera longtemps gravée dans vos âmes.
Tout à l’heure vous assisterez à la bénédiction solennelle de votre église. Les prières liturgiques auront par là donné à cet édifice superbe toute la signification qu’il doit avoir au regard de Dieu et des hommes, et désormais, cessant d’être une construction profane, il commencera, pour ne jamais la suspendre, sa mission toute surnaturelle.
En effet, il n’est rien sur la terre qui résume mieux, pour les exprimer plus parfaitement, les aspirations les plus nobles de ame et les sentiments les plus religieux de l’humanité, que le sanctuaire catholique; comme rien non plus ne saurait faire davantage connaître les opérations merveilleuses de la miséricorde divine, dont il devient par le fait le foyer et la source.
Mes frères, je contemple en badmirant votre église. Et alors je me représente le zèle infatigable du pasteur, le concours intelligent, dévoué, constant de ses aviseurs, la piété généreuse, inépuisable de ses ouailles. Je vois ensuite le talent, le génie et le savoir unis dans la recherche du plan qu’il faudra réaliser pour obtenir, dans d’harmonieuses combinaisons des dé.
tails, cet ensemble où l’oeil n’aperçoit que les lignes les plus pures et les plus belles proportions. Puis, maçons, charpentiers, couvreurs, peintres, tous les métiers et tous les arts, répondent tour à tour à l’appel, et cette armée d’ouvriers semble comprendre, par son travail consciencieux et digne, que l’oeuvre qu'elle fait n’en est pas une banale, mais qu’elle s'élève notablement par son caractère au-dessus de celle qu’elle accomplit ailleurs chaque jour.
Aussi voyez, sur de puissantes assises s’élèvent de fortes murailles qui semblent bâties pour des siècles, de nombreuses colonnes supportent avec grâce des voûtes faites de majesté et de grandeur. Tout autour, des verrières à travers lesquelles
passe une lumière tamisée par le symbole, adoucie par le mystère. Du portail à l’abside, du seuil à l’autel, et dans tous les sens, on respire une atmosphère qui n’est plas celle du dehors, ni des maisons ordinaires; on la sent toute spirituelle, religieuse, surnaturelle. Les tours elles-mémes, le Campanile, le son des cloches, la croix qui termine une flèche audacieuse, tout sert à bien définir le cachet très spécial du monument qui vient de s'élever Parmi vous, à votre honneur et à la gloire de Dieu.
Puisqu'il s’agit d’une église paroissiale, c’est dans son enceinte que viendront s’accomplir les actes les plus solennels de la vie des Ames et que viendra s’écrire en une série de dates qui la partagent, histoire de chaque famille.
Ici à sa naissance, chaque enfant viendra renaître à la vie surnaturelle, ici à l’épanouissement de sa raison, il viendra faire acte personnel de foi, d'amour; ici au pied des autels viendront se contracter ces engagements sacrés qui fondent le foyer catholique; ici encore aux heures des grandes joies ou des profondes tristes-
ses, le chrétien viendra, attiré par bamour ou poussé par la piété, exhaler son âme en des chants de louange ou en des supplications ardentes. Et jusqu’après son dernier soupir, sa dépouille mortelle J sera portée pour y être l’objet des rites suprêmes de la religion qui fermera comme elle l'avait ouvert le cours de son existence ici-bas.
II y a plus, ce qui est vrai de chaque fidèle, de chaque famille, s’applique à toute la paroisse. L'église existe surtout Pour la réunion des fidèles groupés autour du pasteur. C’est le culte public. Le peuple est convoqué, les nefs se remplissent,
c’est le jour du Seigneur. Dès l'entrée.
dans le temple tout disparaît de ce qui pouvait jusque-là diviser, séparer; la divergence des opinions est d’ordre précaire, ici c’est l’unité et Par conséquent l’union dans la foi. Il n'y a qu’une seule et même vérité, elle est la même pour tous. Les oppositions, les discordes, les luttes, les rivalités, tout ceci appartient aux choses profanes. Dans l’église plus rien que la charité, que l’amour; c’est le même Dieu, c’est le même prêtre, tous ayant les mêmes
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droits au même amour et aux mêmes bienfaits. La diversité des classes sociales, résultant de la richesse ou de la pauvreté, de l'instruction ou de l’ignorance, ou de l’une quelconque de ces multiples causes.
de tant d’inégalités parmi les hommès dans le monde, disparaît ici comme par enchantement. Petits ou grands, mendiants ou millionnaires, magistrats ou plébéiens, tous tant que vous êtes, avec tout ce que vors ppssédez, ou malgré tout ce qui vous manque, vous êtes tous ici sur le même plan, assis au pied d’une même Chaire, agenouillés côte à côte devant un seul autel, entendant une parole qui porte à tous les mêmes accents, et vous viendrez au jour marqué prendre part indistinctement au banquet sacré, là où se manifeste et s’affirme la parfaite égalité des âmes, toutes créées par Dieu, rachetées Par son sang et appelées par lui à la meme gloire.
Mais avec tout cela, mes chers frères, l’église serait incomplète si rien de plus ne venait, d’une part atteindre en elle l'entière réalisation des figures et des symboles qui faisaient toute la gloire pas-
sagère du temple de l’ancienne loi, de l’autre l’élever elle-même par un privilège exclusif au-dessus de toute autre maison, même ayant un caractère religieux, mais qui cependant ne saurait jamais prétendre à la possession du même trésor.
Et c’est en cela, plus encore que dans tout le reste, que consiste véritablement et en définitive le caractère propre de l’église catholique. Dieu y descend, il s’y enferme, il l’habite, il y demeure, il y agit. Le Verbe incarné, le Dieu-Homme, Jésus-Christ y réside aussi véritablement qu’à Bethléem, à Nazareth ou à Jéruselem. II y est en accomplissement de sa promesse, pour la satisfaction de son coeur, par la vertu de son sacrifice, dans la réalité eucharistique. II y vit dans le renouvellement perpétuel de ses mystères.
Le tabernacle, c’est la crèche, c’est l’hvmble demeure familiale, c’est le Thabor, c’est le cénacle, c’est le Golgotha. Sur l'autel, Jésus, notre Dieu, notre Père, notre Sauveur, devient notre intercesseur en permanence. C’est de là qu’il prie et qu'il prêche, qu’il accueille, qu’il guérit et qu’il pardonne. C’est là qu'il invite les âmes
qui souffrent et qui peinent, il y promet ses consolations et sa grâce.
Votre église est donc dans toute la force du terme un sanctuaire. Celui que l’immensité des cieux ne saurait contenir daigne s'y enfermer par le triple miracle de sa puissance, de sa sagesse et de son amour.
Comme il avait accepté l’hospitalité de Zachée, Jésus accepte celle de la maison qui est la vôtre, dans laquelle il veut vivre avec vous et dès lors, le temple Catholique l’emporte et infiniment sur tous les autres quelles que puissent être d’ailleurs leur beauté et leur richesse.
Le tabernacle de nos églises, voilà donc le véritable buisson ardent d’où s’échappe et rayonne la flamme de J'amour divin Pour nos âmes, C’est ici l’arche d’alliance définitive dont l’autre n' tai: qu’une faible image et qui marque bien union désormais conelue entre le coeur du Christ et l’humanité rachetée. C’est ici le Saint des Saints, c’est-à-dire le Dieu de toute sainteté qui ne saurait se contenter de quelques anges d’or aux ailes étendues,
mais veut avec lui toute sa Cour céleste
EN
pour lui prodiguer des louanges et des adorations dans un même Cantique de triomphe et d'amour
Mais ce qu'il veut aussi, ce qu'il veut surtout peut-être, c’est l’hommage de notre piété affectueuse et confiante; tout le respect, toute la déférence dont nous entourons d’ordinaire les personnes qui ont Pu acquérir les meilleurs titres aux sentiments les plus élevés de notre coeur ne sont rien en comparaison des droits que possède Jésus, notre Dieu, devenu notre hôte et se faisant notre bienfaiteur de chaque jour. A Lui donc la pleine possession de notre coeur, dans la profession constante de la foi la plus vive, de bamour le plus ardent, sachant d’aillcurs qu'en vivant aussi étroitement avec nous, il fait de son tabernacle sur la terre le portique du ciel où il veut nous introduire pour y demeurer éternellement avec lui dans la gloire, ce que je vous souhaite à tous d'obtenir par l’intercession de la Très Sainte-Vierge, sa Mère. Ainsi soit - il.