‹ Au jour le jourChapitre 31 sur 41 · VISITE FISCALE DANS LA MAYENNE · texte numérisé non relu

VISITE FISCALE DANS LA MAYENNE

deux souvenirs, me semble prouver au contraire que ces aspects, ces souvenirs, doivent être bien saisissants, puis* qu'ils frappèreot un tout jeune bomme à travers des occupations fort arithmétiques, et pendant une course entreprise sans but d'observation et sans examen d'artiste.

Un mot sur la manière dont je fus chargé de ce travail expliquera comment j'eus à parcourir les points les plus opposés de ce département, et me fera pardonner sans doute le manque d'unité des scènes que j'ai à rapporter; il sera peut-être aussi un commencement de preuve de mon opinion sur la province, et montrera qu'elle n'est pas si déshéritée qu'on le croit généralement de toute poésie.

J'étais un tout jeune homme, j'avais vingt-un ans, et je travaillais dans les bureaux de mon père en qualité de surnuméraire; l'administration dont il était le chef comptait, parmi les employés qui la composaient, un inspecteur-jésuite soutenu par la congrégation, ancien gentilhomme poudré et qui ne savait pas l'orthugraphc. Notre bonheur à nous autres surnuméraires, était de lui raconter une foule de sottises, qu'il répétait ensuite avec une si sincère bonne foique nous étions arrivés à le faire beaucoup plus bote qu'il n'avait pu naître ; entre autres stupidités de gamins, nous étions parvenus à lui persuader que k Méditerranée commençait à Brest, et que la Cyropédie était l'art de faire des sirops.

Apr.ès cet inspecteur, nous avions, dans l'administration, un contrôleur, M. L.., qui était député, et un autre contrôleur, appelé M. de B..., qui était assurément le plus aimable garçon de France, -mais le plus détestable employé. J'ai connu peu d'hommes réunissant à un degré plus éminent, l'originalité, l'incapacité et l'honnêteté de l'artiste ; il prenait une peine effroyable pour faire des travaux, que le dernier manant de bureau eût expédiés en vingt minutes. le me rappelle toujours lorsqu'il arrivait de sa résidence appelé par quelque lettre bien sévère sur sa négUgence ; il accouSt chargé de papiers monstrueux, sur lesquels a avait griffonné ving brouillons de dix pages, pour un rapport qui demandait dix lignes; le pauvre garçon pleurait presque lorsqu'il lui était démontré qu'il ne comprenait pas et qu'il ne comprendrait jamais le travail dont il était chargé : c'était un sincère désespoir; il se désolait si naïvement de son inintelligence

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