VISITE FISCALE DANS LA MAYENNE. 28S
qu'on jour où la mercuriale avait été plus forte qu'à Fordinaire, il tourna lentement la tête vers l'inspecteur, le regarda les larmes aux yeux et lui tendit la main en lui dîsant^ d'un air désespéré : — * Décidément^ monsieur l'inspecteur, nous sommes de la môme force.
Mais lorsque l'heure du bureau était passée^ et que M.B... redevenait l'hôte de mon père, qui d'ordinaire retenait ses employés à diner dans sa maison^ on eût dit que la tête de Tartiste comprimée entre les règles de Tarithmétique s'épanouissait. C'était alors un délire de bons mots, de poésie, d'art; alors il ré(^tait Homère, il récitait la Bible, il les commentait avec une prodigieuse fécondité de découvertes inattendues dans leur texte. Musicien plein de verve et chanteur admirable, il nous ravissait par la verdeur de ses compositionsy dont je lui fournissais les paroles de moitié avec monco-sumuméraire ; car le vers m'a toujours plus ou moirs démangé. Alors l'homme supérieur (je parle de B.... ) prenait si bien sa place, qu'on n'osait plus penser au mauvais contrôleur. Ce fut par cet empire qu'il exerçait sur tout ce qui l'écoutait, qu'il évita souvent sa destitution. J'en fus témoin une fois, à l'époque où les inspecteurs-généraux de Paris viennent d'ordinaire examiner les travaux des administrations départementales.
L'inspecteur général de notre division était un homme d'une exactitude administrative qui ne pardonnait pas l'oubli des devoirs : B... le savait, et tant qu'avait duré le travail de l'inspection, il était resté vis-à-vis de son juge, dans la position d'un enfant devant son maître, d'autant plus incapable qu'il était plus intimidé. L'inspecteur général, fort mécontent, lui avait déclaré qu'il ne pouvait s'empêcher de provoquer sa destitution; B... en avait paru foudroyé; cependant, sur l'Invitation très-pressante de mon père, il demeura au grand diner administratif qui devait avoir lieu.
Assurément, tout homme coutumier de ces idées générales dont on habille les administrateurs, et qui les représentent comme des espèces de barèmes en habit noir, parlant par chiffres, eût été fort étonné d'assister à ce dîner. Les bureaux fermés, les affaires restèrent derrière la porte, et la conversation devint du monde, légère, rieuse, et par une pente insensible arriva à la littérature.
2£0 TISITR PISCAUB DANS LA MATBNMe.
— Pardicu l s'éaia ik^ moo&ieui: riaspecteuf flênérak» tons avez* un frère ou un cousin ou ua hoûonyaMy qjuâieal un homme. (Tun vrai talent, c'est celui (|ui ^ent de Imâuipe
les Lvniades.
— Est-ce que tous ave» lu ce livre?
— Je l'ai lu avec une grande attemtiaOv je rûcompai^au texte, etfen suis fort coatent; si je loncoBtre jamais e% monsieur Milfié, je lui en ferai mon sincère coraj^aimtr.
— Te le reçois, ^t llnspecteur génécaL
— Quoi T vous êtes le traducteur deCamoêos/T ^ Oui„ monsieur.
B... demeura éTyaM, il coçi8i3éraJ& H» llSCIlié comv0;nne merveille ; B... était de ceux qui ne comprennent ]ka& mt^oxk sente la poésie et qu^on sache que deux et deux £QBJt4ttatifi. Sf. Miflié, de son côté^ ne simaginaît pae qu'on pût «voir l*mteIfi!;eTrce des arts et être incapable de çouisuxvre lesdé» tatSff (fune affaire. Cet étonnement passé, îL B*étabUt. daas^ cette assenrblée de financiers une dtscussioa littéraire qui psrconrut presque toutes les phases de la poÉsia etdeaart&; lies rotations contemporaines y furent Àscntéeaavec une SQpériorrté que la critique de métier ne m'a jamais, paxa. posséder. On parla en faveur des moctemes contace les. aii'* deinr; B... B'élÛLtt fatCVchnateur de cenx-cL Dansisa dialftw iradmiration^ il nous récitait des lambeaux d^&chyl&^d'Honére; enfîn te nom de la Bible étant tombé dansla coaveri'aiion, il s'empara de ce' livre^ et emporté par sa ibague, il vtmlol nous d^dmontlrer que personue n'avait iamaôs lu ni entend» la Ifible comme ft ÇaTTait laUre et Tentendre. Ge a'e&l peint de la poésie, disai!f-i^ qui puisse se. lire avec Lsayeux^ 'lui doive ^ réciter Hvec la parole, c'est ua biymne auqnfil il âiut la V(«3t chantante de l'homme déployée dans toute sa pnissïâice^sontenaede l'harmonie des instruments., âcoutexl s'ëcrsa-^Ml lout k coup en déarocbant un viûloa de lanmrailte> éeoifte7!.. i>vez^vi}UB]aaiais compris ce passage des
pS8IIEu6(y •
ÉxauâV, "DeiiSj orationeiZL meam et ne despextrii. 4€|^ncatioBaa
(oieam.;.
Ititeiute iBîbf ev exaucK me:
Ciiitilti9ta»siu»iiMxer6itttHirte'inee r^i coDinriteitoa^om ?
Bi sHKOOvipagnaiBt du \kA9% .demi il jouait tttvcime ^modepip^ioiùté^J nous cfai«>ta -cette plaintetéésoléecfiBie faQtm fii iKiiissaïkle;, si forle; «or un thmi tellement kaorge et ôlevéi, qM« iKnisdemeustoes tous immobllre&àieregantec» ({ne ilei domefiitikiues ë'arféléirent «iiipéfiaitg et sérieux; ^et eprÔQ /à oe peesage .: Timor etinfem^r^^tnerufd .mper me^^ei caateasemmt mf éeneènx, il y «kU .un niOtt^emaiit aponlaoé ù> imii ie mande fie ie^a, pris au cnear de cette /terseiur swi* \[eEaiB« eifprvmée avec noe nu^nifique énergie.
^e*ce£i, 11 4irnya que M.. liàWiéy rinsfiecteuir général >q!ii traduisait Gamoëns, u'mi pas la force ^ proposer k destir tirtiaa4i'uQ conJiFôJeur qui disait si bien les psaumes de.ûavrid, et âe oette indulgence poéJâqiue il arésulta par cantie (ju'un travail extraûrdioaiie ayant été ordonné «n mois upfès, les suimuaHàraires lurent obligés de le faise.
L'incaipacifcé oongréganiste de l'inspecteur du département» rabseoce du contrôleuf-député et Tamour poétiquede M.B... uavs valurent cette ^besBgne;yeïimi^ ioa pail,<etiroiàiCe q<u'elle me mit à ooêcne de ¥oir«
Peut .âbre serat^a) étonné de renooiutrer dasis des l>ourgB dont le nom esl incoomi , dies. personoagâEi, dee aiœursi, dem, ganJtiments qui fourniment si aisément les acteurs, les caractères et l'iUibéréi. d'îin ron^n pibtorefique.
Siotr^ travail consistait à faire le relevé de ta population et des portes et des fenêtres de chaque maison. Il exigeait doac que nous eutrassions dans toutes-celles de la commune que nous avions à expertiser. On me désigna d'abord Y..., igrai houig dans les terres, éloigné de toute grande route et entouré de landes fort considérables. Une diligexftce me eondui« ^t^usqu'au Ribay, un cheval de labour, sur lequel on avaiik jeté une selle de gendarme, devait me mener jusqu'au bourg.
<Ge fut à partir de cet endroit que je m'enfonçai dans les chemins creux du pays, tous bordés à droite et à gauche dci haies impénétrables. Quoique nous fussions aq mois de juii* Idt, mon cheval avait de la boue jusqu'au jarret, et à chaque pas nous rencontrions des trous à enfouir un homme. le commençais à comprendre, en parcourant ces espèces de fossés fangeux, la nécessité des équipages adoptés par les ^saniB de ce dépant^ent, I^ u*en est pas un, torsqû'ilmène