UN DIVAN A MOSSOUL
démolitions nécessaires aux fouilles, il faudrait d’abord triompher du fanatisme populaire et du mauvais vouloir d’un gouvernement ignorant,
Tout en causant, l’heure du dîner arrive. En nous mettant à table, nous ne pouvons nous empêcher, Hamelin et moi, d'échanger un sourire ; nous avons tous deux une petite déception à la vue du dîner maigre, uniquement composé de légumes et de fromages ; les Pères ont eu toutefois l’aimable attention de nous faire servir un plat d'œufs. Après le diner, on se réunit au divan, où l’on cause quelques instants encore autour d’une table sur laquelle est un grand fanoust. Au bout d’une demi-
1. Grande lanterne en verre, dans laquelle on met une lampe ou une lumière quelconque,
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heure, les Pères se retirent pour remplir leurs devoirs religieux ; nous œaonons notre chambre et, pour la première fois depuis vingt-neuf Jours,
nous nous couchons avec délices entre des draps dans un vrai lit.
9 octobre.
Malgré tout le plaisir que nous aurions eu à faire une grasse matinée, nous nous levons de bonne heure pour écrire quelques lettres ; le courrier part aujourd'hui à dix heures, et il ne part que tous les huit Jours.
À dix heures, nous descendons; les Pères sont réunis au divan, où Monseigneur recoit les visites d'adieu, car c’est ce soir qu'il doit partir.
Après avoir causé quelques instants, nous sortons, Hamelin et moi, accompagnés de Simon et des cawas! du consulat. Il fait déjà très chaud dans ces petites ruelles étroites ; les maisons uniformes, grises, en terre gâchée et séchée au soleil, reflètent la chaleur et la conservent; elles sont relativement propres, ces petites rues; quelques-unes sont pavées de dalles : c’est un véritable labyrinthe au milieu duquel il faut être habitué à circuler pour pouvoir se retrouver. Quelquefois la rue passe sous une maison construite en voûte; alors on a un peu d’ombre et de fraîcheur; la voûte est souvent si basse qu’un cavalier doit descendre de cheval pour passer. De temps à autre, nous rencontrons de petits ânes disparaissant sous des charges de fagots ou de paille; c’est à peine si, en se serrant contre le mur, on évite d’être bousculé et déchiré.
Nous débouchons sur une grande place nue où vient d'arriver une caravane : avec les ânes, les chevaux etles chameaux qui portent les ballots, se trouvent des mulets et des tart-arvans destinés aux femmes. Cette singulière voiture ressemble à un palanquin; c'est une caisse carrée à SIX olaces, comme une berline primitive, avec portes à coulisse et fixée sur de gros brancards entre lesquels on met deux mulets qui la portent l’un devant et l’autre derrière. Ce mode de transport est le plus luxueux connu
en Arabic: il faut en général emmener deux bêtes de rechange, car cette
1. Je crois avoir déjà donné l'explication du mot cawas; ce sont les soldats à la disposition des autorités et des fonctionnaires étrangers; ils marchent devant eux pour écarter la foule, les faire respecter, Il serait bien difficile à un étranger de circuler sans en être accompagné; la foule s’amasserait autour de lui. Quoique musulmans, ces cawas sont en général honnêtes et dévoués : celui des Pères est un modèle. Ils ne peuvent être choisis parmi les chrétiens, car, sou-
vent obligés de frapper, s’ils n'étaient musulmans, ils n'auraient aucune autorité pour le faire.
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PONT DE BATEAUX SUR LE TIGRE, l