‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 115 sur 210 · PRES ETES EE · texte numérisé non relu

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caisse est fort lourde et deux personnes y prennent place; les animaux qui la portent ne peuvent guère travailler plus d’une demi-journée; e’est donc un groupe de quatre bêtes qui demandent à être surveillées par un homme spécial. Ce mode de transport est beaucoup plus fatigant que l'équitation; les animaux vont rarement au même pas, et aucun ressort n’amortit les secousses et les contrecoups d’une marche saccadée et inégale. Les brancards, qui n’ont pas la moindre souplesse, sont fixés directement avec des chaînes sur le bât du cheval.

Nous entrons dans le bazar ; les échoppes sont petites et basses ; de petites boutiques cubiques, semblables à des casiers, bordent une ruelle étroite, au milieu de laquelle se trouve un ruisseau fort gênant pour la marche, car la pente vous pousse continuellement au milieu. De grands paillassons recouvrent ce passage et forment une galerie sous laquelle on à une ombre et une fraîcheur relatives. De temps en temps, un cheval où un chameau obstrue complètement la rue; 1l semble encore plus grand dans cet étroit espace. Après avoir traversé saccessivement le quartier des chaudronniers, celui des cordonniers, des marchands d’étoffe, des potiers, des orfèvres, des bouchers (celui-là est terrible par la quantité de mouches et l’odeur de la viande qui se corrompt vite par la chaleur), nous arrivons sur une autre place toute différente de la première. Quelle cohue ! quelle animation ! Les halles, à cinq heures du matin, ne sont pas plus mouvementées ; des marchands de fruits, de melons, de pastèques et de sucreries l’encombrent de leur étalage; la foule circule au milieu d’eux ; tout autour, des cafés, baraques en bois et en plâtre où les consommateurs, assis en tailleur sur des bancs de paille tressée, fament le chibouk, le narghilé ou le kalian, en buvant du café et en faisant leur hief*; il y a deux étages, la salle du rez-de-chaussée regorge ; au premier, On ne trouverait pas une place.

Il est temps de regagner notre logis, car l’heure s’avance ; nous prions le cawas de nous indiquer le plus court chemin. Comment s’y reconnaît-1l ? Les rues sont toutes les mêmes : des angles, des coudes,

des lignes droites, bordés de grands murs nus. La vie est tout intime en

1. On ignore en Europe ce que c’est que le kief; nous n’avons pas de mot pour le rendre, et un Européen qui vient en Orient ne peut faire son kief sans en prendre l’habitude. C’est plus que la nonchalance du farniente, c’est un oubli complet et volontaire de tout ce qui vous rattache à la vie, c’est un sommeil éveillé, bercé d’agréables rêveries, exempt de préoccupations, quels que soient les soucis que l’on puisse avoir. Il n’y à pas d’Oriental qui ne fasse son kief au moins une fois par jour, et cela souvent pendant quatre ou cinq heures.

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