‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 117 sur 210 · PARA TT A · texte numérisé non relu

PARA TT A

deux cent vingt outres, une petite tente a été dressée, divisée en deux compartiments pour les Sœurs et les Pères.

Il n’y a pas de bois à Mossoul ; il ne pousse aucun arbre, et toute la campagne présente l’aspect du désert le plus aride ; le bois avec lequel on construit ces radeaux arrive des régions situées près de Diarbékir, de Saird et de Bitlis ; les arbres ébranchés sont jetés dans le Tigre, qui les apporte à Mossoul ; ils se vendent un bon prix, et lorsqu'ils arrivent à Baghdad, ils ont doublé de valeur. Les troncs d’arbre, sciés en deux, sont réunis par des lianes et des branchages, sous lesquels on met des outres vonflées d’air; les outres sont louées par des individus qui en font le trafic à raison de cinq piastres l’outre.

On se dit un dernier adieu, et les radeaux, conduits par deux kellekjis, s’en vont lentement à la dérive. Nous montons sur la terrasse du télégraphe européen qui domine le fleuve et une partie de la ville, et nous voyons les kelleks s'éloigner, En face de nous, nous avons le village de Nabi-Younès, à gauche le pont de Mossoul.

Les habitants de Beaune,

Tout pleins d'esprit qu'ils sont, A deux lieues de la Saône

Ont fait construire un pont.

Quand Piron plaisantait ainsi les Bourguignons, il ne croyait certes pas que ce quatrain s’appliquerait si bien aux Mossouliotes. Il avait été décidé qu’on construirait un pont sur le Tigre à Mossoul ; on avait choisi l'endroit le plus étroit (le fleuve a cent soixante-huit mètres de large à cette place), mais on n’avait pas pensé que cet endroit était, par contre, le plus profond. Comme il fallait construire un pont, que les habitants le réclamaient à cor et à cri, et qu'on ne pouvait le faire sur le fleuve, on le construisit à côté; il servira, dit-on, quand le fleuve débordera ; l’ancien pont de bateaux resta, faisant suite à la solide digue en maçonnerie. Quand le fleuve déborde, le pont de bateaux est enlevé par le courant et on est obligé de traverser en barque. Comme les habitants trouvent plus commode de débarquer directement sur la rive et que le débordement dépasse souvent la digue, le pont ne sert Jamais.

Derrière la maison se trouve un grand espace vide, s'étendant Jusqu'aux remparts, comme une zone militaire. C’est dans cet espace, tout autour de la ville, que les morts sont enterrés, sans le moindre souci d’alignement, mais la tête tournée vers la Mecque. Rien n’est plus banal que

ce cimetière ; c’est une place publique ; les tombes servent de bancs et sont piétinées avec une insouciance que finissent par partager les Européens eux-mêmes. Les enfants jouent autour des tombeaux, les grandes caravanes de chameaux se reposent au milieu d’eux, et on laisse les animaux brouter les misérables touffes d'herbe qui poussent dans les angles des pierres. On enterre vite chez les musulmans ; deux heures après la

mort, même supposée, on est conduit à la tombe; aussi risque-t-on fort

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