‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 134 sur 210 · ROUET ET BERCEAU · texte numérisé non relu

ROUET ET BERCEAU

M£ Altmayer et par des lettres d’un de mes amis de Paris qui le connaissait. Je désire éviter une surprise semblable à celle qui nous est arrivée chez les Pères. Je prie M. de Sarzec de donner toute confiance au correspondant du banquier, s’il vient demander des renseignements sur notre solvabilité, et, comme je ne veux pas être indiscret en lui demandant l’hospitalité, je le prie en même temps de nous faire retenir

une maison où nous pourrons nous loger à notre arrivée.

15 octobre.

Aussitôt levés, nous allons voir notre kellek, sur lequel le charpen-

tier des Pères achève de fixer le petit abri que nous lui avons fait

MOSSOU L. 269

construire. De retour à la communauté, nous nous occupons des provisions et des préparatifs de départ.

Il y à de tout sur le kellek : fruits, légumes, charbon, fourneaux, cages avec des oies et des poules, pain, riz, tabac, thé, lanternes, bougies, cartouches, ete. Il y a cependant encore bien des petites choses qui manquent, et la construction même du radeau n’est pas terminée. Nous craignons de ne pouvoir pas partir ce soir. Cette inquiétude nous trouble un peu. C’est demain vendredi, et jamais les musulmans ne consentiront à se mettre en route le jour sacré qui, chez eux, correspond à notre dimanche. M. Siouffi nous a assuré que les zapetiés seraient exacts; le Père Duval a retenu deux kellekjis (rameurs pour diriger le bateau, le maintenir au milieu du fleuve et dans le fort du courant). Je fais emballer le mieux possible nos objets de collection, de crânes, vêtements et ustensiles de ménage, que j’espérais pouvoir envoyer de Baghdad à nos musées. Quant à nos objets personnels, nous les entasserons pêle-mêle au moment de partir.

Après le déjeuner, tandis que nous famons au divan, quelques personnes viennent nous voir et nous dire adieu, entre autres M. Schester, ingénieur bavarois, envoyé à Mossoul pour la construction de la route. Le malheureux est ici depuis sept à huit mois ; dans les commencements, en homme consciencieux et travailleur, il cherchait à remplir la mission qui lui était confiée, écrivait lettres et dépêches à Constantinople pour qu’on lui envoyât ce qui lui était nécessaire pour ses travaux. Il ne reçut aucune réponse. Un de ses amis lui fit alors observer que, s’il continuait à tracasser le gouvernement, il se ferait destituer. « Vous n'êtes là que pour la montre. La Turquie veut seulement avoir l’air de s'occuper des travaux. Touchez vos appointements et laissez en paix le gouvernement ; les fonctionnaires ont déjà émargé les travaux que vous êtes censé avoir faits ?, » Depuis il n’a plus rien osé dire.

Nous allons une dernière fois au consulat présenter nos hommages

1. Ceci peut sembler extraordinaire, comparé à l'honnêteté de nos administrations européennes, Voici deux faits que j’emprunte au voyage de M. Dieulafoy : (« Un petit fonctionnaire du gouvernement, avec la complicité de ses chefs, a bâti, brûlé, reconstruit et incendié à nouveau un monument public qui n’a jamais existé. » Les chefs militaires n’en font pas moins de leur côté : (Dernièrement ils ont laissé écraser dans une embuscade un corps d'armée qui n'avait jamais quitté Baghdad. Cette défaite avait été imaginée pour épurer une comptabilité défectueuse et couvrir les ventes clandestines d'armes et de munitions, et le renvoi dans leur foyer

de soldats, indûment portés par les officiers sur les états de solde. »

LA ;

to gt mm,

et

La UT | A UE PRE TR Î DECHER | {0} pl IA ALT PL RAS D IA Qt 1H E JEU | LAREE IH EU LE [EE | DEL LUE E IL | [p | YU | | [Il | LL | | HA { | | LH fl EULT IE [RE LU EH | Et | Di LL | ll h| |

Va 7

à Me Siouffi et remercier notre obligeant consul. Nous revenons à notre demeure à cinq heures du soir; tout est à peu près terminé. Il nous faut vingt porteurs pour transporter au bateau toutes nos provisions, n0S caisses et notre matériel. Le cawas du consulat et de la communauté ouvre la marche devant nos domestiques et les zapetiés surveillent la troupe bizarre de nos portefaix, chargés de l’amusante variété de nos colis.

Deux Pères dominicains nous accompagnent au bateau. Nous mettons à peu près vingt minutes à traverser la ville et à arriver au fleuve où se trouve le radeau ; un petit drapeau français flotte au-dessus de la tente ; il faut tout caser et mettre en place et l’espace n’est pas grand.

A six heures nous quittons la rive.

Page 1