‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 144 sur 210 · VASES ARABES · texte numérisé non relu

VASES ARABES

KOUFFEHS A BAGHDAD.

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BAGHDAD

Arrivée au consulat. — L'hôtel d'Europe. — Nannu Nouri. — Le henneh. — Les Européens de Baghdad. — Les R. P,. Carmes. — Les cloches et le Coran. — La tour de Babel. — Baghdad. Les environs. — Les remparts. — Tombes et mosquées principales, — Visite à Khashmein. — Le tramway. — La mosquée de l’Imam Moussa. — Fanatisme de la foule, — Diner chez M. Asfar, — Les courriers à travers le désert. — Les Arabes Schammar et les Hamawans. — Expédition des colis; difficultés. — Le shah de Perse en visite à Baghdad. — Refus du gouverneur de nous donner des zapetiés, — Nos collections volées. — Départ de Baghdad.

Laissant le kellek à la garde de Yovan, des rameurs et des soldats, nous nous dirigeons vers le consulat. Un zapetié et Petros nous accompagnent. La route est assez longue. Nous franchissons d’abord une graude

place ensoleillée, le Meidan, entourée de marchands de toute sorte ; puis,

traversant la cour de la caserne d'artillerie, ornée d’un gros canon de bronze ancien, nous suivons les galeries du bazar qui nous conduisent au quartier chrétien, à travers un labyrinthe de rues dont la direction oénérale est à peu près parallèle au fleuve.

Nous arrivons au consulat. M. de Sarzect paraît fort pressé de retourner à la campagne où il est en villégiature et que l’arrivée de M Altmayer l’a forcé de quitter pour quelques jours. Il n'a pas pu s'occuper de nous trouver une maison où nous puissions loger..« Il y a, nous dit-il, un hôtel tenu par un Grec non loin d'ici, Je vais vous y faire conduire. » Il nous remet les lettres arrivées pour nous au consulat et va aussitôt s’occuper de ses préparatifs de départ. M. de Sarzec paraît si pressé de partir que, craignant d’être indiscrets, nous prenons congé après une visite de quelques minutes. Il prie un des cawas de nous accompagner et ajoute en nous quittant : « Si vous avez besoin de quelque recommandation auprès des autorités, ne comptez pas sur mon intermédiaire. Je suis mal avec le gouverneur, le sous-gouverneur et tous les fonctionnaires. Tâchez de vous tirer d'affaire vous-mêmes avec des pourboires. » Nous nous retirons alors sans insister, mais bien étonnés d'un pareil accueil. En aucun pays je n'avais été aussi froidement reçu par un compatriote.

Nous nous faisons conduire au fameux hôtel qui, naturellement, à pris le titre d’hôtel d'Europe. Le propriétaire ne connaït que le grec et l'arabe; tout ce que nous arrivons à lui faire comprendre, c’est qu'il est une heure et que nous avons faim. Il se met à notre disposition avec complaisance et nous donne sa meilleure chambre.

Un Chaldéen vient nous demander à nous servir de guide et d’interprète jusqu'à Téhéran; il nous remet une carte du consul sur laquelle sont ces mots : &« M. de Sarzec recommande à MM. Binder et Hamelin le nommé Nannu Nouri, porteur de la présente, s’ils ont besoin d’un interprète. » Dans le court entretien que nous avions eu avec M. de Sarzec, 1l nous avait en effet parlé de cet homme, qui prétend avoir été au service de M. Gauthier, un jeune voyageur lyonnais dont les Dominicains de

Mossoul nous avaient parlé. M. Gauthier aurait été enchanté de lui, à

1. M. de Sarzec a succédé à M. Peretié dans le poste de consul à Baghdad; il a entrepris, non loin de Babylone, des fouilles, à Tell Ho, dont les curiosités lui auraient été signalées par un habitant, en reconnaissance d’un service rendu. Ces fouilles ont fait découvrir des pièces fort

curieuses, portant des inscriptions hiéroglyphiques antérieures aux inscriptions cunéiformes.

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lui aurait même donné un cheval en le quittant. Un seul point est dou-

teux : pourquoi ce voyageur, continuant à parcourir le même pays, n’a-t-il pas gardé un si bon interprète ? Nannu prétend avoir été malade... À Bagdad, il ne faut pas être trop difficile et nous retenons Nannu aujourd’hui même, comptant sur lui pour nous aider dans le passage de nos colis à la douane de Baghdad.

Après le déjeuner, nous allons faire visite à Me Altmayer et aux Pères qui l’accompagnent. Ces messieurs ont mis deux jours de plus que nous à descendre le Tigre ; ils ont eu pendant trente-six heures un vent si violent, qu'ils ont été forcés de s’arrêter sur la berge en attendant que le vent fût calmé. Nous allons ensuite chez M. Koury, chancelier du consulat, qui nous reçoit fort gentiment; né à Damas et parent de M. Siouffi, il arrive du poste français de Zanzibar où le sultan le tenait en très hante estime.

Nous retournons à notre kellek, en traversant de nouveau les bazars et faisant un léger détour pour entrer en relations avec le banquier Asfar et le prévenir que demain nous lui demanderons un fort prélèvement sur notre lettre de crédit. Nous cheminons sur de grands ânes blancs, bariolés de bizarres dessins au henneh ‘; on les loue à un prix très modéré; ce sont les fiacres de Baghdad. Trottinant d’une petite allure douce, bousculant l’un, bousculant l’autre, ils nous mènent au kellek. La nous prenons avec nous nos objets les plus précieux et laissons le radeau descendre le fleuve, sous la garde de Yovan, de Petros et des soldats ; il abordera plus loin, sur une petite plage de sable, au milieu de la ville, où nous le retrouverons. La visite de la douane se fait au pont de bateaux: Nannu s’y trouvera et donnera les pourboires indispensables pour éviter les ennuis.

Nous traversons de nouveau sur nos ânes les casernes où les troupes manœuvrent et font l’exercice à la française; ces casernes sont grandes, bien construites et donnent sur le Tigre; l’hôpital militaire est à cÔté ; l’ensemble du plan paraît intelligemment conçu. Nous retrouvons notre kellek au rendez-vous convenu et des portefaix transportent tous nos colis à l'hôtel. Nous dîinons en même temps que le maître d’hôtel et ses pen-

I. La teinture au henneh est une parure et une coquetterie tout orientale ;

teignent les mains et se font des dessins sur le visage et le corps; les hommes se colorent les

les femmes se

cheveux, la barbe et les ongles. Les animaux eux-mêmes sont bariolés de cette teinture dont les

tons roux sont souvent fort beaux.

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sionnaires, qui se composent de deux ou trois misérables épaves européennes dont on ne saurait trop dire la nationalité, et qui achèvent de traîner ici leur existence agitée.

Il n’y à que trois Français à Baghdad, dont l’un est M. Mougel,

ingénieur des mines distingué, et attaché au service du gouvernement turc; l’autre dirige la fabrique des draps militaires; le troisième est un ancien capitaine de vaisseau.

25 octobre.

Décidément la moralité de l'hôtel d'Europe laisse à désirer; on y a

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joué toute la nuit. À six heures, en sortant de notre chambre, j’aperçois, par la persienne entre-bâillée d’une fenêtre qui donne sur le balcon, six individus, éclairés par une lampe fameuse, attablés autour d’un tapis vert. Notre hôte est parmi les joueurs. Il est de nationalité grecque.

Dans la matinée nous allons rendre visite aux R. P. Carmes qui sont établis depuis fort longtemps à Baghdad, où ils ont succédé à des Capucins italiens. Les Pères nous racontent toutes les difficultés qu'ils ont eues à établir une église et surtout à placer une cloche dans leur minaret, comme disent les musulmans en parlant du clocher. Un article du Coran annonce que la fin de l’ère musulmane sera proche lorsque les cloches sonneront à Baghdad.

En sortant de chez les Carmes, nous entrons dans leur église, où l’on dit la messe. Il n’y a de chaises qu’à l’arrière du chœur; la plus orande partie, jasqu'à la balustrade de l'autel, est garnie de nattes sur lesquelles les fidèles viennent s’agenouiller, les hommes à droite et les femmes à gauche ; celles-ci s’assoient bien alignées, et c’est un joli spectacle que de les voir, avec leurs grands voiles aux couleurs vives que les rayons du soleil, dardant à travers les fenêtres, rendent plus brillants encore.

Parmi les Carmes qui ont habité Baghdad, plusieurs ont eu une réelle valeur et, venant à Paris, y ont prêché avec talent. On raconte que l’un d'eux, parlant en l’église Notre-Dame-des-Victoires, fit un sermon si remarquable sur la confusion des langues et des religions des peuplades qui avoisinent la tour de Babel, que les paroïissiens lui offrirent une statue de Notre-Dame. Le Révérend Père fait vœu de porter lui-même cette

statue au sommet de la butte que l’on regarde comme la base de la tour

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de Babel. Aussitôt de retour à Baghdad, il accomplit son vœu avec infiniment de peine et non sans courir de grands dangers.

Quelques années après, des gens du pays vinrent annoncer au consul de France qu’ils avaient découvert une pièce fort curieuse sur la butte de Babel. Le consul promit une récompense à celui « jui apporterait la pièce en question. On lui apporta la statue dont il se rappela l’histoire,

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