‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 15 sur 210 · LA LA LL 4 L · texte numérisé non relu

LA LA LL 4 L

prétend pouvoir apercevoir au haut de lArarat avec un bon télescope. Mais, à part cela, l'Église contient des pièces assez curieuses. L’autel en bois sculpté et doré est intéressant ; la sacristie renferme de très beaux ornements sacerdotaux, entre autres, un manteau brodé par une Indienne et d’un grand travail ; les dessins des broderies représentent l’Arche de

Noé s’arrôtant au sommet de l’Ararat et plusieurs sujets tirés de l’his-

ÉGLISE D’ETCHMIAZIN.

toire de Jésus-Christ: la pêche miraculeuse, Jésus calmant la tempête, etc. On nous montre aussi des crosses, des tiares et différents objets de erande valeur.

Nous passons ensuite à la bibliothèque qui contient cinq à six mille manuscrits et non trente mille, comme l’ont prétendu bien des voyageurs. Le volume le plus curieux par son ancienneté est la copie d’une traduction de saint Jean Chrysostome par un disciple de Mesrob ; la copie, à ce que l’on dit, est due au patriarche Pierre I (1019).

La langue Laïkanienne, créée par Haïk, descendant de Noé, fondateur de l'Arménie, s’était conservée avec assez de pureté jusqu'à Ardaschir (Ardacès), vingt-huitième roi de la dynastie des Arsacides : elle s’altéra

bientôt par le mélange des Genthuniens, des Bagratides, des Amatu-

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niens, des Mèdes, des Arsacides (qui étaient Parthes), des Arraviélans et des Chinois.

Jusqu'au 11° siècle, les Arméniens n'avaient pas de caractères d'écriture qui leur fussent propres ; 1ls se servaient de ceux des Grecs, des Perses et des Arabes, lorsque Mesrob ou Miesrob, ministre et secrétaire de Warazdate et d’Arsace IV, convaincu de la nécessité de traduire avec un système graphique spécial les textes grecs et syriaques dont les caractères ne pouvaient rendre les accents de la langue arménienne, résolut de créer un alphabet et une littérature arméniens. Il demanda conseil au patriarche Sahag et convoqua, dit-on, une assemblée à Etchmiazin (alors Vagartchabad), à laquelle assista le roi. On proposa d’employer un alphabet presque inconnu que l’on savait en possession d’un évêque nommé Daniel. Mesrob se procura l’alphabet, mais 1l ne contenait pas le nombre de lettres suffisant.

Après avoir fait vainement de longs et pénibles voyages pour chercher à consulter les rhéteurs les plus fameux, 1l se décida à inventer lui-même les caractères manquants et les prétendit inspirés du ciel pour les faire accepter. Il pria Ruffin, calligraphe renommé, de leur donner une Jolie forme, et, dès lors, l’alphabet était complet. Ces lettres, dit-on, au nombre de quatorze, sont les sept voyelles et les sept consonnes qu’on ne trouve dans aucun des dialectes des pays voisins {,

On fit alors une traduction de la Bible et des livres de philosophie et d'histoire des Syriens et des Grecs, et c’est ainsi que fut fixée la langue haïkanienne qui cessa d’être vulgaire quelque temps après et qu'on distingua de la vulgaire en l’appelant littérale. Depuis lors PArménie, en proie aux Hagaréniens, aux Sarrasins, aux califes d'Égypte ct aux Tartares, vit sa langue tellement transformée que la langue haïkanienne n’est connue que des lettrés. La vulgaire est pleine de mots turcs, arabes et persans ?.

Fatigués de la visite de l’église, du musée, de la bibliothèque et des explications souvent peu claires des bons religieux, nous quittons le

monastère ; puis, avant de monter en voiture, nous allons Jusqu'à un

1. D’autres autorités, telles que Angelus Roccha, George, patriarche d'Alexandrie, Sixtus Senensis, etc. reconnaissent saint Chrysostome pour l’auteur des caractères arméniens et des écritures en langue arménienne. Chrysostome fut banni de Constantinople par un édit de l’empereur, et finit ses Jours en Arménie; mais alors n’aurait-il pas introduit l’usage des lettres grecques qui furent changées dans la suite pour des lettres particulières à la langue arménienne ?

2, Voyez Gatteyras : ouvrage cité.

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immense étang creusé par l’avant-dernier prélat et qui sert de réservon pour arroser les propriétés de la communauté.

Nous étions suffisamment édifiés sur Etchmiazin et sur son intéré spécial ; nous revenons à Érivan, ayant hâte de continuer notre voyage.

Nous sommes de retour à midi. Pour remplacer le lit de camp qui m'a été volé, je charge Gérôme de faire faire un grand sac en toile du pays : je trouverai bien de la paille aux relais jusqu'à Tauris et, le remplissant chaque soir, je serai passablement couché.

A deux heures nous partons dans deux troïkas. Le départ est diffiicile ; l’un des chevaux, tout jeune et qui est attelé pour la première fois, nous donne quelques oiebides. La route n’existe pour ainsi dire pas; c'est plutôt une piste à travers un champ de pierres et de cailloux; les secousses sont tellement dures, que je me décide à prendre l’appareil de photographie sur mes genoux de crainte qu'il ne se casse.

Les treize verstes de l’étape, au soleil et à la poussière, sont pénibles et nous tronvons avec plaisir un peu d’ombre et de l’eau fraîche au relais d'Aranzaké: comme nous sommes pressés, nous doublons le pourboire habituel des cochers afin qu’ils donnent le mot à leurs camarades. Avec quarante kopecks ils nous baïsent les mains. Pendant qu’on attelle le nouvel équipage, Hamelin découvre dans une maison en terre un marchand qui nous vend des œufs.et un petit vin qu'il conservait dans une outre, mais un vin d’une aigreur abominable. A l’auberge d Érivan nous n'avions pas pu avoir à déjeuner sous prétexte que nous avions prévenu trop tard. Cette collation, quelque maigre qu elle soit, mais terminée par deux tasses de thé, nous donne des forces ; au bout d un quart d'heure nous repartons.

L'étape est aussi agréable que l’autre à été pénible ; plus de pierres d’abord : sur la terre demi-battue, les roues semblent glisser, les chevaux filent comme le vent. Presque toute la route est bordée de jardins entourés de murs en terre; de temps en temps nos chapars écartent à coups de fouet un troupeau où une caravane qui nous barre le chemin; nous traversons au grand trot un ruisseau, un fossé, en nous cramponnant pour ne pas être jetés hors de la voiture, éclaboussés des pieds à la tête. Nous sommes tout étonnés d’être rendus en quarante minutes au village de Kamalak.

I] fait encore jour quand nous changeons de chevaux et de voitures,

mais la nuit tombe vite: le soleil est couché quand nous partons et dans

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un quart d'heure on n’y verra plus. Les troïkas sont en si mauvais état qu’on se demande comment elles ne se brisent pas en mille pièces avec tous les chaos et les chocs continuels d’un chemin défoncé, et pourtant nous n'avons eu qu’un seul accident jusqu'ici, Les chevaux sont fatigués et cette fois, malgré nos exhortations et nos promesses, les yemtshichs ne peuvent les forcer; deux fois une des caisses se détache : de la façon dont il est placé, Gérôme ne peut faire autrement que de s’en apercevoir. Le malheur est vite réparé ; maïs c’est une perte de temps. La nuit est noire, le chemin est peu sûr, nous avons hâte d’arriver. Malgré l’obscurité on aperçoit au loin, comme un spectre, la cime blanche du mont Ararat.

Le temps est fort lourd, d’unechaleur d’orage. À peine arrivons-nous à Daralou, et avons-nous rangé nos bagages dans la chambre du relais de poste que la pluie et la grêle tombent avec une violence inouïe.

On nous apporte de grandes cruches d’eau, et dans nos éwbs en caoutchouc nous faisons une toilette aussi agréable qu’utile, après une chaleur et une poussière pareilles. Nous dinons avec des grillades de

mouton et une espèce de galette plate et mince en guise de pain.

2 septembre.

Toute la nuit les moustiques n’ont cessé de nous dévorer ; la chaleur nous empêchait de dormir; mais, vers deux heures du matin, la température s’est refroidie subitement et le thermomètre est descendu Jjusqu’à 9°.

A quatre heures, nous demandons les chevaux et faisons les préparatifs pour partir à cinq heures. Le chemin n’est qu'une longue et monotone plaine. Nous longeons tout le temps la base de l'Ararat ; c’est du village que nous venons de quitter que l’on part lorsqu'on en veut essayer l’ascension qui n’a, du reste, jamais pu être faite ; on arrive sans trop de peine au sommet du petit Ararat, mais le cône du plus grand est tout à fait inaccessible,

Nous relayons successivement à Sadrak, puis à Bosnarassen. La route est chaude, poussiéreuse et sans intérêt; le fusil entre les jambes et l’appareil de photographie sur les genoux le trajet me semble long. Nous nous arrêtons encore à ÆXïbrak; toujours des plaines arides et

monotones. Nous avons perdu l’Ararat de vue et ne le reverrons plus.

Si ln Eté

À Biut-Duss, les voitures qu’on nous donne sont bien mauvaises et

en bien triste état ; jamais elles ne pourront faire la route : le maitre de

poste prétend qu’il n’en a pas d’autres ; nous partons quand même. Nous

n'avons pas fait cent mètres qu’une des cordes qui fixent le brancard de la

troïka à l’essieu se casse ; la réparation demande un bon quart d’heure ;

un kilomètre plus loin, même accident ; à mi-chemin, une roue du chariot pr aux bagages se brise entièrement. Il est cinq heures du soir ; nous avons mis plus d’une heure pour venir jusque-là, 1l en faudra au moins deux pour aller jusqu’au relais et en ramener une autre voiture. Nous arriverons bien tard à Nakhitchevan. L’un des cochers part de suite au grand galop sur un des chevaux ; pendant ce temps, nous photographions le soldat, les cochers, l'accident. Le cocher revient ; il n’a pas mis une heure et demie à faire le trajet. Ce n’est qu’à neuf heures du soir que nous arrivons à Vakhitcheran ; 1 fait tellement noir qu'il faut ralentir l’allure des chevaux pour ne pas tomber dans un fossé où verser contre les grosses pierres qui encombrent la route.

La ville de Nakhitchevan est assez importante : elle a environ | 5.000 habitants : elle a été autrefois beaucoup plus prospère et a compté 4 jusqu’à 200,000 âmes ; Abbas [°° en transporta les habitants en Perse ; I les guerres du commencement du siècle entre les Persans et les Russes LE lui ont fait beaucoup de mal; elle eut aussi beaucoup à souffrir de tremblements de terre, notamment en 1840. De Nakhitchevan part une route suivie par les caravanes, passant par Khoï et allant à Ourmiah.

La maison de poste est un peu plus confortable : nous pourrons

cette fois fermer la porte de notre chambre, ce que nous n'avions réussi

à faire dans aucune maison de poste. Pour dîner nous pouvons avoir un poulet, des fruits et du thé. Nous souffrons beaucoup des piqûres de moustiques et des coups de soleil ; nos lèvres sont gercées par l'air et la poussière. Nous dormons malgré cela sur nos couchettes mieux que

dans de vrais lits et le moment du réveil semble toujours venir trop tôt.

5 septembre.

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