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Je reste à cheval à sa porte, pendant qu’il lit les lettres dont Je suis porteur; puis il me fait entrer. Il est au fond d’une pièce, assis sur des nattes, entouré de ses fonctionnaires. Il me prie de m’asseoir à côté de
lui; deux soldats retirent mes bottes, car je ne pouvais le faire seul, et
j'essaye, toujours à l’aide du dictionnaire, de lui dire quelques mots. Je
regrette de ne pouvoir causer plus facilement, car il paraît bien disposé. I1 me fait offrir trois perdreaux et un petit sac de riz. Ne voulant pas être en reste de politesse, je décroche la boussole que je portais en breloque et la lui offre. Je prends congé et vais retrouver Hamelin.
Le Kurde qui nous a donné l’hospitalité est des plus complaisants ; il nous aïde dans notre installation.
Autour de la cour, assez petite, sont les écuries. À droite, au fond, un escalier qui mène à la terrasse sur laquelle est construite l’habitation. C’est une chambre sans mur sur la façade ; au fond de la chambre, de chaque côté, deux portes menant à deux cabinets noirs ; au milieu du mur de droite, une cheminée. Le plancher est en terre battue ; l’'apparence est propre, pas de poussière, pas de toiles d’araignée. Toute la famille couchera sur la terrasse pour nous laisser libres.
La ville de Kerind est assez importante; elle a près de douze cents maisons groupées en gradins de chaque côté d’une grande crevasse de la montagne, fendue comme par un formidable coup de hache. Le rocher de la paroi de gauche, en grès gris d’une teinte uniforme, présente un aspect des plus imposants. Sur le sommet, une source claire et limpide sort de terre dans une vasque naturelle et descend à travers la crevasse pour arroser la ville. La pente de la montagne est fort escarpée; le pied d’une maison est à la hauteur du toit de celle qui est au-dessous. L'une des plus hautes que nous voyions de notre demeure, sur le versant opposé, était en plâtre blanchi à la chaux; elle avait un étage au-dessus d’une colonnade de
cinq ou six voûtes; les fenêtres étaient garnies de balcons peints en vert.
4 novembre.
Nous quittons le village à six heures. Les zapetiés que J'avais demandés n'arrivent pas. Je les envoie chercher; ils ne viennent pas davantage. On ne me comprend probablement pas. Nous partons seuls.
La route passe d’abord au milieu de plaines et de prairies. À neuf
DE BAGHDAD A KIRMANSHAH. 9343
heures nous atteignons le village de KXhosrobad, à peine composé d’une dizaine de maisons entourées de petits vergers dont les feuilles jaunes, tombées à terre, répandent une odeur d'automne. Nous cheminons alors au milieu d'un terrain rocailleux. Quelques paysans, dans les rochers, marchent en s’abritant derrière de grands boucliers de toile brune, et tirent avec des flèches des perdrix dont ils approchent ainsi plus aisément. À midi, nous sommes à Æarounabad. Le village se distingue à peine de loin ; les petites masures sont construites sur des rochers de pierres grises, avec les débris mêmes de ces rochers. Un haut mamelon artificiel en terre, de huit à dix mètres d’élévation, supporte une tour; un soldat monte la garde ou plutôt dort paisiblement enroulé dans son manteau, en attendant qu'un autre vienne le remplacer. Une maison blanche, demeure du gouverneur, se détache des autres ; les arcades du rez-dechaussée, élevées d’un pied ou deux au-dessus du sol, supportent un étage avec fenêtres extérieures. À l’extrémité est du village, les ruines d’un château fort, d’un palais ou du moins d’une construction importante. Nous traversons le village. Les maisons de l’entrée sont en terre. Les habitants viennent nous demander de loger chez eux et nous offrent leur demeure avec un empressement que nous n’avons pas rencontré jusqu'ici.
À peine avons-nous quitté la ville, que le temps se couvre et la pluie tombe fort. Le chemin fait un coude brusque ; nous cessons de suivre le cours du fleuve, et quittons cette grande plaine marécageuse pour entrer dans une vallée fertile et bien cultivée. Nous longeons les poteaux télégraphiques, dont la ligne suit à peu près le chemin ; en tout cas, 1ls se dirigent sûrement vers Kirmanshah.
La route monte à partir du hameau de Harounabad et devient un sentier des plus difficiles au milieu des rochers et des cailloux. Arrivés au faîte, 1] nous faut descendre par un chemin plus difficile encore, un ravin plein de roches éboulées. Du sommet, la vue s’étend sur une cuvette immense en forme d’hippodrome gigantesque qu'il faut traverser. La piste des caravanes précédentes teinte d’une nuance plus grise le vert de la prairie. A l’extrémité, la montagne est coupée par une brèche immense, si régulière qu’on dirait un travail humain. La descente est très dure et demande trois quarts d’heure. Au milieu de la plaine coule un petit ruisseau près duquel s’élève un village de quelques cabanes. Nous mettons plus de deux heures à traverser cette plaine; puis le chemin reprend au milieu des rochers, presque aussi difficile que la montée de tout