AGAR HASSAN
« Les parties intérieures de cette grotte sont ornées de sculptures. Dans un cadre formé par deux colonnes cannelées, sans bases, à chapiteaux ornés de feuilles et de rosaces qui supportent une tablette en encorbellement, et sur un petit socle, repose une statue équestre; elle est
exécutée en ronde bosse, mais adhérente au mur par derrière. La tête du
cavalier est couverte d’un casque auquel s'attache une cotte de mailles qui recouvre son visage et la partie supérieure de son corps. Par-dessous passe
une Jupe descendant sur les jambes et chargée d’ornements d’une déli-
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catesse remarquable. Sur l’épaule droite de ce guerrier repose une lance à demi brisée, ainsi que le bras qui la tenait. La main gauche porte un bouclier ; au côté droit pend un carquois rempli de flèches. Le cheval, massif et court, a son encolure et son poitrail défendus par une cuirasse formée de petites lames réunies par des clous et ornée de gros glands. La croupe est nue et ne pose que sur la jambe gauche, la droite a été brisée, ainsi que l'extrémité inférieure de la tête du cheval et Le bas de la jambe du cavalier. »
Le caractère distinctif de cette sculpture, comme de toutes celles que l’on trouve en Perse, réside dans de grandes masses simples opposées à des parties chargées de détails qui se font remarquer par la pureté et l'adresse de l'exécution. Dans cette sculpture on remarque avec quelle minutie sont traités la queue du cheval, dont les crins sont rendus dans chaque mèche, la cotte de mailles dont tous les anneaux sont indiqués, les barbes des flèches dans le carquois, les ornements de la robe, les détails de l’armure qui couvre le devant du cheval, par opposition à la croupe et aux jambes traitées avec la plus grande simplicité.
Cette statue équestre a fait aussi donner à ce lieu le nom de Takt- I-Roustam*. Au-dessus de cette statue et sur la tablette en encorbellement qui domine le cadre sont placées trois figures d’inégales hauteurs; celle du milieu semble, autant par la supériorité de sa taille que par la richesse de ses ajustements, représenter un roi, ce qu'indiquerait aussi le croissant qui surmonte sa coiffure et au-dessous duquel flottent les deux bouts d’un ruban, sans doute le bandeau royal; les cheveux, longs et bouclés, descendent sur ses épaules; la robe est semée de grosses perles et serrée à la taille par une ceinture de perles plus petites. Un cemmturon semblable retient une épée dont la poignée est dans la main gauche et dont le fourreau est également orné de perles et de pierres précieuses. Les pieds sortent d’un ample pantalon, la main droite levée s'appuie sur une couronne de perles que tient le personnage qui est à sa gauche. Celui-ci porte un costume beaucoup plus simple, un manteau recouvre ses épaules; un trou dans sa main gauche paraîtrait avoir reçu autrefois une canne, La
statue de gauche a subi le sort des deux autres : son visage a été brisé;
1. Ce Roustam est le héros favori des Persans ; ils lui attribuent les actes les plus extraordinaires. Les travaux d’'Hercule, les combats de Roland ne sont rien à côté des contes fabuleux qui retracent la vie de Roustam. Mais il est fort probable qu'il en est de cette sculpture comme de beaucoup d’autres qui portent à tort le même nom : elle ne représente pas Roustam, mais bien le héros qui se retrouve partout dans les autres bas-reliefs de cette grotte, Chosroës le Grand ou
Nouchir Van, vulgairement appelé par les Persans Xosro. (Flandin, Voyage en Perse.)
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GROTTES DE TAKT-I-BOSTAN.
DE KIRMANSHAH A TÉHÉRAN. 361
mais, à en Juger par ce qui reste et par les vêtements qu'elle porte, on doit penser qu’elle représente une femme: sa tête, couverte d’une calotte d’où s'échappe une longue chevelure, est surmontée d’une petite sphère formée de perles. Les plis d’un large manteau bordé de perles tombent sur une robe ample et traînante; cet ajustement a quelque chose du style grec observé pour les génies de la façade; ce personnage tient une urne de chaque main ; celle qui est dans la main gauche est renversée et semble laisser couler de l’eau ; la main droite en tient, au-dessus de l’épaule, une autre de laquelle pend une large banderole.
Sur les parois latérales de cette salle, deux grands cadres représentant des chasses. A gauche on voit un parc qui entoure un marécage
indiqué par des plantes aquatiques, des poissons et des canards : une multitude de sangliers, traquée par des éléphants montés, tombe sous les coups d’un personnage armé d’un arc et placé au centre du tableau. Dans plusieurs barques se voient d’autres personnages qui semblent être des femmes. Les plus petits détails des animaux ou des personnages sont traités avec une finesse inouïe. Si la dureté du rocher a secondé l'artiste pour rendre avec délicatesse des détails infinis, on est étonné de sa patience et de la perfection des instruments qu’il lui a fallu employer pour achever un travail que le temps et les intempéries de l’air n’ont pas trop altéré.
Le cadre qui fait face au précédent renferme une chasse au cerf. Toutes les parties de ce bas-relief ne sont pas également bien terminées, plusieurs ne sont que dégrossies, ce qui fait penser que quelque événement aura empêché de terminer ce monument.
Au dire des Persans, ces sculptures se rapportent au monarque sassanide, Khosro-Parviz. Dans le groupe qui surmonte le cavalier, 1l faut voir, selon eux, Kosro, la princesse Shirin et le vizir Ferhad, au ciseau duquel seraient dus les bas-reliefs et les sculptures de la grotte ; dans son criminel amour pour la maîtresse de son roi, il aurait voulu lui plaire en créant là un lieu de repos pendant la chasse.
À côté de cette grotte s’en trouve une seconde plus petite et sans aucune liaison avec elle. Deux figures y sont gravées, différant peu de
pose et de costume : elles ont les deux mains appuyées sur la poignée de leurs épées et sont coïiffées d’une espèce de tiare. Leur barbe et leurs cheveux sont frisés. Leurs vêtements se composent d’une veste serrée par une ceinture passant sous les bras et d’un large pantalon formant
beaucoup de plis. Ces sculptures sont beaucoup inférieures à celles de la