‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 17 sur 210 · PERSAN FUMANT LE KALIOUN · texte numérisé non relu

PERSAN FUMANT LE KALIOUN

qui a payé une redevance à l’État perd à la fois sa place, ses chevaux et sa caution. Enfin, dans un hangar, sous un tas de paille, nous finissons par découvrir un garçon d’écurie; 1l va chercher les chevaux qui paissent en liberté une herbe bien maigre et bien rare; on attelle et nous partons.

Nous descendons une gorge abrupte de l’aspect le plus sauvage; pas de broussailles, pas un brin d’herbe, des pierres et des rochers seulement au milieu desquels le chemin est à peine tracé; la descente finie, la route

n'existe plus; on fait quelques verstes dans le lit d’un torrent desséché,

où l’on ne peut qu’aller au pas; puis un petit bout de route acceptable, enfin une longue plaine à l’extrémité de laquelle nous apercevons les quelques maisons de Djoulfa.

Nous allons donc enfin entrer en Perse! Nous allons avoir fini de la poste russe et de ses troïkas et notre voyage à cheval va commencer.

Il est dix heures lorsque nous arrivons à Djoulfa. Le bac, entretenu par un Persan, percepteur de la douane, qui l’a affermé quarante mille francs, ne commence son service qu'à dix heures et demie; les droits de péage sont entièrement arbitraires et le percepteur tient à s'assurer, tous frais déduits, un bénéfice de cinquante pour cent.

En attendant l’heure, nous faisons viser nos passeports par le représentant de l’autorité russe et porter d'avance nos colis dans l'espèce de boîte carrée qui sert de bateau. Nous nous embarquons avec le premier groupe, car de nombreux voyageurs et marchands attendent comme nous; nous passons ainsi l’Arax. Ce grand fleuve, tributaire de la Caspienne, prend sa source auprès d’'Erzeroum; il coule dans un véritable désert; ses eaux, à cette époque de l’année, sont jaunâtres et boueuses et ne donnent pas l’idée de fraîcheur après laquelle on aspire dans ces régions brûlantes. Que d'êtres dans ces parties du monde rêvent du Paradis de Mahomet comme d’un jardin verdoyant, paré de roses, peuplé de rossignols chantant près d’un clair ruisseau, qui n’ont Jamais vu ni jardins, n1 roses et ne connaissent, en fait d’oiseaux, que les corbeaux :

Une fois sur l’autre bord, nous faisons porter nos bagages près de la maison du chef de la douane.

La maison de douane, qui sert en même temps de demeure au percepteur, est une maison carrée, construite comme toutes les autres en terre vâchée pétrie avec de la paille et séchée au soleil; elle a été recouverte d’une mince couche de plâtre et blanchie à la chaux; elle est entourée d’une dizaine d'habitations misérables qui forment le village de Djoulfa. Le village, coupé en deux par l’Arax, est situé au milieu d’une plaine aride et sablonneuse bornée à l'horizon par des montagnes élevées.

Je fais présenter au khan‘ la lettre circulaire que le général Nazare- Aga avait bien voulu me remettre pour les autorités de son pays. Immédiatement, il nous fait monter Hamelin et moi; il dit quelques mots

de francais, nous pouvons causer. Son premier soin est de nous inviter à

Page 1