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Prononcez Hhan, titre équivalent à celui de prince

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DE TIFLIS A DJOULFA. 41

déjeuner. Nous sommes sur une terrasse, sous une espèce de véranda et assis sur des tapis. En face de nous coule l’Arax et de l’autre côté du fleuve sont les quelques maisons russes qui forment la seconde partie de Djoulfa.

Pendant que je suis occupé à regarder le paysage, j'entends pousser des cris dans la cour intérieure; je m’informe de ce que cela peut être : « Oh! ce n’est rien, répond le khan; ce sont les gens qui ne veulent pas payer les droits de douane que je fais bâtonner. » Ce lugubre concert dura plus d’un quart d'heure. Les individus étaient couchés sur le dos; deux hommes tenaient les pieds du patient en l’air au moyen d’une corde tendue, et un troisième, armé d’une forte baguette, frappait de toutes ses forces sur la plante des pieds. À mesure que ces malheureux se décidaient à payer, on cessait de les battre et on leur rendait leurs colis; on les voyait alors se sauver, les pieds ensanglantés sur le sable brûlant. Plusieurs avaient l'argent dans leur poche et, plutôt que de payer immédiatement, préféraient supporter la douleur pour garder plus longtemps l'espoir de ne pas acquitter de droits.

Le moment du déjeuner arrive. Par une attention toute spéciale, au lieu de déjeuner par terre, le khan fait apporter un petit guéridon sur lequel on pose le plateau chargé du déjeuner et nous mangeons assis sur des chaises. Sur le plateau se trouve tout le repas : une écuelle contenant

un morceau de mouton bouilli, une autre du lait aigre à moitié caillé,

sorte de fromage blanc, une troisième un liquide épais, chaud, sorte de bouillon sûr, puis du fromage de mouton avec des feuilles d’oignon et des fruits. Le prince mange de tous les plats en même temps avec ses doigts; n’ayant pas de fourchettes, nous mangeons de même; comme pain, de longues galettes plates et molles ressemblant beaucoup à des chiffons et que l’on nomme /avask. Le khan déchiquette la viande avec ses doigts, prend une pincée de fromage blanc, puis émiette un morceau de pain dans le bouillon, malaxe ce pain avec ses mains, introduit dans sa bouche une énorme boulette et nous passe ce même bouillon, nous invitant à en faire autant. Tout en mangeant, il caresse d’une main un de ses pieds nus qu'il tient sur son genou, ou témoigne par les hoquets les plus sonores la

satisfaction de son estomac. Voilà le repas à la persane! Quand nous

aurons vécu six mois avec les Persans, Je crois que nous retrouverons

4 ‘ PURE x avec plaisir nos habitudes européennes. JW LE ss . É ) . s ” / SV ; à. 2 Le repas fini, un domestique apporte de l’eau tiède dans fume \

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aisuière et en verse sur nos doigts, puis nous fait pencher la tête et nous en verse dans la bouche ; le bol n’est donc pas un raffinement purement européen. Après le déjeuner le khan fait la sieste et nous invite à dormir comme lui sur les tapis de la terrasse ; son domestique, pendant qu’il repose, vient lui masser les bras et les jambes.

Après une demi-heure on nous apporte du café, ce qui nous fait orand plaisir, car le repas s’était passé sans boire; le café est suivi de thé. Le khan, à son réveil, cause un peu avec nous. Il veut évidemment savoir ce que nous venons faire et quelles sont nos intentions, si nous sommes des marchands, si nous avons quelque chose à vendre. IT regarde nos fusils, demande si nous voulons les lui céder. [1 cherche enfin à remplacer par d’adroites questions la visite de nos mailles dont il nous à aimablement dispensés.

Pendant notre déjeuner, Gérôme a déballé les brides et les selles et retenu les chevaux. Il vient nous annoncer que les chevaux de bagages sont partis en avant et que les nôtres sont sellés et nous attendent. Nous

prenons congé de notre hôte que nous remercions de son hospitalité.

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