‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 179 sur 210 · LS EN EE · texte numérisé non relu

LS EN EE

vous oubliez que vous êtes roi. » Les femmes ont généralement une assez orande influence dans l’intérieur persan, et le maître ne méprise pas leurs conseils. Il en est de même dans l’anderoun royal. Bien des personnes (je ne parle pas des Européens) ont obtenu des places, dès dignités, soit par leur intermédiaire direct, soit par l’entremise des eunuques.

Le shah, outre son fils, gouverneur de Tauris que nous connaissons déjà, héritier légitime de la couronne, a un fils aîné, Zelleh-Sultan (l'Ombre du Sultan), qui voudrait se prévaloir de son droit d’aînesse pour disputer le trône à son frère.

Autant Mozaffer-ed-Dine-Mirza est doux et tranquille, autant Zelleh- Sultan est actif et plein d’ardeur. Celui-ci, cruel autrefois, est devenu beaucoup plus juste ; si maintenant encore il ne regarde pas à couper un nez, une oreille, une main ou quelque membre, ce n’est Jamais sans que le patient l’ait réellement mérité. Il est gouverneur d’Ispahan et régit les plus belles provinces du sud de la Perse, le Kousistan, le Farsistan, le Louristan, etc. Très énergique, il a su faire rentrer les impôts et tirer parti du territoire qui lui est confié. Aussi, maintenant, commence-t-1l à tenir tête à son père qui doit compter avec lui. Nasr-ed-Dine lui réclama un jour des impôts qu’il tirait de sa région. « Je ne puis rien vous donner, répondit-il à son père; vous avez désiré une armée, des soldats, des canons, il faut payer tout cela; si vous voulez l'argent, venez me le prendre. Mon armée est plus forte que celle de mon frère ; mes sujets me sont dévoués ; je n’ai rien de trop si je veux m’acquitter envers tous.»

En ce moment les rapports entre le père et le fils sont un peu tendus. À la suite de je ne sais quelle affaire, Zelleh-Sultan avait réuni ses ministres et leur avait fait La déclaration suivante : « Je commence à être vieux, je suis las du pouvoir et je songe à me retirer ; Je désire que vous soyez fidèles à mon successeur, comme vous me l’avez été; J'ai été content de vous, j'espère que vous l’avez été de moi. Continuez à faire votre devoir. » La déclaration fut imprimée et publiée, La surprise du shah en la lisant fut extrême : il fit supprimer le journal et appela son fils auprès de lui. On attend anxieusement le résultat de l’entrevue.

Dans l’après-midi, nous faisons quelques visites, puis une promenade qui est fort écourtée par le vilain temps ; il pleut et il fait froid. Nous allons diner chez le docteur Tholozan. Nous sommes cinq à table : le docteur, M. de Vauvilliers, M. Lemaire, Hamelin et moi. M. Lemaire est le

chef des musiques militaires du shah, ancien prix du Conservatoire de

Page 1