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et ces cadavres remuent, car ce sont les acteurs eux-mêmes qui sont couchés là. Au bout du sakou, un tombeau plus vaste est élevé; c’est celui de l’imam Hussein; on voit le saint, couvert de plaies, étendu dans sa tombe. Le spectateur perçoit et ce qui est sur la terre et ce qui est dessous. Des sabres, des lances, plantés près des fosses, rappellent le combat. Des bougies allumées figurent la gloire céleste qui environne les Imams. Voilà la scène au début de la pièce.
Une caravane entre dans le tekieh. Sur un cheval caparaçonné d’or est une Européenne, suivie de sa servante et de ses soldats1. La Jeune dame chrétienne descend de cheval avec sa servante et ordonne de faire dresser ses tentes, car elle ignore le lieu où elle se trouve. Le domestique obéit. On apporte un piquet; mais, en l’enfonçant, un long jet de sang jaillit de la terre, du sang véritable, qui tache les herbes dont le sol est couvert. Le chef des ferrashs cherche à enfoncer son piquet dans d’autres endroits; partout le sang jaillit. L’Européenne, épouvantée, renonce à s'établir dans ce lieu, monte dans le tagnuma, où elle se couche et s’endort. Alors, le Christ? entre dans le tekieh, monte sur le sakou., raconte à l’étrangère le drame de Kerbela et se retire. À ce moment, un Arabe du désert se glisse dans le tekich avec les allures d’un voleur; il fouille avec rage la tombe sacrée de Hussein. Le misérable frappe les restes du martyr. Le sang, qui coule à flots, rougit ses mains, tache sa tunique. Soudain un cri terrible le rappelle à lui, et, lançant en l’air une main rouge qu'il vient de détacher du cadavre, il fuit pour ne plus reparaître. Alors entrent dans le tekieh les anges, les prophètes, Mahomet, Jésus-Christ, Moïse, les Imams, les Saintes Femmes. Toute cette foule voilée, au désespoir, élève les bras et court à Hussein en pleurant.
Telle est l’action sommaire de ce drame bizarre, qui, dans l’émoi des sensations les plus idéales et les plus matériellement sauvages, dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Il va sans dire que la fille européenne, éclairée par le Christ, son propre prophète, se fait chiite ?.
1. Le rôle de la fille chrétienne, raconte un spectateur, était rempli par un jeune garçon. Il portait une robe de satin vert à grandes fleurs brodées; un petit châle de l'Inde croisé sur sa poitrine à la façon de nos Paÿysans ; un chapeau de paille à larges bords entouré d’un ruban de velours noir avec un nœud sur le côté; et de grandes bottes noires. Tout cela paraissant un peu pauvre, la jeune femme avait mis un agdrou (cordon de perles avec pendants d’émeraudes et de rubis qui s'attache aux tempes, entoure le bas du visage).