‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 181 sur 210 · INTÉRIEUR D'UN HAREM D'APRÈS UN TABLEAU PERSAN · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR D'UN HAREM D'APRÈS UN TABLEAU PERSAN

En face du Chems-Emaret, est un très grand bassin où le shah s'amuse souvent à canoter, soit seul, soit avec ses femmes. Il y à quelques mois, il Commanda un tricycle à Londres ; l'instrument arrivé, il en fit

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\A ANR sin. Le malheureux, complètement ignorant dans ce genre de sport, tomba

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| | | roun, derrière les fenêtres grillées, assistait au spectacle; pour qu il durât

| plus longtemps, le shah ne permit d'aller au secours de son ministre que | lorsqu'il fut sur le point de se noyer. Ces dames s’amusèrent, paraît-1l,

beaucoup. Nous visitons encore la sellerie royale : le shah possède de

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fort belles selles et de riches caparaçons.

Al | Dans le palais se trouve un tekieh (le tekieh est un théâtre persan). | | | Il a la forme d’un cirque; tout autour sont trois étages de loggias en BALLE LEE LL 1 briques et en bois; au bas de ces loggias, des gradins réservés aux | | | ji] | femmes. Au milieu, une plate-forme surélevée, nommée sakou, qui consti- [Al ‘| | |} | tue la scène ; deux plans inclinés y donnent accès. Dans un coin, au | | Yi | haut d’un escalier, une petite estrade sur laquelle se tient le prêtre, | DEEE 1 | | directeur des cérémonies et des chants de la représentation. Des cintres, | | | des traverses supportent de grands velums pour garantir du soleil. | | || De même que les mystères, origine de notre théâtre, les taziehs | UUL (c’est ainsi que se nomment les représentations) retracent les épisodes | | religieux des commencements de l’Islam. Ils roulent principalement | pi | sur les épisodes de l’origine du schisme. Toutefois on ne peut absolu- RUttE || | ment les comparer à nos mystères dénués de toute poésie et vulgaires, | | Dans les tazichs, au contraire, la poésie déborde et on n’y découvre pas | | DLL | la moindre vulgarité. Les représentations ont lieu à l’époque du Moharem All | | et sont fort goûtées du public, qui ne pense à autre chose plus de quinze | | mil jours avant les fêtes. Le shah lui-même y assiste avec une grande Al Hill partie de ses femmes. Cependant les prêtres et les chefs de la religion | | condamnent les taziehs, car, dans l’organisation matérielle de la représen- 4 ti tation, plus d’un détail contredit ouvertement et l’esprit et la lettre du | If | Coran. Représenter un tazieh est toutefois une œuvre pie; chacun espère, | | À fl | | grâce au concours qu’il apporte à la cérémonie, gagner plus où moins de | pl bonheur en paradis.

| | | | | (fl Avant que la représentation commence, il se passe quelquefois | Mill ALU deux heures en préparatifs, pendant lesquels des processions, des danses | iqtl | et des chants se succèdent. On fait circuler dans la foule des rafraîchis- F1 | | | PRE 1. Les tekiehs sont souvent très grands; souvent aussi ils ont la forme d’un parallélo- | | anti al gramme ; ils contiennent trois à quatre mille personnes ; à Ispahan, l’un d’eux peut contenir, dit-on | qi trente mille spectateurs, ALL | | | | | | Li IN ul MIN à LU i = — = a EL htattiisstonmais

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sements servis gratuitement par les jeunes gens des plus riches familles ; des vieillards, des mirzas se promènent au milieu des pauvres et des gens du peuple, tenant à la main des fioles d’eau de rose qu’ils versent sur les mains et les barbes. Les pages du roi, les majors de l’armée, le dos chargé d’un ravyah de cuir, distribuent l’eau à la ronde en souvenir de la soif dont les martyrs ont souffert à Kerbela. Des kalians d’or et d’argent passent d’un soldat à un portefaix. "Ce qui est Le plus étonnant, c’est l’ordre parfait, la tranquillité polie qui règnent au milieu de ce peuple.

| Tout à coup un roulement de tambours, un sifflement de fifres, des éclats de trompettes et de clairons interrompent les discours et les processions; la voix pompeuse des kernas ! résonne et annonce l’arrivée des acteurs et le commencement de la pièce.

Pas de décors, dans le sens où nous l’entendons; le récit avertit les spectateurs qu'ils sont dans un camp, dans une plaine, dans une chambre, à Médine ou à Kerbela. C’est à leur imagination de suppléer au décor. Il arrive même que, sur le sakou, plusieurs lieux, en réalité éloignés, se trouvent réunis. Cela ne choque personne. La convention théâtrale est poussée à ses plus extrêmes limites. S'agit-il de représenter le Tigre ? On place au milieu du sakou un grand bassin de cuivre. Maïs si Les décors manquent, tous les autres accessoires, tout ce qui à un rapport direct et immédiat avec l’action est rigoureusement donné. Une loge soutenue par un échafaudage appliqué contre le mur, à une quinzaine de pieds de hauteur, est une annexe du sakou, elle se nomme fagnuma ; les acteurs vont et viennent du sakou à la loge où se tiennent les personnages qui doivent être mis en évidence. A l’exception du sakou, de la loge et d’un espace de trois à quatre pieds que l’on s’efforce de conserver libre autour de la plate-forme, tout le reste appartient au public qui s’assied où il veut, où 1l peut. L’ensemble à coup sûr n’offre pas un aspect de beauté classique, mais c’est d’une magnificence somptueuse et imposante; chacun à envoyé ce qu'il a de plus beau et de plus riche pour décorer le théâtre, le sakou, habiller les acteurs et harnacher les chevaux.

Les acteurs forment une classe estimée; le peuple a une prédilection

pour les hommes qui lui procurent le plus goûté de ses plaisirs. Les

1. La kerna est une longue trompette droite en cuivre, de cinq à six pieds de long, dont le son s'entend de fort loin et ressemble à, celui d’une cloche. Inventée par Djemshyd, les rois et les princes ont seuls le privilège de la faire sonner; les taziehs, étant consacrés aux Imams, ont le même privilège, |

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Seïds eux-mêmes ne se font pas scrupule d’afficher une opinion contraire à celle des mollahs et embrassent la profession d’acteurs. Le public les

en applaudit davantage et trouve un plaisir et une émotion plus vifs en-

core à voir les malheurs des martyrs de Kerbela représentés par les pro-

pres descendants de ces martyrs. Les acteurs lisent généralement leur rôle, mais souvent ils le savent par cœur, et cela est fort apprécié. Ils ne se préoccupent pas de la vérité du costume et n’ont aucune idée de con-

vention scénique; ce qui importe, c’est que les ajustements soient le plus

riche possible, pour relever la pompe du spectacle et marquer plus de

respect aux individualités mises en Jeu. Personne ne songe à se demander si c’est ainsi que s’habillait la famille du Prophète, dans laquelle l’austérité et la pauvreté étaient pourtant des vertus notoirement affichées.

La tenue en scène n’est l’objet d'aucun calcul, d'aucune règle ; l’ac-

teur est vu de tous côtés, il se présente comme il peut, simplement, avec

sa dignité ou sa maladresse naturelle, Mais comme l'acteur est, aussi bien que le public, pénétré de l'importance de l'acte qu’il accomplit, qu’il se

respecte dans son personnage et Joue de tout son cœur, il en résulte aussi

des effets tout particuliers. Souvent la situation Femporte ; 1l est le personnage qu'il représente avec une telle vérité, un oubli si entier de luimême, qu'il arrive à une réalité tantôt sublime et tantôt effrayante.

Un accessoire indispensable du tazieh, c’est un tas de paille hachée où les acteurs puisent à pleines mains pour en porter à l’endroit où ils vont réciter leur rôle. Cette paille représente le sable du désert de Kerbela. Si l’acteur oubliait par hasard de se fournir de cet accessoire indispensable, le directeur de la troupe ne l’oublierait pas. Pendant le cours de la représentation, le directeur se tient sur le sakou, toujours présent, toujours agissant. Le manuscrit de la pièce en main, il indique à chacun ce qu’il doit dire. Quand un héros, au moment d'aller livrer un combat sans espoir, doit, suivant l’usage oriental, s’envelopper dans son linceul, le directeur est à côté de lui, le linceul à la main, et le lui attache. Si le héros doit mettre le sabre au clair, le directeur le lui tire du fourreau, tandis qu’il récite, et Le lui remet. IL lui tient l’étrier pour le faire monter à cheval. Il prend par la main les plus Jeunes acteurs et les place là où

ils doivent réciter. Il se mêle de tout ouvertement ; 1l a son rôle indis-

pensable dans le développement du drame. Comme le chorège grec chez

les Athéniens, le directeur persan est un personnage sacré par ses fonc-

tions. Au milieu de l’action. il lui arrive de parler au public. Il n’est pas 2 )

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seulement l'organisateur de la fête, il est souvent l’arrangeur, quelquefois l’auteur du poème. On le nomme simplement l’Oustad (patron), pourtant on le considère avec respect; quand la représentation produit un effet extraordinaire, le personnage éminent de l’assistance, séance tenante et sans interrompre les acteurs, honore l’Oustad d’une récompense éclatante.

Disons un mot maintenant des épisodes que représentent ces taziehs. Aly, cousin et gendre du Prophète, fut une des natures les plus nobles, mais aussi des plus malhabiles qui furent jamais. Ses partisans poussèrent l’admiration jusqu’à le considérer de son vivant comme un dieu ; ses ennemis réussirent longtemps à l’exclure du rang suprême que tout lui donnait le droit d’occuper. Il y parvint cependant après Aboubekr, Omar et Osman ; mais, impuissant à maîtriser les éléments qui s’agitaient sous la couverture de l’Islam, il périt assassiné dans la mosquée de Koufa. Yézyd s’empara du pouvoir.

Hussein, l’un des deux fils que laissait Aly, avait épousé la dernière fille du roi sassanide, Yezdedjerd, et vivait à Médine avec son frère Hassan, sa sœur Zeyneb et les enfants de ce frère et de cette sœur, en somme, tout ce qui restait du sang du Prophète. A la mort d’Aly, on représenta à Hussein comme un devoir de prétendre au khalifat: il se laissa persuader, malgré ses goûts, et entra dans une sorte de conspiration qui n’attendait pour éclater qu’un moment favorable. On crut l'avoir bientôt trouvé. Les habitants de Koufa, honteux et repentants du crime sacrilège qui s'était consommé dans leur mosquée sur la personne d’Aly, avaient fait dire à son fils qu’ils étaient prêts à le proclamer khalife et à le soutenir contre les troupes syriennes de Yézyd. Hussein était alors à Médine; il eut le tort de croire trop légèrement à ces protestations, il prit congé de son frère Hassan et s’achemina avec toute sa famille (que le langage religieux appelle les Gens de la Tente) vers Koufa. Yézyd lança aussitôt une nombreuse cavalerie à la poursuite de son rival, s’assura de la ville de Koufa qui, dans l’angoisse de la peur, rompit la foi jurée. Les Gens de la Tente, au nombre de quatre-vingts environ, furent soudainement entourés par des forces irrésistibles, en plein désert, à une petite distance du Tigre. Ce désert, c'était la plaine de Kerbela, que les Chiites, dans leurs pèlerinages, vont encore arroser de leurs larmes.

Hussein, aussi indécis que son père, était, comme lui, intrépide dans l'action; les agresseurs, les généraux de Y ézyd, hésitèrent à l’assassiner; ils cernèrent les proscrits et essayèrent de parlementer avec eux.

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Hussein, fier de sa naissance et de son rang, fort de son droit, demeüra inflexible dans ses prétentions. Les ordres du khalife devenant pressants et sanguinaires, les chefs, pour tout accorder, resserrèrent l’investissement des tentes et refusèrent de laisser sortir personne.

Dans ces malheureuses tentes, il y avait plus de femmes et d'enfants que d’hommes. L’eau vint bientôt à manquer, la chaleur était dévorante. L’imam Abbas, oncle paternel de Hussein, vit les petites filles, pleurant de souffrance, venir jeter à ses pieds une outre vide, Il se leva, monta à cheval et voulut, avec l’outre, aller au fleuve; on le repoussa. IT tenta, le sabre en main, de se frayer un passage, Un Arabe lui abattit la main droite. Prenant son sabre de la main gauche, il se rejeta dans la mêlée; on lui abattit l’autre main. Il tomba et fut massacré. Ce fut le commencement. Aly-Ekber, un enfant, s’échappa des bras de sa mère et courut au fleuve; haché de coups de sabre, percé de flèches, 1l expirait quand l’imam Hussein sortit du camp. La foule recula à sa vue. Il saisit son neveu et ne le ramena que pour le voir expirer au milieu des siens. Tous périrent ainsi : Hussein et les femmes furent arrêtés; on les battit, on les insulta et on les mena à Yézyd, qui fit égorger l’imam et réduisit les femmes en esclavage, Ainsi finit la famille du Prophète, sauf un seul enfant, l’imam Zeyd-Alabeddin, martyrisé plus tard.

Parmi les différentes pièces tirées de ces événements, qui excitent le plus l'enthousiasme du publie, il faut citer les Noces de Kassem. Kassem, fils aîné de Hassan et neveu de Hussein, doit épouser Zobeydeh, fille de Hussein, d’une beauté éblouissante, une véritable Juliette. Il meurt tué par les Syriens, dans un combat, le jour même de ses noces. Puis le Jeu de la Terre, scènes de l’enfance de Hussein; /& Mort d'Abbas, la Mort d'Aly, ete. Parmi quelques autres sujets je voudrais indiquer, pour finir, une singulière conception où l’idéalité n’a pas de limite dans ses élans. La pièce dont je veux parler est intitulée 24 Fille chrétienne.

Par une innovation digne de remarque, le sakou est, avant la représentation, caché aux yeux des spectateurs. Des ferrashs enlèvent l'enceinte de toile qui dérobe la vue de la plate-forme, quand les fanfares se font entendre, Le sakou représente la plaine de Kerbela, après le désastre; il ne reste rien que des tombes; une épaisse Jonchée d'herbes vertes couvre les sépultures, de manière à ne rien cacher qu’à demi. On voit donc dans les tombes les corps des martyrs, avec les blessures dont ils sont morts :

l’un est percé d’une flèche, à l’autre il manque un bras, à l’autre la tête,

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