‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 185 sur 210 · LIU · texte numérisé non relu

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haut, des cases régulières et toutes semblables, à quatre-vingts centimètres du sol, s’alignent de chaque côté de ce passage. L’air y est frais, et l’on s’y promène volontiers à l’abri de la chaleur du jour; les marchands se groupent par industrie et par profession.

Nous dînons à l'ambassade. Après le dîner viennent plusieurs invités, entre autres le général du télégraphe indo-européen et le général des postes. Ce fonctionnaire ne paye ce qu’il doit à l’Union postale que le plus tard possible. L'Union ne lui réclame que cinq pour cent des sommes dues, qu’il fait valoir et dont il tire quinze et vingt pour cent t.

18 novembre.

Nous avons projeté aujourd’hui une promenade aux environs de Téhéran, avec MM. Souhart, Roqueferrier, Audibert. À deux heures, les uns en voiture, les autres à cheval, nous sortons par une porte au nordouest. La ville est entourée de fortifications construites à l’imitation de celles de Paris. Elles sont en terre gâchée, comme les maïsons, et les remblais fondent sous les pluies et comblent les fossés. Ces remparts sont percés de douze portes ornées de faïences, à peu près semblables.

Une belle route, droite et bien alignée, en bon état, sans doute parce qu’elle est peu fréquentée, conduit à un monticule, Tochan-Tepeh (colline

du lièvre), sur lequel le shah a fait construire un petit pavillon. Il y vient

souvent passer l’après-midi avec quelques femmes et sa suite. Au bas de

la colline, un grand jardin planté de beaux arbres, ccupé de ruisseaux, orné de bassins et qui renferme une ménagerie superbe de lions et de tigres. Le shah y avait autrefois un rhinocéros qu’il aimait et auquel il avait fait une rente de six mille francs. À la mort de l’animal, plusieurs personnages briguèrent sa pension; car ici les pensions passent sur une autre tête à la mort du titulaire et ne sont pas retirées du budget; Les méchantes langues prétendent même que les fortes pensions hâtent la fin des titulaires. Celle du rhinocéros passa sur la tête d’un chat, au grand désespoir des compétiteurs.

Nous allions arriver au pavillon, but de notre promenade, quand nous vîimes, près d’un ruisseau, une vingtaine de cavaliers lavant leur linge, apporté par leurs femmes dans de grandes corbeilles. L’un d’eux

1. Le taux légal de l’escompte est de 12 °/,, payable 1 °/, par mois. L’usure ne commence qu’à 70 °/, et 80 0. |

était de faction, un autre gardait les chevaux. C’était la garde du shah, s’occupant pendant le repos du maître. Le shah était dans son pavillon: nous devions donc renoncer à le visiter.

Tournant bride, nous nous dirigeons vers un autre pavillon nommé Echeret-Abad (palais du plaisir). Le jardin, comme tous les autres, est composé de deux allées principales en croix; au milieu de chaque allée, un ruisseau encaissé dans un long canal de pierres. Au bout de l’allée principale se trouve un grand bassin rond, autour duquel sont rangées douze maisonnettes semblables, pour les femmes du shah; deux maisonnettes à gauche, en retour, pour les eunuques; à droite, un pavillon à trois étages pour le roi. Le pavillon royal se compose, à chaque étage, d’une pièce ; il est surmonté d’un belvédère flanqué de deux terrasses, et dont le toit est soutenu par des colonnes. Le rez-de-chaussée et le deuxième sont meublés à l’européenne, tendus de papiers peints. Le premier étage est une merveille de l’art persan, un véritable bijou. Sur les murs, recouverts de glaces, sont appliqués des dessins de plâtre de la pâte la plus fine, simulant de riches dentelles. Le plafond et les angles, formés de petits morceaux de verres disposés en coupoles à facettes (Medias-najanras), augmentent encore l'effet par l’éclat de leur miroitement, Un lustre en verre de Venise dépare un peu la pièce. Toutefois, le soir, à la lumière, les mille feux reflétés des bougies donnent à cette chambre l’aspect des palais de diamants imaginés par les poètes des Mille et une nuits. En sortant, le jardinier nous apporte un bouquet.

De là, nous nous dirigeons vers une autre résidence du shah, le Kasr-Kadjar. Celle-ci est plus grande et plus majestueuse; l’habitation est un véritable château construit en pierres et en briques; plusieurs ornements et faïences rappellent l'architecture arabe. Le jardin est en pente, sur le flanc d’une colline; il s’étend au pied du château, d’où l’on domine l’immense plaine de Téhéran jusqu'aux ruines de Raï (Rhagès). Le roi possède plusieurs autres châteaux, où il demeure plus volontiers qu’à Téhéran : Sultanet-abad, dont il fait sa résidence d’été; Nedjef-abad, Daoudieh, Nioberan.

La campagne du nord de Téhéran, dans laquelle sont situés ces palais, se nomme le Skimram. Arrosée par de nombreux torrents, la végétation y est plus belle; les arbres y poussent vigoureusement, et le séjour en été y est fort agréable. Les ambassades européennes s’y transportent pendant les chaleurs d’été, insupportables à Téhéran. Le shah a donné à

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