‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 187 sur 210 · DU 21 NOVEMBRE AU 3 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DU 21 NOVEMBRE AU 3 DÉCEMBRE

De Téhéran à Kaswin. — Kaswin. — Mazerah. — Le col de Kharzan. — Patchinar, — Le Shahroud, — Mendjil. — Les oliviers. — Le Sefid-roud, — Le pont de Mendjil. — Rustemabad. — Le Ghilan. — Les marécages. — Koudoum. — Les Ghilanis. — Rescht. — M, Vlassow. — Climatologie du Ghilan. — Rôle de la Caspienne. — Ressemblance du pays avec le Japon. — Départ de Rescht, — Piri-bazar, — Le Mourd-ab. — Enzéli, — Départ d’Enzéli.

À quatre heures, nos deux voitures sont devant la porte de l’hôtel, un fourgon pour nos bagages et une tarantass russe pour nous. M. Lemaire et M. de Vauvilliers ont tenu à assister à notre départ. M®° Prévot, malgré sa voix aigre et son mauvais caractère, nous présente une note d’amie plutôt que d’hôtesse.

Entre Téhéran et Kaswin, 11 y a six stations, six relais ; chaque station, de vingt-quatre kilomètres, se parcourt en deux heures; mais, à

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chaque relais, on perd une heure à atteler et dételer les voitures. On est trop secoué pour dormir; les étapes se succèdent uniformes et sans incident.

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Nous avons passé la nuit en route. A sept heures et demie, cinquième et dernier relais; le soleil se lève, il nous réchauffe et nous rend toute la force et l’entrain que le froid de la nuit nous enlevait. Nous rencontrons un Autrichien qui arrive de Rescht. Il a eu dans le Ghilan un temps épouvantable; pendant huit jours, une pluie torrentielle; les chemins sont défoncés, et il nous prédit peu d’agrément.

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À peu près à mi-chemin de la dernière station, le cheval du milieu de notre attelage, effrayé, prend le mors aux dents et s’emballe. Hamelin, le conducteur et moi, nous tirons si vigoureusement sur les guides qu'elles cassent; les chevaux partent de plus belle. L’arceau de bois tombe sur le dos du cheval du milieu et retombe sur lui à chaque temps de galop; 1l s’aflole. Heureusement, se jetant sur le côté de la route, les chevaux entraînent la voiture dans le fossé, où elle verse. Nous nous relevons couverts de poussière et de boue, mais sans aucun mal. Nous raJustons à peu près l’attelage déjà malade, et nous nous remettons en route.

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À neuf heures et demie, nous entrons dans Xaswin par une porte recouverte de faïences et semblable à celles de Téhéran. Une longue et large allée bien droite, faisant suite à la route, nous conduit à la maison de poste, grande construction que l’on prendrait pour un Casino.

Notre intention n’est pas de nous y arrêter. Puisque les voitures ne vont pas plus loin, nous demandons des chevaux de poste pour continuer notre route en tchapar. A onze heures et demie, nous sortons du tchaparkhaneh et chevauchons dans une grande allée bordée de grands arbres qui conduit au bazar. La ville est située au milieu d’une plaine; tout autour, des champs cultivés et des vignes qui donnent un vin assez renommé. À deux heures, nous passons au petit village fortifié d’Agkbaba, dont les remparts et les murailles en terre sont ruinés. À partir de là commence la pente accidentée de la chaîne de l’Elbrouz, qui sépare le Ghilan et le Mazandéran du reste de la Perse; des ruisseaux et de longs vallonnements rendent la marche plus pénible. A quatre heures, nous

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LE GHILAN. 423

sommes à Mazerah, situé sur la source du principal affluent de l’Abhartchaï. C’est un pauvre et misérable hameau de quelques maisons, plus le tchaparkhaneh ; de même que Mianeh, il est renommé pour ses terribles punaises (anas persica), dont la morsure est des plus dangereuses 1, Voici plus de vingt-quatre heures que nous cheminons sans nous arrêter et sans dormir. Le col de Xharzan est réputé pour son passage difficile. Le ciel se couvre de nuages, la nuit tombe rapidement, et nous

CARAVANSERAÏ DE PATCHINAR.

nous enfonçons de plus en plus dans les montagnes. À mesure que nous montons, le brouillard s’épaissit; nous côtoyons des ravins dont il nous empêche de sonder la profondeur. Bientôt le vent souffle avec fureur et nous fouette au visage une pluie glaciale; c’est à peine si nous pouvons nous diriger; nous sommes transis, nous ne nous voyons pas les uns les autres. Enfin, au bout de trois quarts d'heure de ce pénible chemin, nous arrivons au Col.

Redescendant alors la montagne, nous sommes abrités de la tempête ; le brouillard seul reste aussi dense. Le bruit de nos pas est étouffé par la boue du terrain. Le calme est absolu; nous marchons dans un brouillard lumineux, diffasant les rayons de la lune, et où semblent se dessiner de grandes ombres. Nous ne distinguons ni le ravin, ni le ruis-

1. Le docteur Tholozan eut l’occasion d’étudier un cas dans lequel le malade avait tous les symptômes d’une violente fièvre typhoïde.

seau qui coule à côté de nous, et dont nous entendons le murmure.

| Me Mis dCi - ji à | À huit heures, nous arrivons au caravanseraï d’Zsmailabad, où nous | :

nous reposons quelques minutes. Le brouillard est maintenant au-dessus

de nous : nous sommes descendus de plus de cinq cents mètres. Nous repre-

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COL DE KARZAN.

nons notre route et descendons toujours. Le temps est beau maintenant. Nous longeons le versant sud (rive gauche) du Shah-roud, à mi-côte. La vallée est immense; en face de nous est le fameux pic de Takht-1-

nous suivons le flanc de la vallée, descendant

| Soleiman (Trône de Salomon), qui a près de cinq mille mètres. } ;

| Pendant deux heures |

doucement à travers des rochers; puis, après une descente très rapide,

nous apercevons Patchinar, à quelques centaines de mètres. Nous pas-

sons un ruisseau, affluent du Shah-roud, et frappons à la porte du tchaparkhaneh. Il est plein de voyageurs. Nous obtenons à grand’peine une

chambre où nous serons seuls. Nous venions de faire, sans nous arrêter,

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en trente heures, deux cent quatorze kilomètres, cent quarante-quatre en

voiture, suivis de soixante-dix à cheval.

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