‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 28 sur 210 · RUINES DE LA MOSQUEE BLEUE · texte numérisé non relu

RUINES DE LA MOSQUEE BLEUE

le souverain s’est fait des ennemis jusque dans les plus hauts personnages de sa cour.

Pour terminer et compléter cette digression sur les sectes reli-

1, Les scènes qui se passèrent jettent la honte sur tout le règne du souverain qui les a tolérées. Nassr-ed-dine s’est montré aussi cruel et aussi lâche qu’un souverain d’Asie peut l'être. («À chacun on donna son captif; à quelques-uns on en remit deux. Le premier ministre en reçut un, Il ne le fit pas torturer et donna l’ordre de le tuer d’un seul coup. Les mirzas ou employés des ministères en eurent deux; ils les firent taillader à coups de canifs et s’en mêlerent euxmêmes. Le grand écuyer Asadoullah-Khan en réclama deux. Il les fit ferrer aux pieds et aux mains et déchirer à coups de fouet. Chacun essaya de prouver son amour pour le souverain et son zèle par les inventions agréablement féroces dont son imagination put s’aviser. On vit s’avancer, entre les bourreaux, des femmes et des enfants les chairs ouvertes sur tout le corps, avec des mèches allumées flambantes fichées dans les blessures. On traïînait les victimes par des cordes et on les faisait marcher à coups de fouet. Enfants et femmes s’avançaient en chantant

un verset qui dit : « En vérité, nous venons de Dieu et nous retournons à lui ». Quelques

oo cg re mr ut qd Te

DE DJOULFA A TAURIS. 61 gieuses, 11 faut citer la secte importante des Guëèbres ou Yezidi, adorateurs du feu et sectateurs de la religion de Zoroastre ; relégués et chassés comme infidèles, 1ls se sont retirés dans l’est de la Perse, à Yezd, en Mésopotamie, près de Mardin, et dans l’Indoustan, principalement à Bombay, où 1ls conservent et entretiennent dans un temple le feu éternel rapporté de l’Iran lorsqu'ils en furent chassés. Dans l’Inde ils portent le nom de Parsis. Pour le moment, en Perse, c’est dans le district et dans la ville de Yezd seule qu'ils se montrent en masse et se livrent à l’exercice de leur culte. À Taft, non loin de Yezd, il existe encore un temple du Feu: mais les prêtres n’osent allumer le feu sacré en grande pompe, à l’aide d’une lentille, comme ïls faisaient autrefois. Ils n’enterrent pas leurs morts, mais les exposent dans de grandes tours à ciel ouvert nommées dakhmeh (tour du silence), où les oiseaux de proie viennent les dévorer.

Un matin, avec M. Malpertuy, nous faisons une promenade dans la ville. Nous passons par les bazars fort animés et bien approvisionnés. M. Malpertuy nous présente à M. Stievens, banquier anglais, en bons rapports avec nos autorités et qui veut bien, sur la recommandation de ces messieurs, accepter nos traites sur nos banquiers de Paris. Nous n’avons pas voulu aller à cheval, pour mieux nous mêler à la foule et en étudier plus facilement les mœurs.

Prenez garde à tous ceux qui portent un turban, une ceinture ou quoi que ce soit de vert; ils sont descendants du Prophète, et, mendiants ou princes, ils sont aimés et respectés, mais nullement respectables; si vous avez le malheur de les froisser, vous pouvez vous attirer une affaire désagréable.

En sortant de chez M. $tievens, nous allons visiter la mosquée bleue (Yeuth Musjid) construite par Shah Jehan, fils de Gean Gir en 1670. Ce ne sont plus, hélas! que des ruines ; démolie pièce à pièce par les enfants expirèrent dans le trajet. Les bourreaux jetèrent leurs corps sous les pieds de leurs peres et de leurs frères qui marchèrent fièrement dessus et ne leur donnèrent pas deux regards. Quand on arriva au lieu d'exécution, près de la porte neuve, on proposa aux victimes la vie pour leur abjuration, et, ce qui semblait difficile, on trouva même à leur appliquer des moyens d'intimidation. Enfin, tout fut achevé; la nuit tomba sur un amas de chairs informes ; les têtes étaient attachées en paquets au poteau de justice, et les chiens des faubourgs se dirigeaient par troupes de ce côté. Cette journée donna au Bab plus de partisans secrets que bien des prédications n'auraient pu faire, » (De Gobineau : Philosophies et Religions de l'Asie centrale.)

Actuellement, les Babis sont au nombre de plus de douze mille, disséminés dans toute la Perse ; le chef principal réside à Saint-Jean-d’Acre, d’autres chefs sont à Bagdad et en Perse ;

cette secte est tranquille, grâce à la politique du shah; le jour où ils seraient maltraités, les

Babis se lèveraient comme un seul homme et pourraient changer la face des choses en Perse.

ai musulmans eux-mêmes, qui en ont vendu les morceaux, la mosquée est tellement délabrée qu’il est dangereux d'y pénétrer ; une barricade en Hal planches en ferme l’entrée. Que de beautés dans les faïences épargnées

par ces rustres ignorants ! Les dessins se détachent en blanc sur un fond

Page 1