‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 32 sur 210 · LL PE TE DRE · texte numérisé non relu

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tout à fait insoumises et ne vivent guère que de rapines et de brigandages. )

Da consulat de Turquie, nous nous rendons au consulat d’Angleterre. M. Abbott n’est pas chez lui; mais, de retour au consulat, nous le trouvons avec M Abbott et Me K$tievens, la femme du banquier, faisant visite à M'° Bernay. Ces dames, les seules Européennes de Tauris, malgré leur vie austère, sont fort gaies et ne se plaignent pas trop. Nous attendons, en causant, l’heure du diner. Chez l’effendi, nous avons rencontré un Arménien qui traversait la mer Noire par le même bateau que nous, mais qui s'était rendu directement à Tauris sans s'arrêter à Batoum et à Tiflis. Il lui est arrivé, il y a deux ans, un accident fort bizarre. Frappé dans un guet-apens, il reçut à la tête un coup de poignard qui lui défonça le crâne et attaqua le cerveau. Pendant sa maladie, il oublia totalement sa langue natale, l’arménien ; 1l ne se souvint d’abord que du français, qu’il ne savait que fort peu. Aujourd'hui il est à peu près remis ; sa parole est encore très embarrassée, et le souvenir de la langue de son pays ne lui revient que peu à peu.

Tous les matins, à huit heures, nous sommes réveillés par un bruit étrange, semblable au beuglement d'une vache, mais régulier et uniforme, qui se fait entendre pendant plus d’un quart d'heure. C’est Le son

d’une longue trompette en terre, dans laquelle souftle, à force poumons, le directeur des bains, pour annoncer au public que l’eau est chaude et l'établissement ouvert. Rien n’est plus sale qu'un bain persan. Qu'on s’imagine une grande piscine carrée, de huit à dix mètres de côté, et chauffée par en dessous, dans laquelle chacun vient se plonger. Comme l’eau est rare en Perse, celle de la piscine n’est pas changée tous les jours. Une espèce de croûte nage à la surface. Les habitants se plongent avec délices dans cette eau fétide, où ils contractent les maladies les plus dégoûtantes. Les Européens n'ont pas le droit d’y entrer, ils souilleraient plus l’eau que le dernier des pestiférés. Ils ne sont pas même admis dans l’établissement.

Chaque jour, nous nous promenons dans la ville. Aujourd’hui, nous voyons les soldats d’un-corps de garde, pour occuper leurs loisirs, tuer un mouton et le dépecer en pleine rue. Le métier de boucher a beaucoup

d’attrait pour les soldats. Les hommes de garde se réunissent pour

“acheter un mouton ou deux, et, entre deux tours de faction, le tuent.

l’écorchent et le découpent ; ils suspendent ensuite sisgots et côtelettes : Oo OO

DE DJOULFA A TAURIS. 65

aux baïonnettes des faisceaux et débitent la viande aux passants. Pour eux, ils se contentent de la tête et des pieds bouillis dans du riz. Nous avons déjà vu l'officier turc tricotant des bas ou des chaussettes de laine; l’art de la guerre n’est pas suffisant, paraît-il, en Orient, pour occuper le soldat.

Dans l’après-midi, nous allons, avec M. Bernay, faire visite au Saed-el-Mouk, délégué des affaires étrangères, et lui demander de nous

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