SALON D'UN PRINCE PERSAN
procurer une entrevue avec le fils du shah, gouverneur de Tauris et de
tout l’Azerbeidjan. Nous partons à cheval avec six soldats, véritables
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caricatures dans leur accoutrement grotesque ; trois seulement ont une
tunique, effrangée, sans boutons, déchirée et pleine de taches ; aucune
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n’est de même nuance que les autres ; en sautoir, ils portent un baudrier
blanc, deux seulement possèdent une baïonnette ; chacun est armé d’un
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bâton, qu'il porte comme un officier son sabre, pour écarter la foule et nous faire place dans les bazars. Le ministre est très aimable ; M. Bernay a su si bien se faire apprécier de tous, qu’on reporte sur ceux qu’il présente les sympathies qu’il à inspirées ; chez le délégué se trouve aussi Mirza-Aly-Akber-Khan, maître des cérémonies, et le général Kouly- Khan, aide de camp. La conversation, toute de formules de politesse
exagérées, est entrecoupée de longs silences à la facon orientale, Nous sommes assis à l'ombre, sur une fraîche terrasse ; on nous apporte du thé, du café, des sirops, cérémonial obligé qu'il faut subir, car refuser serait une impertinence. Saed-el-Mouk nous annonce que notre demande sera d'autant plus volontiers accueillie que le Velyed, ayant appris l’arrivée des deux Français à Tauris, avait témoigné le désir de les connaître. Au bout d’un quart d’heure, nous prenons congé et nous revenons au consulat par des rues tortueuses et toutes semblables, qui rendent l’orientation difficile pour un étranger.
Après le dîner, on cause et on fume. M. Bernay nous récite quelques poésies persanes, dont il nous donne ensuite la traduction. A onze heures, on se quitte ; nous commençons à être reposés de nos premières
fatigues. Dans deux jours, nous nous remettrons en route.
9 septembre.
Nous préparons notre habit; c’est à dix heures que le Velyed
Mozaffer-ed-dine-Mirza ‘ doit nous recevoir. À neuf heures et demie, nous
sommes tout prêts, en habit noir, cravate blanche, avec des galoches par-dessus nos souliers, car il faut au moins faire le simulacre de se
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déchausser en entrant chez le prince héritier. Nous montons à cheval | dans ce bizarre accoutrement, précédés de l’escorte d’hier, augmentée a de quatre cawas du consulat, un peu plus proprement vêtus. Nous trap AE versons les bazars et arrivons au palais. Nous entrons dans une grande je cour au milieu de laquelle on voit un bassin; nous allons à l’autre
extrémité de la cour et descendons de cheval. Le corps de garde se lève.
On nous fait entrer dans une petite chambre blanchie à la chaux. Pour tout mobilier, un tapis par terre ; on nous apporte trois chaises. Mirzal}) Aly-Aber-Khan vient nous recevoir avec le général Kouly-Khan, dont qi nous avons fait la connaissance hier chez Saed-el-Mouk. Nous attendons Jan une demi-heure, pendant laquelle on nous apporte le kalian”, le thé et ll le café ; puis on vient nous annoncer que S. À. Mozaffer-ed-dine-Mirza
est prête à nous recevoir. Nous traversons une cour, puis un couloir, puis
1. Le mot mirza signifie homme lettré lorsqu'il précède le nom; si, au contraire, il le suit, il signifie prince.
all - À 9, Le kalian est la pipe que l’on offre à ceux que l’on reçoit. On la passe à la ronde; chacun fume une bouffée, L’embouchure, en ambre et très grosse, s’appuie simplement sur les lèvres
| 1 et ne s’introduit pas dans la bouche comme celle des pipes européennes.
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