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noyers; le sol est très bon, le chemin est presque carrossable; du reste, nous rencontrons de gros véhicules, espèces de haquets en bois à peine dégrossis à la hache et dont les paysans se servent pour transporter les récoltes.
Les poteaux télégraphiques de la ligne qui joint Ourmiah à Tauris, en passant par Diliman et Khoï, sont plantés au milieu de la route,
sans aucun souci de l’incommodité; en plusieurs endroits Île poteau est
OURMIAH (vu de la maison des Lazaristes ).
cassé et le fil traîne par terre; souvent l’isolateur cassé est remplacé par un clou.
À cinq heures, le soleil commence à baisser et nous voyons enfin Ourmiah au bout d’une longue plaine.
Ourmiah est une ville fortifiée, qui eut autrefois une grande 1mMportance dont elle est complètement déchue; elle fut, dit-on, le lieu de naissance de Zoroastre; aujourd’hui, elle ne compte plus qu'une population de vingt à trente mille âmes. Les fortifications existent encore à demi détruites, les portes seules en briques résistent à peu près, les fossés profonds qui entourent les murs de terre crénelés se comblent lentement et en plusieurs endroits contiennent de l’eau marécageuse. Nous arri-
vons à la porte nord; mais, au lieu d’entrer, nous contournons les fortifi-
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DE TAURIS A OURMIAH. 89
cations pour pénétrer-par la porte ouest et nous trouver de suite dans le quartier chrétien. Nous nous dirigeons ainsi vers la maison des Lazaristes auxquels nous demandons l'hospitalité. Ces messieurs nous offrent deux bonnes chambres meublées à l’européenne. Dans leur empressement à recevoir leurs compatriotes, les Révérends Pères ont été exploités il y à quelques mois par un chevalier d’industrie qui, sous le nom de M. Defournoux, une rosette à la boutonnière, muni de cartes de visite sur lesquelles il prenait le titre de docteur, voyageait en Asie Mineure et en Perse, faisant partoat des dupes. Il finit par être arrêté et est maintenant en prison à Téhéran, sous la surveillance de la légation.
Je suis un peu étonné tout d’abord de ne trouver aucune nouvelle d'Europe dans cette ville; mais le télégraphe, si primitivement établi, ainsi que nous l’avons vu tout à l'heure, est tenu par des employés ne parlant pas le français; il faudrait donc que les dépêches, traduites une première fois en persan, fussent traduites de nouveau en français à l’arrivée; après toutes ces traductions, les dépêches deviendraient fausses où inintellicibles.
Les Lazaristes sont les seuls Européens de la ville. IL y a bien un autre Français, absent pour le moment, qui habite Ourmiah où il remplit, à mon étonnement, les fonctions de vice-consul de Turquie. Il était venu autrefois dans ces régions pour faire le commerce des loupes ; les noyers qui poussent en grand nombre en ont de fort belles qui sont expédiées en Europe. Les grandes maisons d’ébénisterie de Paris ont souvent envoyé des voyageurs en Arménie, surtout dans le nord-ouest du lac de Van, pour faire des achats ; les loupes sont débitées sur place et transportées à dos de chameau. M. Reynard, après avoir longtemps vécu dans le pays, à fini par s’y établir; il s’entend, paraît-il, assez bien en affaires pour n'être pas trompé même par un Arménien. :
Après avoir fait un peu de toilette, nous descendons au réfectoire où les Lazaristes nous attendent ; ils ont bien voulu retarder leur dîner
pour causer avec nous.
15 septembre.
Notre première visite est pour les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, qui ont un établissement en face des Pères. La supérieure à dirigé pen-
dant longtemps un orphelinat situé rue de Monceaux, à Paris, et
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connaît très bien ma mère; la visite est doublement agréable. On ne saurait croire tous les prodiges de patience et de dévouement qu’elles ont dû faire pour accroître la prospérité de l’établissement dans un pays si hostile à tout ce qui est chrétien. Prodiguant leurs soins sans distinction aux musulmans et aux chrétiens, se dévouant sans réserves
dans les épidémies, les bonnes sœurs ont su s’attirer la sympathie de
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