‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 39 sur 210 · CAVALIERS KURDES · texte numérisé non relu

CAVALIERS KURDES

blent le fossé. Il n’y a pas de plus grande ville à soixante kilomètres à

la ronde, les rues et les bazars sont fort animés; le nombre des habi-

tants, musulmans , arméniens, chaldéens et juifs, est de plus de vingt mille.

Nous traversons à grand’peine la place du marché pleine de monde,

et, suivant les bazars, nous atteignons le caravanseraï, où se trouve la

poste. Nous demandons des chevaux; il n’y en a pas; c’est aujourd’hui le

- — = > Ext me ere re © A or ne : = = en RE EE TE

be |

DE TAURIS A OURMIAH. 83

seul Jour de courrier de la semaine et tous les chevaux sont en route. Néanmoins, en montrant la lettre que m'avait remise le Velyed, le maître de poste devient plus aimable et nous promet de nous en procurer; il va en demander au bazar. En attendant, nous nous installons du côté de l'ombre dans une des petites chambres qui entourent le caravanseraï.

Un caravanseraï est un grand bâtiment carré avec une seule porte et sans fenêtres extérieures; une grande cour carrée à l’intérieur et tout

ARRIVÉE A DILIMAN.

autour, comme creusées dans l'épaisseur d’un mur énorme, des cases à un mètre du sol, larges d’environ deux mètres, profondes de quatre et hautes de trois. Tous les caravanseraïs sont à peu près pareils ; quelquesuns Ont un étage; les chambres du premier ferment avec des portes ; les voyageurs, qui emportent tout avec eux : lits, cuisine, etc, se logent dans une de ces niches où ils se trouvent aussi confortablement que nous dans nos meilleurs hôtels européens ; les animaux sont parqués dans la cour attachés à un piquet.

Nous nous apprêtons à déjeuner. Yovan nous fait une omelette: Gérôme, en apportant le vin, nous annonce d’un air surpris que /& loutre

file, et je crois m’apercevoir que ce qui manque n’a pas été perdu pour

tout le monde. Dans la cour brûlante les animaux, énervés par la chaleur et les mouches, tantôt par colère et tantôt par tendresse, se mordent et se bousculent; un homme court de l’un à l’autre avec un énorme 2ourdin. À deux heures, on vient nous annoncer que les chevaux que nous avons demandés viennent d’arriver ; aussitôt nous faisons seller et bâter.

On nous regarde comme des phénomènes, il faut fermer la porte pour que le caravanserai ne soit pas envahi par la foule. En partant, nous traversons une partie de la ville qu'arrose un ruisseau; on sort des remparts par une porte, qu'il serait, je crois, impossible de fermer tant le bois en est vermoulu.

Nous nous dirigeons au sud-est à travers une grande plaine qui termine la vallée de Salmas; puis, traversant une gorge, nous nous en£ageons au milieu d’une vallée étroite; nous rencontrons de nombreuses caravanes de chameaux.

La vallée va en se resserrant à mesure que nous MmOntOns ; les montagnes, qui bornent le versant gauche de la vallée, sont singulièrement découpées, et le soleil couchant augmente l’étrangeté de l'effet. La vallée devient une véritable gorge escarpée, et le passage est, paraît-1l, dange-

reux, Car On à Jugé à propos d'établir à l’entrée un poste de soldats

chargés d'accompagner les voyageurs. L’officier qui commande ce poste, pour nous faire honneur, fait sortir tout son monde : six hommes équipés de la facon la plus différente et la plus piteuse; avec quarante sous J'en fais le plus heureux des mortels.

[1 fait nuit ; la lune, dans son premier quartier, éclaire mal la route. Nous arrivons au col après une demi-heure dans un défilé sauvage ; nous sommes à une petite heure du village Issi-Sou (eaux chaudes), ainsi nommé à canse de ses eaux thermales qui œuérissent les maladies de peau et sont fort réputées. Je ne pensais pas nécessaire de prendre des soldats; malgré cela, pour l’acquit de ma conscience, J'en demandai deux, cédant aux instances de Gérôme qui insistait beaucoup, tant par poltronnerie que par désir de partager le bakchich. Ils nous furent d’ailleurs complètement inutiles; chacun d'eux prétendait indiquer le meilleur chemin, et j'ai vu lé moment où notre caravane allait être divisée.

La descente n’est guère plus commode que la montée; après bien des péripéties, des chutes, des passages où nous nous laissons guider par l'instinct de nos montures, nous arrivons à Guiavilen, petit village de

Chaldéens catholiques. Le prêtre parle un peu français; nous lui deman-

nn = RL LE ET SE

DE TAURIS A OURMIAH. 85

dons l’hospitalité et il nous accueille d’une facon très aimable. Nous sommes tout étonnés de l’entendre parler de sa femme et de ses enfants. Nous causons un peu avec ce brave curé qui ne nous dissimule pas toutes les difficultés contre lesquelles il a eu à lutter : les persécutions constantes des musulmans d’abord, qui ne reculent devant rien pour vexer les chrétiens ; puis il a eu à subir l’incursion des Kurdes en 1883, qui ont pillé, dévasté et brûlé tout le village; il n’y a guère qu'un an que les habitants sont à peu près tranquilles, depuis que les Persans ont enfin mis sur pied le nombre de troupes nécessaires pour repousser les Kurdes.

14 septemore.

Vers sept heures, quand nous nous préparons à monter à cheval, tout le village est sur la petite place pour nous voir partir. Le maître de poste exagère le prix de ses chevaux de deux farstacks ! par cheval; comme nous avons sept chevaux, la différence est assez importante; il soutient d’abord que le gouvernement a augmenté la distance mal estimée: Je le préviens que je le réglerai chez le gouverneur à Ourmiah, et comme il sait que J'ai une lettre de recommandation, il se garde d’insister, Nous quittons le village à huit heures; en moins d’un quart d'heure, nous avons gagné le lac; nous le côtoyons pendant quelques minutes, dans une grande plaine herbeuse où sont campés des nomades qui font paître leurs troupeaux; puis ces belles prairies cessent tout à coup, et nous traversons un large espace desséché du lac; le sable brûlant est couvert de sel cristallisé qui reflète les rayons du soleil, vous aveugle et grille le visage et les mains; pas un souffle d’air, la chaleur du soleil est écrasante. L'étape est heureusement courte; à onze heures et demie, nous sommes au hameau de Xermahbagh. Nous déjeunons à l'ombre d’un poirier dans un verger qui nous rappelle un coin de Normandie,

La première partie de l’étape suivante seule est dure: à mi-chemin nous rencontrons une véritable route bordée d’arbres, avec des ruisseaux artificiels de chaque côté; les grenouilles et les tortues y pullulent. Nous traversons le Nazlou-tchaï desséché, sur un pont de pierres en fort mauvais état; puis la route continue bordée de saules, de peupliers et de

1. J'ai déjà dit que les chevaux de poste se payaient tant par farstack et par cheval.

Em mme + meme à AR

. —— ue

ms . ere ee

Page 1