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D'OURMIAH A VAN. 107
qui est forgeron, nous offre le hangar de sa forge pour passer la nuit; le brave homme est fort obligeant, il fait nettoyer le hangar par ses filles et étendre des tapis de feutre par terre ; avec deux planches, nous faisons une table, nos lits nous servent de chaïses et nous dînons avec du lait et des fruits. Cinquante personnes nous regardent par la porte; les habitants sont surtout étonnés de nous voir faire notre toilette ; c’est à qui tiendra la bougie pendant que nous dînons et que nous écrivons.
Quelle différence entre ces deux races qui vivent côte à côte! Comme l’air doux et bon de ces pauvres agriculteurs à peu près sauvages contraste avec l’air dur et fier des Kurdes qui élèvent bien quelques troupeaux, mails vivent surtout de rapines!! Nous couchons presque dehors, car le hangar n’a pas de porte et le toit, percé d’un trou immense par lequel s’échappe la fumée de la forge, nous abrite bien peu. A droite et à gauche nous découvrons par terre des traces de scorpions et d’autres bêtes du même genre, mais enfin nous sommes entre quatre murs,
suffisamment protégés pour dormir tranquillement.
18 septembre.
La nuit a été très fraîche encore. À quatre heures et demie, nous faisons lever tout notre monde. À six heures, nous nous mettons en route. Sachant par expérience combien nos hommes connaissent peu le chemin que nous devons suivre, je demande à notre hôte s’il n’y a pas dans le village quelqu'un qui pourrait nous guider jusqu’à Bashkalah ; dix individus se présentent.
Nous voici tout prêts à partir; le cuisinier seul reste en retard comme toujours parce qu’il à à ranger ses ustensiles ; Je laisse une petite somme à notre hôte pour le dédommager du dérangement que nous lui avons causé et fais cadeau à chacune de ses filles d’une paire de ciseaux qui les met au comble de la joie.
Au moment de partir, le maître de la maison vient me demander une consultation pour son enfant qui est malade. Il m'a pris pour un médecin. J’ai beau lui répéter qu’il se trompe, il ne veut pas me croire et je suis bon gré mal gré obligé, pour lui être agréable, de faire exercice illégal de la médecine ; le pis, c’est qu’il faut ordonner quelque chose, ou
1. Je parle ici des Kurdes du Nord, car les Kurdes du Sud, du Kurdistan persan, sont aussi
doux et hospitaliers que leurs frères du Nord sont méchants et pillards.
il ne sera pas content. Son enfant a le pied fort malade, très enflé, fort sensible, Je lui conseille de mettre des cataplasmes de farine et de
feuilles de noyer et de laver à l’eau salée chaque fois qu’il changera le
cataplasme. Si son enfant se guérit, c’est bien Dieu qu’il devra remercier. Nous reprenons la route que nous avons parcourue hier soir, puisqu'il faut revenir à Berdick. |
Chemin faisant, un aigle vient se percher sur une pierre, je l’ajuste
et je Le tue. Ce coup heureux fit une bonne impression sur nos hommes ;
ils voyaient que nos armes étaient bonnes et que nous savions nous en
servir. Ohez les Kurdes, grands amateurs d’armes, celui qui est bien armé est toujours considéré ; les armes seront toujours la première chose qu'ils chercheront à voler. Nous arrivons à Berdick, nous passons sans qu’on nous dise rien. Laïssant la caravane marcher en avant, Je m’arrête avec Hamelin pour prendre deux vues des gorges. À l’entrée de Berdick
se trouvent les ruines d’une petite maison carrée en pierres noires et
blanches solidement construite avec des meurtrières ; c'était la mosquée
qui, en cas d’invasion, servait de fort ; il y avait des caves où l’on renfer-
mait des provisions et où les femmes et les enfants trouvaient un abri.
Depuis les dernières démonstrations que la Perse et la Turquie ont dû faire pour mettre les Kurdes à la raison, ces petits forts ont été démantelés. Cette mosquée avait commencé par être une église chrétienne ; elle avait été saccagée lors des guerres des Kurdes contre les chrétiens, puis
elle était devenue mosquée.
La route devient des plus pittoresques ; nous suivons par un sentier à peine tracé le bord du torrent qui coule dans ce ravin ; nous sommes au bas d’une gorge escarpée, bordée de rochers immenses. À mesure qu'on avance, le ravin se resserre et les sinuosités de la route au milieu de ces montagnes si élevées donnent à chaque tournant un point de vue plus IN prévu,
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Tout à coup, au haut d’un pic en apparence inaccessible, nous
voyons les ruines d’un superbe château fort, fièrement campé comme un
nid d’aigle. Un pareil travail révèle la nature de ceux qui osaient le con-
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cevoir. Il ne ressemble pas à ces châteaux des bords du Rhin où la ver-
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dure des arbres vient adoucir l’âpreté sauvage des lieux ; c’est au milieu
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d’un chaos de rochers, là où la nature est la plus ingrate et la plus
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désolée, que ce château est placé. On en rencontre beaucoup de ce genre
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dans les montagnes du Kurdistan. Ils étaient habités par des chefs de
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