DANS LE BAZAR DE VAN
vent le patriarche arménien, le consul d'Angleterre M. Lamb, le Père Duplan, le secrétaire du consul Hamelin et moi. À nous sept, nous remarquons que nous savons douze langues : français, allemand, anglais, russe, espagnol, grec, arabe, ture, arménien, persan, kurde ct chaldéen ; nous parlons le français tout le temps.
Le consul d'Angleterre, je ne sais pourquoi, n’ouvrit pas la bouche ; M. Kolubakine fut des plus aimables. Il était au Turkestan et avait habité quelque temps à Khiwa comme consul. Il avait fait connaissance avec le baron Benoît Méchin, lorsque ce dernier traversait la Chine. Le consul a rapporté de ses voyages plusieurs choses fort curieuses et veut bien me faire présent d’une broderie arménienne d’an travail fort rare maintenant.
La conversation roule en partie sur la faiblesse du gouvernement turc,
sur l'ignorance et la méfiance des fonctionnaires, depuis le plus petit employé Jusqu'au sultan.
À onze heures, nous revenons à la mission ; faisant chambre noire, nous préparons nos châssis pour prendre des vues de la forteresse. Le consul de Russie nous a conseillé de ne pas nous montrer, on ne nous
laisserait pas faire.
23 septembre.
Nous avons pris nos précautions et combiné nos mouvements avec Hamelin ; 1l nous faut juste sept minutes pour enlever l’appareil du dos du porteur, le monter, prendre la vue, le démonter et le remettre sur le dos de l’homme. Pourtant la foule a le temps de venir; les hommes et les gamins semblent sortir de terre. Nous sommes seuls en arrivant sur la place; en repartant nous sommes entourés de vingt personnes qui ne paraissent nullement sympathiques. Nous rentrons après avoir pris la forteresse sous six aspects différents.
Après le déjeuner nous nous reposons jusqu’à deux heures, puis nous montons à cheval pour aller visiter l’emplacement des fouilles de Toprab-Khaleh. Elles se bornent à la mise au jour des ruines d'une ancienne forteresse en briques (foprak, brique, khaleh, fort) située sur le haut d’une colline, à trois kilomètres nord-ouest de Van. Pour s’y rendre on traverse les jardins et on se trouve au bas de la colline que l’on monte en trois quarts d’heure. Du haut de ce monticule on jouit d’une magnifique vue sur la ville et le lac. Il reste fort peu de chose des ruines ; c’est à peine si des tronçons de murs indiquent la disposition des pièces.
L'endroit par lequel nous entrons (côté nord) devait être la partie importante, c’est du moins la mieux conservée. En avançant, nous voyons de grandes amphores à moitié erisevelies, et des débris calcinés de bois, d'os et de terre ; on dirait les restes d’un immense incendie. Sur la pointe du rocher nous remarquons extérieurement des gradins immenses, formant un gigantesque escalier ; nous le descendons, entrons par un trou dans le rocher même, et arrivons par un escalier intérieur, taillé dans le roc, à une grande salle creusée dans le rocher. Les parois sont ondulées de petites vagues qui paraissent formées par le travail
régulier d’une machine excavatrice.
Quelques débris de vases et de poteries gisent encore par terre ; mais je doute qu’il y ait encore de grandes curiosités à découvrir, à moins, toutefois, qu’on ne donne une beaucoup plus orande extension aux fouilles et qu’on n’arrive par des souterrains secrets à d’autres chambres.
Dans notre promenade nous rencontrons le consul anglais. Est-ce une simple coïncidence, ou bien a-t-il appris notre visite aux fouilles et est-il venu pour nous surveiller?
A cinq heures, nous remontons à cheval et rentrons par le même
LA MAISON DES DOMINICAINS (vue de leur jardin).
chemin. Nous passons devant la maison du consul russe; sa voiture, la seule de Van, qu’il a fait venir à grand'peine de Russie pour sa femme, est devant sa port e ; elle ne peut entrer dans sa remise.
Devant se procurer une voiture, M. Kolubakine fit construire par un entrepreneur ture une remise pour la loger ; obligé de s’absenter, il ne put surveiller les travaux ; l'entrepreneur, livré à lui-même, construisit une porte ridiculement petite par laquelle la voiture ne put jamais passer. M. Kolubakine fit voir à l'entrepreneur son erreur et le pria de refaire cet ouvrage manqué. L’entrepreneur s’y refusa, prétendant que le contrat disait bien qu’il devait bâtir une remise et une porte, mais qu'il ne disait
pas que la voiture devait passer par la porte. L'affaire fat soumise au
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PANORAMA DE VAN : LI Le ë : LE LAC, LES JARDINS, LA CITADELLE. (Vue prise de Toprah-Kaleh.)
Jugement du cadi, qui, devant cet argument, donna gain de cause à son subtil coreligionnaire,
Dans trois où quatre jours nous allons quitter Van; il faut, dès maintenant, commencer à nous occuper de notre caravane pour aller à Mossoul. Il n’est pas facile de trouver des individus qui voudront bien suivre l'itinéraire peu commode que nous avons décidé. Le Père Duplan
BUTTE DE TOPRAH-KALEH (vue de la terrasse des Dominicains).
nous conduit après le dîner chez un Arménien, nommé Papa Maggian, négociant, dont les Dominicains se servent comme intermédiaire dans leurs rapports d’affaires avec les habitants. Mielleux et obséquieux, il nous fait trop de promesses pour avoir l’intention de les tenir. A la mode turque, 1l nous offre du thé et du café.
Le consul d'Angleterre trouve moyen de lui faire aussi visite, juste
pendant les quelques minutes que nous passons chez lui. 24 septembre.
À six heures, après avoir écrit quelques lettres, Hamelin préférant
faire la grasse matinée, je monte seul jusqu’à la forteresse de Toprah
Khaleh, d’où je voudrais prendre quelques vues; l'ascension est dure, le soleil est brûlant et les rochers renvoient la chaleur.
Dans la journée nous nous occupons de la caravane ; personne ne se soucie de suivre notre itinéraire ; les caravandjis veulent prendre par la route de Saird et de Bitlis et ne tiennent pas à se risquer au milieu des tribus kurdes des environs de Djoulamerg.
Nous allons au télégraphe, fort étonnés de ne pas avoir de réponse à une dépêche envoyée depuis quatre jours plems, et nous terminons notre promenade en passant près du lac. Beaucoup plus profond que le lac d’Ourmiah, son eau est aussi moins salée ; 1l est situé à 1,650 mètres audessus du niveau de la mer; il ne contient qu’une sorte de poisson, que l’on ne peut pêcher qu'au printemps, car elle disparaît le reste de l’année ; c’est sans doute parce que ce poisson est d’une espèce d’eau douce et qu'il ne peut vivre dans le lac qu'aux mois d'avril et de mai, lorsque les torrents tributaires, gonflés par la fonte des neiges, répandent une couche d’eau douce sur l’eau salée du lac t.
Un des phénomènes des plus curieux, e’est que ce lac s'étend tous les ans et gagne sur le rivage, contrairement à tous les autres lacs d'Asie. Cet accroissement depuis plus d’un demi-siècle est devenu considérable ; toute la grande baie du nord-est n’était qu'une plaine marécageuse et des iles se sont formées qui n’étaient auparavant que des presqu'iles : Pile de Lim, de Gdoutz et la plus célèbre, Aghthamar, qui est maintenant à quatre kilomètres à l’intérieur du lac; la ville de Van elle-même a dû reculer devant l’envahissement des eaux. Les habitants prétendent que la ville a été autrefois complètement inondée par les débordements, que le lac s’est retiré et remonte lorsque les débouchés souterrains qui envoient le trop-plein aux aflluents du Tigre (le Bitlis-tchaï prend sa source à un kilomètre à peine de l’extrémité sud-ouest) s’engorgent.
L'ile d'Aghthamar est célèbre par le monastère de moines arméniens qui existe encore. L'église fat construite en 928 par le roi arménien Kagik. Les patriarches qui y demeuraient eurent une grande influence et plusieurs voulurent rivaliser avec Etchmiazin. On prétend qu'autrefois,
1. Strabon constate aussi le phénomène des poissons apparaissant principalement au moment des crues, mais il prétend que le Tigre traverse le lac de Van, que son courant se sent sur le lac, et qu'après l’avoir traversé, il s'engouffre à l'extrémité opposée pour reparaître un peu plus loin, chez les Gordyènes. Atapfet 0’ 6 Tiyoic Tv Owritiwy (nom ancien du lâc) xxhovp évrv Avr
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dans le couvent, siégeait une cour religieuse qui jugeait les moines coupables et leur infligeait des peines qu’on leur faisait subir dans une prison jointe au monastère.
Van est le centre de l’Arménie; elle pourrait en être considérée comme la capitale, 1?Arménie embrasse tout le Kurdistan turc: mais les Turcs, voyant avec déplaisir subsister le nom d’une puissance qui leur avait tenu tête si longtemps, ont englobé sous la désignation de Kurdistan tout le pays arménien, quoique les mœurs, le type et le costume des Arméniens fussent entièrement différents de ceux des Kurdes. La
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