‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 76 sur 210 · POISSON DU LAC DE VAN · texte numérisé non relu

POISSON DU LAC DE VAN

désignation de Kurdes ne doit, en réalité, s'appliquer qu'aux peuplades turques et persanes habitant la région montagneuse, courant du sud-est au nord-ouest, entre le 33° et le 40° de latitude nord, le 39° et le 460 de longitude est de Paris.

Hamelin et moi nous venons de prendre une grave décision : nous avons renvoyé Grérôme! Comme je lui reprochais sa négligence dans l’organisation de notre départ, il m’avait répondu qu’il n’était pas pressé et que nous partirions quand bon lui semblerait. Il se croyait sans doute | indispensable; au fond, j'étais enchanté qu’il me fournit un prétexte pour | le remercier; nous en étions fort mécontents et il ne remplissait nullement ses engagements ; 1] était cependant payé très cher, beaucoup trop même. Hier soir il était rentré ivre chez les Pères ; ce matin, quand je l'avais prié de porter l’appareil de photographie, il avait prétendu qu’on le traitait en bête de somme.

Ce ne sont donc plus seulement des muletiers qu’il faut chercher,

mais encore un interprète,

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Le consul d'Angleterre nous a invités à dîner * avec le Père Duplan. Avec nous sont invités M. Kolubakine, le consul de Russie et le consul de Perse, Moussa Khan, dont j'ai déjà fait l'éloge; c’est un homme de la

tenue la plus correcte, simple, modeste, intelligent et instruit. Quoique

envoyés à Van par leurs gouvernements respectifs pour se surveiller mutuellement, les consuls d'Angleterre et de Russie vivent en bons

termes. Nous avons aussi M. Krameroulo, docteur sanitaire de nationalité orecque, et le secrétaire de M. Kolubakine.

M. Lamb ne se départit pas, au milieu de la conversation générale, de son mutisme observateur habituel. M. Kolubakine, sachant notre désir de partir après-demain, fit venir son courrier séance tenante pour s'occuper de nous chercher quelqu'un parlant français, qui pût nous servir d’interprète dans notre voyage à travers le pays kurde.

Parmi les invités se trouvait aussi Munir Pacha, le commandant en chef des troupes de Van, gardiennes de la citadelle. À quoi servent ces troupes ? Elles ne protègent même pas les campagnes contre les pillards. Chaque année les Kurdes font des incursions et dévalisent les paysans,

sans qu'on cherche même à les châtier. Une année, les Kurdes sont venus

pour acheter des moutons aux habitants de la plaine ; ceux-ci n’ont pas voulu les vendre à moins d’un certain prix. Les Kurdes se sont alors

répandus dans les champs, brûlant les foins, détruisant les récoltes, et

l'autorité les à laissés faire. Deux mois après ils sont revenus pour

demander de nouveau à acheter les moutons, et, comme ceux-ci dépéris-

saient faute de nourriture, les paysans ont été forcés de les leur céder i des prix dérisoires et se sont trouvés ainsi doublement ruinés. En revan-

che, on prend des précautions de prudence exagérée contre les étrangers qui viennent à Van?. On nous surveille comme des espions ; on nous refuse l’antorisation de visiter la citadelle, comme si la sûreté de toute la Turquie dépendait de ses secrets et qu'il fût nécessaire d’en avoir les

plans pour la détruire.

1. Les insinuations du consul d'Angleterre qui m'avait si bien reçu n'étaient pas étrangères à la surveillance dont j'étais l’objet. Nos bons amis les Anglais ne négligent jamais, surtout au loin, de manifester une sollicitude jalouse à tout ce que peut tenter la France ou même un simple Français isolé! (D. de Rivoyre, les Vrais Arabes et leur pays.)

9, M. Kolubakine fit venir un piano. On le lui retint pendant deux ans, sous prétexte que l'on craignait que cette caisse ne contînt des canons. On ajoutait que ce qui confirmait cette supposition, c'était une autre caisse plus petite accompagnant l'envoi, et qui pouvait renfermer

les boulets.

Nous terminons la soirée en organisant pour demain une promenade au monastère du Varach, monastère de moines arméniens.

25 septembre.

Dans la matinée le Père Duplan fait venir le maître d’école, Simon, |

qui parle un peu français, et lui demande s’il veut nous accompagner jusqu’à Mossoul. Le brave pédagogue est un peu interloqué d’abord, mais la proposition lui sourit. « Vous vous arrangerez bien avec votre école, lui dit le Révérend Père. — Oh ! oui, je chargerai le premier élève de me remplacer et, s’il ne veut pas, je donnerai à tous deux mois de | congé. » Là-dessus, nous faisons nos conventions avec Simon qui nous servira d’interprète. C’est un brave homme, un peu naïf, mais honnête.

Quelques minutes après, des tcharvadars arrivent, envoyés par le | courrier du consul de Russie; ils ont de vrais têtes de bandits. Nous |

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convenons du prix, un medjidié par jour et par cheval; on marchera le | soir Jusqu'au premier hameau rencontré après le coucher du soleil. Nous leur demandons d’être exacts pour demain matin.

Nous nous rendons au consulat d'Angleterre, où le rendez-vous a | été fixé pour la promenade. Le consul de Russie se fait longtemps attendre. Enfin il arrive. « Savez-vous, nous dit-il, ce qui m'a tant

retardé? Je viens de voir votre ancien guide : il m'a demandé si je voulais prendre ses intérêts contre vous. Je lui ai répondu que j'étais tout | 11 disposé à prendre le parti de celui qui avait raison. Il m’a expliqué son pu affaire, et Je lui ai déclaré qu’il était dans son tort et qu’au contraire vous | aviez été très généreux. — Ah ! c’est ainsi, m’a-t-il répondu, eh bien, je | | vais me venger ; je dénoncerai ces messieurs comme espions au Vali et je | | 1 dirai qu’ils relèvent des plans et prennent des photographies. — Sans l'écouter plus longtemps, je le mets à la porte. » Le consul ajoute que |] son secrétaire a reconnu Gérôme ; il l’avait rencontré, il y a deux ans, | 1 accompagnant des Anglais qui en étaient aussi fort mécontents.

Nous partons enfin. En sortant de Van, nous passons devant la | maison des dames américaines et nous entrons pour leur faire visite; notre (| attention leur fait grand plaisir. Ces dames vivent dans un demi-luxe | qui contraste avec la simplicité et l’abnégation de nos Sœurs de charité. (| Leur école est bien tenue ; mais fort peu d’enfants parlent anglais (sur |

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soixante élèves deux ou trois à peine). L'éducation des filles ne me paraît pas très pratique ; beaucoup d’études de géographie, d’arithmétique et de bible, et pas la moindre classe de couture n1 de travaux d'intérieur, si utiles pourtant à des femmes destinées à vivre dans des ménages pauvres.

Après une visite d’une demi-heure, le Père Duplan, qui nous avait

accompagnés jusque-là, nous quitte pour retourner à ses occupations, et

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