‹ Au Kurdistan, en Mésopotamie et en PerseChapitre 88 sur 210 · ES · texte numérisé non relu

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Les habitants du village sont doux et travailleurs ; leurs champs paraissent les occuper beaucoup. Comme charrue, jai vu à Dime un modèle que je n’avais pas encore remarqué et que je n'ai Jamais revu ; cette charrue remue la terre beaucoup plus profondément que les autres, avec un gros socle en bois muni d’un versoir pour retourner la motte ; elle est traînée par huit bœufs. Partout ailleurs; et même ici, les paysans se servent d’un simple crochet en bois.

Une partie des habitants demeure sous des tentes, l’autre dans des maisons en pierres, semblables aux constructions kurdes. Le village est en pente sur le flanc de la montagne, paré de deux beaux noyers.

Les hommes et les femmes sont de taille moyenne, plutôt beaux ; les femmes ont la fâcheuse habitude de se mettre à la narine gauche un bouton ou un anneau garni d’une pierre précieuse, généralement une turquoise, qui les dépare complètement. La femme de notre hôte est bien de visage, mais la fente de sa robe laisse voir les deux plus affreux seins qu’on puisse imaginer, deux mamelles pendantes et plates comme deux sacs vides. Elle souffle sur le feu et regarde avec étonnement la cuisine de Yovan, qui ne fait pourtant qu'une omelette et une poule au r1z sans légumes.

Simon est tout triste; il a le mal du pays, et nos aventures ne l'excitent pas du tout; je cherche à le remonter ;1l à peur ; il n’a Jamais quitté Van, et sa naïveté se fait un monstre des dangers que ses amis lui ont prédits à son départ.

Nous nous couchons de bonne heure ; j'ai décidé que nous partirions demain à quatre heures ; les chevaux sont bien reposés, et si les difficultés que nous avons eues viennent du gouvernement, 1l faut partir

rapidement, avant que les mots d’ordre aient pu être donnés.

29 septembre.

À deux heures et demie, je commence à réveiller tout le monde. Je prends un paysan pour nous diriger dans les passes des montagnes, et nous partons par un beau clair de lune. Comme :il fait très frais, nous marchons un peu ; mais dans ces latitudes élevées (nous sommes à plus de 2,400 mètres au-dessus du niveau de la mer), l’air raréfié rend la

respiration difficile et on s’essouffle vite ; nous ne tardons pas à reprendre

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nos chevaux. Le soleil se lève, une teinte rose éclaire l’horizon quand nous atteignons le versant opposé de l’immense cuvette, à la hauteur de notre point de départ. Nous montons toujours et avons encore beaucoup à monter, Le ciel se couvre, la pluie commence à tomber, fine et drue ; le vent s'élève et nous fouette le visage ; nous sommes transis. Plus nous montons, plus le temps est mauvais. La neige succède à la pluie et tombe tellement serrée qu’on se voit à peine ; la terre est toute blanche, le sol glissant. Nous côtoyons des précipices ; pendant quelque temps. nous marchons sur une crête qui sépare deux profondes vallées. Le temps s’éclaircit et le soleil fait fondre la neige dont nous sommes couverts.

Après la halte de midi, nous gravissons un dernier col, d’où le chaos des montagnes, des rochers et des précipices nous offre encore un spectacle grandiose. Nous sommes à plus de 3,000 mètres d'altitude; à pareille hauteur, le mont Blanc est déjà convert de neige. Nous descendons au milieu de rochers et de pierres éboulés, parmi lesquels poussent d'innombrables chardons ; ils forment de véritables champs. On me montre des mines de zinc exploitées bien superficiellement par des Kurdes. Le sol doit être riche en effet, mais comment en tirer les richesses qu'il renferme? Le pays n’est connu que de paysans ignorants ou de gTOSSIETS Cara Vanjis.

À notre gauche, dans le fond de la vallée, nous apercevons Kotchannès, que j'ai déjà cité comme résidence du Mar Simoun , patriarche des Nestoriens. Le hameau, entouré d'arbres verts, au fond d’une gorge abrupte, est borné à l’est par un rocher de plus de mille mètres, et de tous les autres côtés par des pentes fort rapides.

Nous continuons notre chemin à travers des pierres et des rochers de la plus singulière apparence ; toutes les pierres sans exception, grandes et petites, ont la forme de débris d'arbres ; on dirait une immense forêt pétrifiée dont les arbres cassés et brisés auraient été éparpillés par un ouragan terrible ; les cassures elles-mêmes sont entièrement semblables à celles du bois; les brisures extérieures simulent souvent l'écorce à moitié enlevée. Pendant plus d’une heure nous marchons au milien de ce singulier phénomène qui cesse peu à peu sur une distance de quelques centaines de mètres.

Nous rencontrons plusieurs cimetières abandonnés ; nous descendons par une pente fort rapide, et apercevons enfin Djoulamerg dans le fond de la vallée, avec ses petits bosquets épars. Nous passons près des

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