PS ES
DE DJOULAMERG A AMADIAH. 177
escalier en zigzag, à été creusé dans le rocher par les prisonniers kurdes à la suite d’une insurrection. Les mulets montent et se faufilent à grand’peine dans cet étroit passage. Les cris des muletiers, les bruits de la chute d’eau, les sabots des bêtes qui glissent et se rattrapent : tous ces sons, répercutés et grossis par les échos de cette gorge étroite, donnent une amusante animation. Nous arrivons sans accident au bas du rocher, et nous trouvons le torrent. Au bout de quelques minutes, nous débouchons dans la vallée du Grand-Zab. Le fleuve n’est alors qu'un torrent Jaunâtre, large de quelques mètres, coulant au milieu de très hautes montaynes. Nous le traversons sur un pont bien chancelant, formé de elaïies et de branches entrelacées. Un homme le franchit d’abord seul, puis deux hommes passent ensemble, ensuite un mulet sans charge, et enfin un mulet de bagage. Les hommes ont une singulière facon de tenir les bêtes dans les passages difficiles ; l’un tient la tête, l’autre la queue, de manière à redresser l’arrière-main, dans le cas où le sol, sur lequel la bête pose son pied, viendrait à céder sous son poids. Nous suivons un véritable chemin de chèvre, sur la rive gauche du torrent ; il faut toute l’adresse des mulets pour s’y maintenir, un cheval ne passerait certainement pas ; les bords du sentier sont couverts de broussailles et d’une vigne sauvage qui grimpe sur les rochers. Nous rencontrons à plusieurs reprises de petits crabes exactement semblables à ceux que l’on voit en si grand nombre au bord de la mer.
Après deux heures d’une marche difficile sur ces berges escarpées, nous nous arrêtons à mi-hauteur de la montagne, sur un petit emplacement un peu plus plat, permettant de décharger les animaux et de faire la halte du jour. Hamelin chasse quelques perdrix pendant que je garde les
les ballots. Nous reprenons notre route et, après avoir côtoyé le
caisses et torrent, nous quittons le Grand-Zab pour entrer dans une vallée où coule un affluent nommé le Thal. La végétation est plus abondante ; des noyers, des frênes et quelques arbres de peu de hauteur poussent en buissons le long du torrent. Nous rencontrons sur notre route quelques villages kurdes ; les habitants ne nous témoignent pas positivement de l’animosité, mais nous regardent d’une façon peu sympathique. Ils nous refusent du lait et des poulets que nous voulions acheter. Les Kurdes ont fait autour de leurs villages des travaux primitifs, mais sérieux, pour cultiver la terre et former de petits champs an milieu de ce terrain accidenté ; des étales à l’extrémité basse des
murs en pierres maintiennent les terres vé
= — = z = = = ER
1h {l if p
| | 1} Li! M | 14 pl
champs (voy. p. 185); on obtient ainsi des surfaces planes ; on y cultive du riz, du maïs, du millet et du chènevis avec lequel on fait une espèce de pain plat et mince qui se mange à moitié sec.
Nous traversons un village nommé Bécherat, agréablement situé sur la rive droite du torrent (voy. p. 182). Les habitants ne ressemblent pas à ceux du village précédent ; plusieurs hommes se lèvent à notre passage, nous saluent et nous souhaitent bon voyage. Le village se compose d'une trentaine de maisons, échelonnées sur le flanc de la montagne, le toit de la maison inférieure servant de plate-forme, de terrasse et de rue à la maison supérieure. D’immenses rochers à pie dominent ce village, qu'un éboulement engloutirait.
Le torrent est complètement à sec; il s’infiltre sous terre pour revenir à la surface à une centaine de mètres en amont du village ; à ce point, plus de cinquante sources semblent sortir du sol. Cette eau recueillie est ensuite distribuée dans les champs. Nous remarquons sur le haut du rocher, creusée dans le roc, une petite construction blanche ; c’est, paraîtil, l’église du village.
Le ravin, à mesure que nous montons, perd toute trace de végétation ; ce ne sont plus que des pierres et des rochers. Les versants des montagnes ne sont qu’une terre rocailleuse et stérile ; pourtant, à un détour du chemin, nous apercevons au loin un petit village entouré de beaux noyers et de peupliers ; c’est un village de Kurdes, nommé Rabat, d’an aspect aussi gracieux que le précédent et où nous comptons nous arrêter
cette nuit. Les habitants nous font bon accueil, grâce à l'influence de nos muletiers qui, quoique Kurdes, sont aussi doux et obligeants que les autres étaient durs et farouches. Ils paraissent connaître un individu qui est venu à nous et nous propose de nous héberger. L'homme nous mène à sa demeure : un hangar sans portes.
Nous nous installons comme d'habitude. La nuit est splendide. Les habitants sont très complaisants : l’un d’eux tient notre bougie qu'il mouche continuellement avec ses doigts. Tous les amis de notre hôte sont venus nous voir ; assis en rond autour de nous, en fumant leur pipe, 1ls nous regardent faire notre toilette et prendre nos notes avec une curiosité qui serait gênante si nous n’étions déjà habitués à cette familiarité. Quelques petits cadeaux achèvent de nous concilier les bonnes grâces. Je donne une boussole à l’un pour qu’en faisant sa prière il puisse se tourner vers
la Mecque, des ciseaux et des aiguilles aux femmes, du sucre aux en-
TI