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PAPE LL

DE DJOULAMERG À AMADIAH. 181

fants. Je fais demander par Simon s’il n’y aurait pas dans le village des vêtements et des broderies faites en hiver par les femmes ; on nous apporte quelques pièces que nous achetons : Yovan nous sert le dîner; pour changer un peu le menu, je fais faire une omelette dans laquelle l’eau-de-vie remplace le rhum ; les habitants sont très étonnés de nous

voir manger du feu, comme ils disent à Simon.

2 octobre.

Après la consultation habituelle (je ne pouvais y échapper un seul jour), Je voulus prendre une vue de tous ces types groupés pour nous voir partir. Malheureusement, l'opération ne réussit pas, et il fut impossible de la recommencer.

Nous partons à sept heures, et, après avoir suivi un chemin rempli de pierres et fort difficile, nous faisons l’ascension d’un col par un sentier tortueux. En haut de la côte, une aubépine solitaire, mais d’assez grande taille, nous offre un abri pour nous reposer quelques instants. Nous côtoyons sur la crête une vallée que nous laissons à droite et redescendons bientôt par une pente plus rapide encore que la montée ; nous devons tenir nos chevaux par la bride, pour les aider et les soutenir. Arrivés au bas, nous faisons la halte à l’ombre d’un rocher, près d’un village abandonné. Il n’en reste plus que les cases en pierre sans toit. Nous avons devant nous un décor nouveau ; la vallée est désolée et les pierres qui la couvrent paraissent d'anciens débris de lave (il ne serait pas étonnant, d’ailleurs, que ces bouleversements de montagnes eussent été causés par des éruptions volcaniques) ; le ruisseau fait un détour que nous coupons en gravissant une petite colline, puis nous entrons dans une vallée stérile, toute de pierres et de rochers. L'eau claire et limpide n’arrose pas la plus petite mousse; c’est l’aridité la plus désolante ; une vallée de l'enfer. D’immenses rochers forment des cascades ; on voit de loin en loin de petits ponts en pierre. Il serait bien difficile de dire quand, comment et par qui ils ont été construits. Le chemin devient de plus en plus pénible ; les mulets font des prodiges d'adresse en grimpant sur ces rochers, sau-

ant de l’un à l’autre comme des chèvres.

Je fais porter par un homme l’appareil de photographie qui, sur le dos des bêtes, se briserait.

L’Anthrad, c’est le nom du torrent, se grossit de plusieurs affluents

et, peu à peu, la vallée devient moins stérile. Quelques herbes apparaissent d’abord, puis des peupliers, des noyers. La vallée est sinueuse. Plus loin, elle s’élargit et prend l’aspect d’un véritable paradis terrestre; ce sont des arbres fruitiers, des prairies, des plantes, des champs en plein rapport; les noix jonchent le sol sous les noyers, des vignes orimpent jusqu’au haut des peupliers, chargées d’excellents raisins ; on dirait un changement à vue.

Nous arrivons au village kurde de Guzareck, séparé par un espace de cinquante mètres à peine du village syrien de Gundick. Les habitants,

quoique de mœurs fort différentes, vivent en assez bonne intelligence.

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