PREFACE
l'agréable, selon le conseil d'Horace, Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.
En terminant ces quelques explications, je me permettrai de citer, sans vanité comme sans vergogne, les paroles par trop bienveillantes, je ne l'ignore pas, qui accueillirent, dans une revue littéraire, la deuxième édition de ces lettres.
... J'ai lu le "Voyage au lac Abbitibi " avec un plaisir particulier, et à cause de l'intérêt qui se rattache à des pages si bien dictées, et peut-être aussi à raison de la source d'où elles originenl. J'y ai trouvé tout ce qui peut rendre un livre à la fois agréable et précieux.
Le style en est simple et sans prétention comme il convient au genre que l'auteur a adopté ; toujours vif et original, souple et gracieux ; selon les circonstances, d'une grande élévation et d'une grande poésie. Les descriptions sont pleines de fraîcheur et de vie, parfois grandioses comme la nature qu'elles retracent ; partout on rencontre l'artiste qui peint plutôt que l'écrivain qui raconte. Les couleurs locales y sont parfaitement observées, les caractères dessinés habilement et toujours soutenus ; il y régné ce ton de franche gaité que partage avec joie le lecteur et qui justifie à ses yeux le nom donné par les sauvages à l'auteur: " Temps sans nuages."
Mais sous ce coloris si frais et si riche, on rencontre des choses plus précieuses encore : des renseignements qui ne peuvent être que très utiles sur les missions lointaines de ces contrées encore neuves pour la civilisation, mais que la religion, à la recherche des âmes, a depuis longtemps visitées et arrosées de ses sueurs ; des détails sur les missionnaires zélés qui y arborèrent les premiers l'étendard de la foi, ou qui y continuèrent cette œuvre de dévouement et de sacrifice ; sur le genre de vie des missionnaires actuels qui doit tant intéresser les âmes zélées pour la propagation de la foi ; sur les mœurs des sauvages, sur leur esprit de religion, de nature à faire rougir la civilisation moderne.
Enfin en lisant ces pages, le lecteur constate avec plaisir le vaste champ que ces contrées olfrirônt dans un avenir plus ou moins rapproché à la colonisation qui est d'un intérêt si actuel, les grandes ressources que la Providence parait y avoir ménagées pour notre pays en général, et plus particulièrement pour notre catholique province de Québec.
P. Kavanagh, pire.