‹ Au lac Abbitibi: visite pastorale de mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'OttawaChapitre 1 sur 3 · IV · texte numérisé non relu

IV

Enregistré, conformément à l'acte du parlement du Canada, en Tannée 1885, par Gadieux h Derohe, au bureau du ministre de l'Agriculture.

PEÉFACE DE LA TEOISIÈME ÉDITION.

C'était le 24 juillet 1881. Je prêchais une retraite dans la paroisse de Ste-Aane d'Ottawa. Sa Grandeur Mgr Duhamel vint rendre visite au curé. Dans le cours de la conversation il dît qu'il était sur le point de partir pour visiter ses missions sauvagee du Haut de l'Ottawa. " Monseigneur, remarquaî-je, c'est un beau voyage que vous allez entreprendre là, plein de repos, de grand air, de calme et de nouveau. — Youlez-vons le faire ? — Prenez garde que je vous prenne au mot. — Je voua demande si vous voulez le faire, — Votre Grandeur est-elle sérieuse ? — Sans doute. — C'est bien, je suis votre homme." Le surlendemain le train nous emportait du côté de Mattawa, où nous devions prendre le canot d'écorce.

Sur la route, pour me rendre à ses désirs, j'écrivis à M. l'abbé J. O. Eouthier, curé de Ste-Anue et vicaire-général du diocèse, huit ou neuf épîtres sous forme de relations de voyage. Il les fit publier, au for et à mesure qu'elles lui arrivaient, dans le journal " Le Canada. " Puis, dans le cours de l'hiver suivant, il les

6 PRÉFACE

publia de nouveau en un volume ia-18. En même temps, les Annales de la Propagation de la Foi les donnaient ea lecture à leurs nombreux abonnés. C'est ce volume, ce sont ces lettres que je réédite aujourd'hui.

Cette réimpression n'est peut-être pas sans actualité; je sais du reste que cette illusion d'arriver à propos est commune aux auteurs. Le récent jugement du Conseil Privé qui garantit à Ontario la possession d'une grande partie de la terre de Rupert, les efforts constants et les dépenses considérables que s'impose la province-sœur pour exploiter les richesses minières, forestières et agricoles de ce nouveau territoire, les explorations nombreuses qu'y ont fait faire le ministère de l'agriculture de Toronto et la commission géologique d'Ottawa, la formation d'une compagnie qui a obtenu une charte pour pousser une voie ferrée de Callender à la Baie d'Hudson en longeant les lacs Témiscamiugue et Abbitibi, tout impose cette région à l'attention du public.

Or, ami lecteur, ce petit livre vous parlera de cette contrée lointaine, enveloppée jusqu'ici dans le silence et les ténèbres de l'inconnu. Outre la description de lieux et les incidents d'un voyage exécuté dans des conditions exceptionnellement favorables, vous y trouverez des détails variés sur l'histoire du pays, sur le climat dont il jouit, sur les qualités et la composition du sol qu'on y rencontre, sur les chances de succès qu'il offre aux travaux de l'agriculteur, sur la diversité et la richesse des forêts qui le recouvrent de leur manteau verdoyant.

J'aurais voulu mêler dans ces pages l'utile à

PRÉFACE

l'agréable, selon le conseil d'Horace, Omne tulit punctum gui miscuit utile ditlci.

En terminant ces quelques explications, je me permettrai de citer, sans vanité comme sans vergogne, les paroles par trop bienveillantes, je ne l'ignore pas, qni accueillirent, dans une revue littéraire, la deuxième édition de ces lettres.

■„ J'ai lu le "Voyage au lac Abbitibi" avec un plaisir particulier, et à cause de l'iolërSt qui se rallache à des pages si bien dictées, et peut-être aussi à raison lie la source droit tlkt originml.J'y ai trouvé tout ce qui peut rendre un livre & la fois agréable et préeieui.

Le style en est simple et sans prétention comme il convient su genre qup l'auteur a adopté ; toujours vif et original, souple et gracieux ; selon les circonstances, d'une grande élevatioQ et d'une grande poésie. Les descriptions sont pleines de fraîcheur et de vie, parfois grandicses comme ta nal.uro qu'elles retracent ; partout on rencontre l'artiste qui peint plutôt que l'écrivain qui raconta. Les couleurs locales y sont parikîtement observées, les caractËrea dessinés habilement et toujours soutenus ; il y règn e ce ton de franche gaité que partage avec joie le lecteur et qui JustiQe à ses yeux la nom donné par les sauvages à l'auteur: " Temps sans nuages."

Mais sous ce coloris si frais et si riche, on rencontre des choses plus précieuses encore ; des renseignements qui ne peuvent être que très utiles s-ur les missions lointaines de ces contrées encore neuves pour la civilisatîca, mais que la religion, à la recherche des Ames, a depuis longtemps visitées

zélés qui y arhorèr'ent les premiers l'étendard de la foi, ou qui y continuèrent cette œnvre d e dévouement et de sacriSce : sur le genre de vie des missionnaires actuels qui doit tant intéresser les ùmas zélées pour la propagation de la foi; sur \ea mœurs des sauvages, sur leur esprit de religion, de nature à ftiire rougir la civilisation moderne.

Enfin en lisant ces pagea. le lecteur constate avec plaisir le vaste charap que ces contrées oli'riront dans un avenu- plus DU moins rapproché h la colonisation qui est d'un intérût si actuel, les grandes ressources que la Providence parait y avoir ménagées pour notre pays en général, et plus particoliËrement pour notre catholique province de Québec.

r, KAViMAon, pire.

PRÉFACE

Ce petit livre ne peut que souhaiter à tous ses lecteurs les yeux et la bienveillance de ce critique ami.

J. B. Proulx, ptre.

Ste-Darie, 6 janvier, en la fête ) de TEpiphanie, 1885. )

Page 1