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France qu’elle ne pourrait vivre en Canada ? La fleur de Paris mourrait en serre canadienne ?... Appréhendestu les écarts de tempérament ?
Cela se nivelle, quand on aime... Elle ne peut être la fille d’un athée ! Rappelle-toi la véhémence de ton père contre les sectaires, le jour du retour... Tu l'aurais avoué, tu n’aurais pas refusé la franchise à celui qui te la demandait d’une manière si délicate !...
—Eh bien, vous aviez trop de confiance en moi, vous tous, j'aime la fille d'un athée, j'adore une femme sans Dieu...
— Ah ! mon fils, qu’as-tu fait ? s’écrie la mère, avec un cri d'effroi.
— Vous me jugez bien misérable, n’est-ce pas ? J'aurais dû tout vous dire, ma conscience depuis lors m’en a souvent fait le reproche amer, mais il faut avoir pitié... Vous êtes femme, vous savez comment cela vient, l’amour... C'était le soir, au premier dîner que nous prîmes à bord... J'avais devancé,à table, ceux que la destinée m’avait choisis comme voisins du passage... Voici qu’une robe de soie murmure tout près de moi... Je regardai la femme assise à ma gauche, et je
ue sais quelle émotion violente me gonfla le cœur. Devant moi, adcrablement souriante, j'avais l’image de Greuze...
—Je comprends tout, interrompit Madame Hébert, dont un sourire illumina le beau visage. Ton idéal prenait vie, tu aimas en elle ton grand espoir de jeunesse... Tout de suite, elle devint reine de ton âme...
—Oh ! que vous dites bien cela, mère !...
—À table, il faut causer malgré soi... Vous fûtes ravis, l’un de l’autre, d’être Français... Bientôt, la chose devint grisante, irrémédiable, enchanteresse... Tu chancelas, tu perdis l’équilibre, tu ne vis plus rien... Elle te prit si bien que, la minute où tu n’ignoras plus qu’elle niaïit ton Dieu, cela te parut vresque naturel de lui pardonner la chose... Elle te ligotta si bien que tu n’as plus bougé... Les battements de ton cœur furent les courroies dont elle se servit... Oui, mon fils, tu es devenu prisonnier, sans le savoir... Le jour où tu sentis les fers au poignet, il était trop tard, tu étais enfermé à double tour, et la muraille de la prison était si épaisse que tu n’as pas entendu la voix de ton père qui
venait au secours et qui t’aurait délivré peutêtre...
—Je lui avais promis de la revoir... Il me l’aurait interdite, je le savais bien... Pauvre père, je l’ai trahi, et, quelques instants plus tard, il me cédait les honneurs qu’on venait de lui offrir... Alors, je sentis l’étreinte du remords, je faillis lui crier ma honte... Mais l'amour est une chose qui rend lâche...
— Non, mon fils, tu te frappes avec trop de rigueur... L'amour est venu sans t’avertir, comme un voleur... Il a trouvé ton cœur grand ouvert, il #y est creusé un nid large et profo:d... Le jour où tu l’as senti à la besogne en toi-même, tu t’es battu contre lui, j'en suis certaine, tu l’as sommé de ne pas aller plus loin, et ce fut là ta noblesse... L'amour qui n’avance pas recule, tu le sais... Mais avant de céder la place, il se venge, il te mord, il te piétine, il te laboure..… Ne l’oublie pas, tu es vainqueur, et c’est là ta beauté !... Ce fut une faiblesse d’écarter le soupçon de ton père, mais, sans elle, ce n’aurait pas été l’amour, et tu aurais vaincu sans gloire...
—L'indulgence des mères a toujours le mot qui sauve... Si j’ai trahi mon père, c’est qu’un sen-
timent plus fort que ma volonté d'alors me tyrannisait... Maintenant, elle est inattaquable, elle défie l'amour, elle en est maîtresse, elle lui a mis le talon sur la gorge !... C’est affreux, tout de même, ils ne mentirent donc pas, ceux qui me disaient que l’amour sans espérance déchire et torture !.. Oh ! qu’ils sont heureux, ceux qui, ne l'ayant jamais connu, raillent éternellement J’amour !...
Nous te guérirons à force de tendresse... Fidèle à ta race, à ses traditions, c’est à nous que tu l’es. En nous aimant davantage encore, tu oublieras la chose douloureuse... Je te promets d’être meilleure que je ne le fus jamais, je te comblerai d'amour, je m’ingénierai à faire l’amertume plus douce, à répandre le calme en ton âme, à te donner l'illusion du bonheur... Tu guériras, mon fils, elle deviendra le souvenir tendre et lointain, la blessure que le temps cicatrise en l’entourant d’une auréole...
—Vous ne songez pas à l'action qui vous accapare, vous étourdit, vous endort !... Je travail. lerai sans relâche, je donnerai au labeur tout ce que j'ai de force morale et physique, je tuerai Je
chagrin dans mon être à force d'enthousiasme et de vie intense !... L'abbé Lavoie me le disait : ta race et ta patrie ont besoin de ton courage... L’individu le plus infime, s’il donne le meilleur de son sang, accomplit parfois de belles choses 7e Il ne faut pas que je sois un inutile, un mou, un dormeur, un assommé !. .. Je lutterai, je souffrirai, je tomberai, s’il le faut, pour l’âme canadienne !.., Ainsi, je vivrai, je vaincrai cette femme, je me souviendrai toujours d'elle, mais debout, sans courber, sans crouler !... Ce n’est pas de l’orgueil, c’est le besoin de vivre !... Je dois racheter la faiblesse dont je me suis rendu coupable à l'égard de mon père... Vous m’entendez bien, mère, il ne faut pas qu’il sache, il me Mmaudirait peut-être... Un père ne comprend pas toujours ce qu'une mère pardonne. ..,
Des pas sourds gravissent l'escalier tournant. Ils font naître et grandir un silence épouvantable entre la mère et le fils, dont les poitrines halètent et les Jeux sont effarés. Le pressentiment d’une chose effroyable les envahit, les maftrise, les fait pâlir. Philo s'éloigne, vaguement inquiet. La vieille horlcge martèle des secondes terribles.
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Jeanne et son père entrent. Il semble qu’ils sont étrangers l’un à l’autre. Jules et sa mère n’ont pas en le temps de mater leur angoisse, Augustin Hébert est sombre comme un nuage de tempête, le pli des mauvais jours menace entre les sourcils froncés, les yeux repliés sur euxmêmes se détournent, les lèvres s’écrasent l’une sur l'autre, Jeanne, à qui son père n’a pas ré- Pondu, quand elle a essayé de lui parler tout le long du Chemin, depuis l’église à la maison ancienne, est frémissante de peur. Soudain, le regard d’Augustin foudroie Jules tremblant qui devine.
—Je te défends de revoir cette Française, ditil, avec une colère comprimée jusqu’à l'extrême.
Les deux femmes, pétrifiées, glacées d’effroi, s’enlacent pour avoir le courage d’entendre, Jules va combattre.
—Mais pourquoi, balbutie le jeune homme, un peu machinalement, qui se prépare à la lutte.
—Tu oses me demander Pourquoi, s’écrie Augustin, presque violent.
—Mais, mon père...
—Hier encore, tu as passé toute la soirée avec la jeune fille, sur la Terrasse... Vous vous êtes
Promenés, puis, vous êtes allés au café... Nie-le, maintenant !...
—C’est vrai, mon père...
—Tu as accompagné souvent ces gens-là, mais plus souvent la jeune fille encore... Nie-le, si tu peux !..,
—C’est vrai, mon père, dit Jules, soumis, très ferme cependant.
—Le docteur L... m'a dit que ces gens-là, pendant toutes les semaines qu’ils vécurent à Québec, n’atlèrent pas à la messe une seule fois ! Est-ce vrai ?...
—Je crois que c’est vrai...
—Tu le savais done !.
Pas à la messe ?...
—Parce qu’ils n’y croient pas...
— Ils sont donc athées !. .
—Oui, mon père...
-. Pourquoi ne vont-ils
— Le savais-tu, qu’ils étaient des misérables ?.. —Oui...
——Le savais-tu, le jour de ton retour, je te l'ai demandé ?
—Oui...
alors que
—Le savais-tu, quand tu devins leur ami de
tous les jours à bord du navire ?...
—Oui...
—Le savais-tu, quand tu fis leur connaissan- FT
— Non, mon père...
—Quand l’as-tu appris ?...
— Au troisième entretien que j'eus avec la jeune fille...
—Et tu n’as pas eu horreur d’elle, tu n’as pas fui ces misérables ?...
— Hélas, non, mon père...
—Te proposais-tu de les revoir ?...
—Oui..
— Eh bien, tu ne les reverras pas, je te l’ordonne !... Tu les as trop vus, c’est déjà trop de honte *... Tu savais bien que les potins circulent à tire-d’aile ici... Tout Québec sait qui ils sont, tout Québec en parle... On te pense amoureux de la jeune fille... Tu t’es compromis, tu t’es avili, tu m'as déshonoré !...
—Le reproche est bien cruel, mon père...
—Mais pourquoi as-tu fait cela ?... Dès qu’elle a blasphémé le Dieu qui est le tien, qui est le nôtre et celui de ta race, comment n’astu pas rougi de rester près d’ellr ? A la fréquenter, tu
aurais dû la haïr !... Mais non, au lieu de lui
Pl tas monde.
faire une bonne leç tu lui Pardonnes, aie, tu t'affiches !
laisses croire à tous
on de foi Canadienne-fr
ançÇaise, tu l'excuses, tu en fais ton
tu milieu de tout Québec, tu
que tu l’aimes !,,..
—$i vous vouliez m'’écoute
Vous seriez moins sévère peu —Que peux-tu dire ?,
r quelques instants, t-être...
.. Je te défie d’avoir une
exCuse !,,, Tu as fra‘ernisé avec les ennemis de notre foi !... Comment as-tu dégénéré à ce point ?,
«. Vos idées libérales affaiblissent, Vous préparent Le Canadien-Français,
s'est donc Pas révolté
d'aujourd'hui; vous aux Jâchetés !...
au fond de toi-même, ne Contre un pareil voisina.
8e ?... Tout ce que tu adores, ils l’exècrent ; tout ce que tu veux défendre, ils travaillent à le mettre en pièces !.. . Ils viennent, au Ca Quer de nous, railler nv
Outrager dans c
» je croyais t autre moi-même, t’avoir incul Persécuteurs du Christ Æ
avoir façonné un qué ma haine des + Ils sont horribles,
impitoyables, répugnants, je les abhorre, je ne les abhorrai jamais autant qu’en ce jour où ils m'enfoncent dans le cœur la déchéance de mon fils !.., Dès Ja minute où tu Püs comprendre, je t'enseignai les leçons Magnétiques de notre his. toire !,,, Ils rougissent de toi, tous ceux dont le premier je t'appris les noms et l'épopée, Champlain, nos missionnaires, nos héros, Dollard, Bou:gainville, Iberville, Hélène de Verchères et tous ceux qui s’immortalisèrent Pour la race et Ja Croix !.., J’espérais t'avoir pétri l'âme de Ja moëlle de nos braves, t'avoir forgé une Cuirasse éternelle ?... Je me suis trompé, elle a plié d’une façon lamentable RE Pourtant, le seu] nom d’athée me remplit de colère !... Quand il m’arrive d’en Coudoyer un sur Ma route, je m’efforce d’être poli, de ne Pas lui jeter à Ja face ma répu- &nance et mon dédain !... Ce sont tous des poseurs, de vils orgueilleux, des gens qui étouffent leur conscience et qui ont peur d’ivouer tout haut
Le jour où la Mort les menace de sa griffe, ils changent de Sourire, et C’est à leur tour d'être crétins, de ramper devant l'au-delà !... Ce sont des hypocrites et des poltrons !... Ce que je dis
là, tu le disais autrefois de ton indignation jeune et fougueuse... En t’entendant, je me retrouvais tout entier, c'était l’écho de ma passion vengeresse, tu étais mon fils, tu étais Canadien- Français, corps, âme et sang comme moi, je t’aimais éperdûment, comme on ne doit pas aimer un fils peut-être !...
—Je suis encore tout cela, votre fils entier, je vous le jure...
—Tu ne l'es plus, te dis-je !... Il y avait de l2 pâte molle en toi, de l’étoffe à compromis, de la tendance aux complaisances criminelles !... Songe donc, tu es devenu l’ami de sectaires maudits !... Et j'ai un pressentiment qu’ils sont de l’école la plus noire, de celle qui nous pourchasse, fait la guerre à nos autels et veut chasser Dieu des entrailles de l’humanité !... Comment oses-tu me regarder comme cela, de tes yeux qui ne cèdent pas ?... Défends-toi, maintenant... Depuis que j'ai su la chose vilaine, je me suis creusé le cerveau toute la nuit, j'ai cherché comment tu serais moins coupable, et rien ne te justifie d’avoir fraternisé avec ces misérables, tu n'as pas respecté la foi qu’ils traînent dans la fange, tu m’as renié, tu as renié ta mère et ta
sœur, tu as lâché ta race, tu nous as jâchés tous !... Défends-toi, gi tu le peux, je t’en défie !
—Vous parliez d’un poignard qu’on vous plonge dans le sein, mon père... Vous me demandiez pourquoi je gardais les yeux fixes : je sentais vos paroles me pénétrer dans la chair comme des balles... Je n’ai qu’une excuse à donner... J’ai peur de vous, jai peur qu’elle ne suffise pas, qu’après l'avoir entendue, vous me pensiez lâche et criminel encore... Et cependant ma faute ne fut pas volontaire, je puis le crier, cela, je l’affirme, je l’ai commise malgré moi, fa-
talement, muselé, aveugle, inconscient de la
honte !...
—Tu plaides fatalité, est-ce bien là ton excuse? Elle serait pitoyable, interrompit le père, dont l’accent calme du jeune homme exaspérait les nerfs. Là où tu fus le plus coupable, ce fut de mentir le jour où tu nous revins !... Je me repentis d’avoir eu ce doute, je craignais de t’avoir insulté, je n’osai même pas te rappeler que tu ne m'avais pas répondu !... Tu m'as joué avec ton âme canadienne, tu m’as trahi, tu as versé des larmes fausses !... Comprends-tu quelle douleur c’est pour moi de songer qu'après une
Vez assez broyé le cœur déjà !..
telle faiblesse, tu n’as pas eu le courage de l’avouer : tu as eu l’audace d’en prolonger, au lieu même de ton berceau, le cours et Phumiliation !.. Ose dire que ce n’est Pas vrai, que tu ne mérites pas le langage dont je te soufflète !.…
—Je n’ai pas répondu, mon père, je n’ai done Pas menti... Certes, je vous ai caché la vérité, je devais le faire.. Ce fut une Puissance, en moi, que je ne pus vaincre... Ne m'interrompez pas, votre indignation, serait cruelle encore, vous m’a- . Je le répète, j'ai peur de vous... Allez-vous me pardonner, quand je vous aurai tout dit ? Oh oui, vous êtes bon, vous ne m’accablerez plus de vos reproches qui me fouettent au sang Comme des lanières de plomb !... J'ai, dans les veines, la chaleur ardente que vous m’avez transmise, vous l’avez embrasée de votre enthousiasme pour tout ce qui est pur et beau, je l'ai surchauffée par une jeunesse que je consacrai toute aux fièvres nobles et au rêve sain, j’ai amoncelé l’idéal en mon âme. Un jour, une vision incarna toute la somme de pureté, de noblesse, d'idéal et de beauté que j’avais accumulée dans mes rêves. . . En une minute, cela se devine, cela vous perce le cœur !...
Marguerite, dès la première seconde, attendrit le meilleur et le plus profond de moi-même... Je l’aimai tout de suite, sans le savoir, avec l’inexpérience de l'amour, entièrement, d’un culte souverain, d’une passion merveilleuse... Et lorsque, de sa voix si douce, elle m’avoua son panthéisme abominable, la souffrance que j'en eus me fit avoir pitié d’elle, et j'oubliai qu’elle blasphémait Dieu pour l’adorer dans la créature si belle dont I] illuminait un instant ma route... Près d’elle, je n’eus pas honte, je me sentais fier et capable de tous les héroïsmes, infiniment heureux... Je ne vous répondis pas, c’est vrai, mon père, je ne pouvais pas vous répondre... Vous m’auriez défendu de voir Marguerite, et elle m'était déjà chère au point que tout mon être voulait ne pas la perdre encore...
—Tu l’aimes ! c’est donc là ta seule raison de m'avoir humilié, de m’avoir trahi, d’avoir lâché les tiens !... Selon toi, l'amour est immaculé, d’où il vienne et quoi qu’il fasse !' Il a parlé, je dois me taire !... A quel degré de mollesse en es-tu rendu ? Est-ce qu’on aime la fille d’un athée ? N’est-elle pas inséparable de son paganisme, et puisqu'elle narguait ton Dieu, ne de-
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Te à sem vom eo om à
OATAPENREE
vaistu pas la haïr, ne voir en elle que l’ennemie qu'on maudit ?... Tu l'as aimée! Tu lui as donné le plus pur de ton enthousiasme et le meilleur de tes rêves ! Tu as, pour cette femme, le sentiment sacré que j’eus pour ta mère !... Eh bien, je ne pouvais jamais m’imaginer ta bassesse aussi grande !... Ne senstu pas qu’ils rougissent de toi, Lafontaine et Cartier, dont je t’enseignai la mâle histoire ici même ? Ne senstu pas q'il. te renient, les livres canadiens dont je te fis boire amoureusement la sève patriotique ?... Et maintenant que mon indignation s’épuise, je ne ressens plus que la honte, et tu ne sauras jamais combien tu me fais mal, combien cet amour coupable terrasse et vieillit ton
père !...
—Pauvre père !... Mais c’est pour éviter cette colère et cette peine que jer narlai pas, le jour où je revins... Alors seu. -cnt, j'entrevis la profondeur de mon amour... Et si vous saviez combien je l’aimais déjà, vous comprendriez que j'aie pu faiblir... Hélas ! nous sommes devenus des ennemis, nous nous battons, nous nous déchirons, le sang coule des blessures que nous nous
donnons au cœur !... Pourquoi seriez-vous impitoyable ? L’abbé Lavoie m’a pardonné, lui...
—Tu mens ! s'écrie le père, furieux.
—Oh ! quelle atroce parole, mon père, c’est votre tour à m’enfoncer un poignard !.:.
—Depuis que tu m’as caché ta honte, puis-je croire en toi ? L'abbé Lavoie ne peut t'avoir pardonné, lui moins que tout autre !... Il aime trop bien son Christ pour avoir sanctionné ton amour d’une fille de Renan !... L’apôtre a dû bondir sous l’outrage au Dieu qui a toute son âme et tonte sa vie !... Tu ne lui as dit qu’une parcelle de la vérité !...
— 1] faut que vous me croyiez, mon père, que vous regrettiez cette parole qui me torture, et la voix du jeune homme a une telle énergie que le père en est profundément remué. Je ne vous garde pas rancune de me flageller du nom de menteur, vous vous croyez le justicier de la race et de la foi... Mais entendez-moi bien, et il vous le dira lui-même, j'ai fait à l’abbé, le jour du poil, en un moment de souffrance aigue, la narration que vous entendîtes. ... Je me préparais à sa colère, et voici ce qu’il me dit : “Tu ne fus
202 AU LARGE pp L'ÉCUEIL
Pas lâche de l’aimer, tu le serais de ne pas immole: ton amour Es —Comment n'es-tu Pas lâche d'aimer une
chise de son fils.
-—Oui, Augustin, il ne fut Pas lâche, ji] ne fut Pas coupable, intervint la mère, dont le visage était pâle Comme celui d’une Agonisante, I] faut ue tu comprennes. .. Ton Patriotisme rigide va trop loin, tu as Puni cet enfant d’une façon qu’il n'oubliera jamais, que tu regretteras plus tard... Ta Conception de l'honneur t’égare : Calme ta souffrance et ta f ‘eur un moment. -. Rappelle. toi ce que c’est, l'amour. .Tu n’eus qu’à m’aimer rien ne Séparait nos deux âmes avides, il nous Parut naturel, dès Ja Pr‘ mière heure, de nous aimer toujours... Je fais appel à ton amour : n'est-ce Pas une chose toute-puissante ? Figure. toi qu'un Souffre nous eût empêchés d'aller Pun à l’autre, n’aurais-tu PAS souffert de me perdre ? J’ose espérer que tu ne m’aimas pas uniquement Pour la prière... A Marguerite, il ne manque Pas aûtre chose que la prière... I] l'aime, comme
DR me ete, Menens ""rnS BREST nas de in
tu m'as aimée, pour les mêmes raisons éternelles, pour le même bonheur dans tout son être...
Tout-à-l’heure, si tu avais pu voir son martyre, entendre sa confidence émouvante, tu en aurais eu les larmes aux JEUX, tu n'aurais pas eu des paroles aussi violentes, aussi meurtrières... Songe donc, il l’adore sans espoir... Dès la minute où lui vint la révélation de cet amour, il s’est battu comme un lion contre lui, comme ton fils, Comme un Hébert, il a vaincu ! -.. Ton fils est digne de toi : il préfère à l’amour qu’il tue l’honneur que tu lui as enseigné !... Rappelle-toi notre tendresse, et tu sauras quel tourment est Je sien, ce qu’il lui faut de grandeur et de courage Pour laisser partir à jamais la femme qu'il aimet:
—Toi aussi, ma femme, tu es contre moi, tu l’absous, dit Augustin, plus Calme. Et c’est au nom des Hébert que tu implores la pitié !... Ne t’en déplaise, les Hébert n’ont jamais fraternisé, que je sache, avec les ennemis du Christ !... Jules est le premier qui déchoit !.., Avant d’avoir aimé cette fille, il était de ma race, il n’en est plus !.., L’abbé Lavoie n’est pas un Hébert, lui !... Jules a failli, te dis-je, il n’est pas di-
gne du nom que nous lui avons donné !... Ton “mour t’aveugle, tu Pardonnes avec le cœur mou des mères !... Tous les Hébert, depuis le
reur, l’accusent d’avoir souillé Jeur blason !... —Eh bien, mon père, c’est trop ! proteste vi. vement le jeune homme. Je refuse l’excommuni- Cation de ma race !... Non, je n'ai pas dégénéreé, je me sens digne du nom que je porte !... J’aime la fille d’un athée, soit, je n’ai Pu faire autre. ment !... Il m’a suffi de la voir : suis-je criminel de l'avoir vue ?... Comme vous le disait ma mère, je n’ai Pas cédé, j'ai réuni, contre cet amour, toutes les forces Capables de l’extirper de moi-même, j'ai fait le serment de vaincre et j'ai vaincu !.. . Je l’ai revue, fort bien, mais je n’ai jamais oublié, près d’elle, qu’elle ne serait jamais à moi !. +. Dieu, comme j'ai souffert, comme je souffre encore !.., Oh ! si VOUS saviez ce que j'ai là, ce que c’est le déracinement de l’amour en soi-même !... Je n’espère plus votre
nerez !... Si je n’aVais pas mon rêve d’action
nt tte een EE Pere
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merci, dans quelques jours, à Ottawa, j'exalterai l'âme Canadienne, je mettrai dans mes accents toute la passion que je réfrène, que j'égorge, et il faudra bier qu’on m’entende !.. + Vous serez fier de moi, mon père, j'accomplirai de la grande besogne, je me réhabiliterai à vos Jeux, les ancé. tres seront orgueilleux de moi, m’applaudiront
—Comment veux-tu que je te Pardonne, mon fils ? répondit Augustin, implacable, que la chaleur et la véhémence du jeune homme avaient toutefois bouleversé, Tu parles bien, tu es superbe, et si l’éloquence était une excuse, il me faudrait oublier !... Mais, sous ton langage de flammes, je sens que tu l’aimes à Ja folie, que tu Veux la revoir encore !... N’est-i] Pas vrai que tu veux la revoir LE
— Oui, mon père, il faut que je la revoie... . Demain, ce sera fini... Elle s’en ira sans re. tour... Ne soyez pas inexorable, laïssez-moi te. nir Ma promesse et lui faire l’adieu Pour Ja vie...
Ayez pitié d’elle qui n’espère pas le rendez-vous du ciel !...
—Mais tu ne comprends donc pas ce que c’est Pour moi, le spectacle de mon fils implorant grâce pour la fille d’un sectaire!... Quel est. cet amour qui te fait te traîner à ses pieds ?...
—Aie pitié, Augustin, je t’en supplie, sanglote la mère, Je te le répète, tu regretteras cela plus tard...
—Ayez pitié, mon père, balbutie Jeanne, dont les joues roses ne le sont presque plus. Ils s’aimèrent un jour, et c’est déjà fini, leur joie profonde... Cela briserait leurs âmes de ne s’être Pas revus... Elle x’est pas coupable de ne pas avoir connu Dieu... Comment est-ce elle, et non moi, dont le berceau ne fut pas entouré du ciel ? On ne peut s'empêcher d’aimer Jules, estil étonnant qu’elle l’ait aimé ?... Cela fait moins de peine de s’être laissés, quand l’adieu s’échange dans un regard suprême... Ayez pitié d’elle que la destinée brise, permettez-lui d'emporter un souvenir plus doux... À
— Toi aussi, ma Jeanne, dit le père, courbant 1 ses épaules sous l’amertume. Eh bien, je resterai seul avec mon chagrin...Va la voir, ta Française
M ennemies naémenens