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Place de commerce très active, principale porte d'entrée du très riche empire marocain, Casablanca méritait d'être dotée d'un organe officiel ayant pour mission d'augmenter le mouvement d'affaires créé entre la France et le Maroc, de prolonger de façon permanente le contact entre producteurs et consommateurs si heureusement établi pendant l'exposition de Casablanca, puis au cours des foires de Fèset de Rabat. C'est le but de l'Office Économique : « Faciliter l'introduction au Maroc des produits français et en retour aider l'écoulement des produits marocains à l'extérieur. » Il faut absolument que nos fabricants secouent leur torpeur pour prendre la part qui leur revient dans le commerce du Maroc et ne pas se laisser évincer par des concurrents plus avisés et plus actifs que ce marché intéresse de plus en plus. La banque anglaise installée à Casablanca a ouvert en 191 8 des succursales à San, à Fès et à Marrakech, donnant ainsi des facilités et des encouragements au commerce britannique dans ces régions. Une association de commerçants s'est formée à Londres, recueillant de suite un grand nombre d'adhésions, dont l'action doit s'appliquer à « rendre impossible dans l'avenir à n'importe quel gouvernement de négliger les intérêts britanniques en ce qui concerne le Maroc ». Une mission d'études commerciales, que nous avons vue nous-même à l'œuvre, a parcouru tout le pays pendant plusieurs mois. Organisée par le Ministère du Commerce, elle avait à sa tête des personnes choisies et éprouvées, un membre du Service Consulaire et un agent du Département du Commerce d 'outre-mer.
Admirablement situé, sur La belle avenue de la Gare, à mi-chemin entre le port et la gare, tout près de la place de France, l'Office Économique ouvre ses larges portes, conviant le passant à pénétrer dans ses locaux spacieux i irs. A leur arrivée sur le sol marocain les nouveaux débarqués trouvent là un accueil affable et instructif. Sur de vastes tables, où ils peuvent faire leur correspondance, ils ont à leur disposition journaux et revues, bulletins officiels, ouvrages sur le Maroc. Le touriste s'informe sur les hôtels, sur les points à visiter, sur les moyens de transport ; l'immigrant «s'enquiert d'une situation à obtenir auprès, de l'Office de placement qui centralise les besoins et les disponibilités de la maind'œuvre. Le commerçant, l'industriel, l'agriculteur s'adressent au directeur qui leur fournit les indications nécessaires pour guider leurs premiers pas, leur donne des renseignements techniques, des conseils pratiques. Et ceci est particulièrement opportun au moment où tant de gens se précipitent au Maroc sans connaissance bien approfondie du pays, sans aptitude spéciale, sans métier, sans ressources suffisantes, souvent sans savoir exactement ce qu'ils désirent entreprendre, persuadés ique les situations abondent et qu'étant bons à tout ils trouveront toujours quelque chose à faire.
Sur le grand hall d'entrée s'ouvre une salle de conférences où se réunissent les divers groupements et syndicats, le Comité d'Études Économiques, les Chambres de Commerce et d'Agriculture. D'un autre côté on entre dans les salles d'échantillonnage. L'une est réservée aux produits français d'importation, classés par nature de
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produits : porcelaines de Limoges, draps fins d'Elbeuf, soieries de Lyon, satins cotons de Villefranche et de Vienne, galons d'or et d'argent de Saint-Etienne, cotonnades de Rouen et d'Epmal, bijouterie, couleurs, etc., puis des objets à l'usage des Européens, vêtements, chaussures, papeterie, alimentation en général, articles de quincaillerie et d'électricité, machines-outils, matériel agricole, parfumerie, jouets. L'autre contient les produits marocains d'exportation classés par région de production. Les murs sont ornés de panneaux supportant des gerbes de céréales. Les grains sont placés dans des bocaux devant chacun desquels le produit se trouve exposé en vrac dans un casier afin d'examiner tous les échantillons et établir des comparaisons entre les diverses régions. On y voit cinquante types de laine diriérents, baldia, urdighia, aboudia, et atussi une cinquantaine de types de bois, cèdre, sumac, chéne-zéen, chêneliège, tamaris, thuya, arganier, noyer, saule, olivier. Sur chaque échantillon est inscrit un numéro correspondant à une fiche portant nom et adresse du fabricant, conditions de vente et d'expédition, mode de paiement, adresse du représentant. C'est là certes un rôle très utile de l'Office Économique de faire de la réclame pour notre industrie, de mettre les acheteurs marocains au courant de ce que nous pouvons leur fournir susceptible de leur plaire ou de leur servir. Et ici, à Casablanca, auprès des grands commerçants auxquels il fournit le moyen de se documenter, il peut être très efficace, surtout si l'on prend soin de tenir constamment à jour les diver^es collections.
Une autre institution, dont le besoin se fait sentir, c'est une Bourse de marchandises pour diminuer la spéculation et assainir le marché. Cette Bourse de Commerce est d'ailleurs prévue sur le plan Prost. Son emplacement est fixé en face de la nouvelle Poste et le bâtiment qui doit lui être affecté comporte un hall spacieux, des locaux .aménagés pour les courtiers que ceuxci Dourront louer pour y réaliser leurs opérations et où ils trouveront toutes les commodités de communication soit à l'intérieur soit à l'extérieur. La réalisation de cette œuvre essentielle donnant le cours de toutes les marchandises de la place et assurant ainsi toute sécurité aux transactions à terme ne peut donc pas tarder mais il faut éviter une improvisation hâtive. La Chambre de Commerce de Casablanca, saisie de la question, a reconnu cette nécessité : « Bien que l'existence d'une Bourse de Commerce soit une des créations les plus désirables en ce moment; pour assainir la situation, mettre un terme à toute possibilité de spéculation, et par là, asseoir définitivement le crédit du commerce à notre place, il faut cependant envisager que la préparation en sera peut être longue et laborieuse. » D'autre part le Directeur de l'Agriculture, du Commerce et de la Colonisation écrivait au Président de la Chambre de Commerce de Casablanca se déclarant «tout disposé à accepter le principe de l'établissement d'une Bourse de marchandises avec une corbeille installée provisoirement dans un des halls de l'Office Économique », et lui demandant de préparer « un projet d'organisation d'une Bourse de marchandises, projet qui serait basé sur la législation
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générale en vigueur dans Lai Métropole, mais qui s'inspirerait, pour le détail de son application pratique, des conditions spéciales du commerce de Casablanca ».
Après notre occupation, 1' industrie européenne ne tarda pas à s'implanter à Casablanca et elle prit très vite une notable extension. En 19 17, on ne compte pas moins de quarante établissements dans lesquels sont engagés plus de vingt millions de francs, se rattachant au bâtiment : chaux, ciments, briqueterie, carreaux, construction manufacturée, — au travail du bois et à la métallurgie : scieries., menuiserie, ébénisterie, meubles," literie, forges, constructions en fer, électricité, serrurerie, ouvrages d'art, — à l'alimentation : minoteries, pâtes alimentaires, biscuiteries, boulangeries mécaniques, fabrication de glace, de limonades et d'eaux gazeuses. Il qxiste aussi des imprimeries, une corder ie, une usine de décortication de légumes établie en 191 8 et de nombreuses petites fabriques de crin végétal de création récente. La plupart de ces usines ont été montées pendant l'admirable période d'activité de 1912-1914. On put craindre un moment que toutes ces industries encore nouvelles aient à •souffrir gravement du fait de la guerre. Il n'en fut rien heureusement, grâce à l'impulsion que le général Lyautey sut donner à tous par sa merveilleuse énergie et sa belle confiance, par ses habiles et sages mesures.
Le premier établissement important avait été fondé en 1908 par le docteur Veyre qui venait de séjourner sept ans auprès du sultan Moulay Abd-el-Aziz. Il organisa une minoterie pour fournir de pain le Corps d'occupation et la colonie européenne, une distillerie pour rendre
potable l'eau malsaine de Casablanca, une fabrique de glace artificielle, une usine électrique pour éclairer une partie de la ville, puis une scierie mécanique qui permit de monter rapidement et sans trop de frais les baraquements nécessaires. Par la suite ces diverses usines furent rachetées par la Sumica, Société Universelle de Mines, Industrie, Commerce et Agriculture. Celle-ci les agrandit et les modernisa pour l'utilisation du froid artificiel en transformant d'immenses sous-sols en chambres frigorifiques louées aux commerçants de Casablanca et la transformation des céréales en semoule, farine, son. D'autres minoteries se montèrent, jusqu'à huit dont quatre très importantes, absorbant un capital de douze millions, produisant 80, 170, 250 quintaux par vngt-quatre heures, les plus considérables jusqu'à 480. En 191 3, le Maroc importait 287 597 quintaux de semoules et farines représentant une valeur de 9 367 440 francs, en 1916 il n'en importait plus que 76236 quintaux pour une valeur de 3 949 642 francs. Bientôt il pourra exporter.
La S. I. M., Société Industrielle Marocaine, réussit à fonder en pleine guerre, en 191 5, une fonderie de métaux, où elle fait chaque semaine des coulées de dix à douze tonnes, et un atelier de mécanique générale. Elle y adjoignait une distillerie dotée d'appareils puissants et perfectionnés et parvenait à livrer une eau distillée et aérée, absolument pure, répondant aux besoins domestiques et aux nécessités industrielles.
Les industries se rattachant au bâtiment, chaux et ciment, briqueteries, fabriques de carreaux, absorbaient
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quatre millions et demi de capitaux. La Carrière et Usine d'El Hank comprend l'exploitation d'une carrière donnant une pierre siliceuse très dure, excellente pour l'empierrement des routes, la confection des pavés, la gavette du béton armé, et une usine pour le broyage de la pierre, la fabrication de la chaux et la fabrication de briques silico^calcaires, agglomérés de sable siliceux et de chaux, d'une grande résistance à la compression et à l'arrachement. La Société de Chaux, Ciment et Matériaux de Construction au Maroc fabrique aux Roches Noires du ciment Portland artificiel et de la chaux hydraulique dont la marque « Le Palmier » est classée au pair des meilleures d'Europe. Elle atteint comme production mensuelle le chiffre de deux mille tonnes.
Tout récemment, par suite de besoins nouveaux, il s'est installé un nombre considérable de petites fabriques de crin végétal. On en a compté jusqu'à soixantetrois, mais ce sont des installations rudimentaires et quelques-unes seulement sont pourvues d'une machine à vapeur. Elles se servent pour déchiqueter les feuilles de palmier nain d'un outillage très simple : deux rouleaux de bois et des peignes faits de longs clous traversant une barrette de bois. Enfin on va aménager à côté de l'abattoir un grand frigorifique dont la concession a été accordée à la Société des Abattoirs de France.
Certaines industries manquent encore à Casablanca, mais, lorsque la houille blanche sera organisée, on pourra envisager la création de fabriques de conserves de viande et de poissons, de distilleries, de laveries et de filatures de laine, d'une brasserie-mal terie sûre de
trouver dans le pays une eau d'une qualité suffisante et des orges excel lentes.
Si le commerce et l' industrie ont enrichi Casablanca, la base même de ces richesses se trouve dans l'abondante production de son hinterland, de l'opulente Chaouïa, de ces plaines fertiles de la Tamesna qui, de tout temps, suscitèrent l'envie de ses voisins. Administrativement la région des Chaouïa, d'une superficie de 12 500 kilomètres carrés, sur lesquels vit une population indigène de plus de 220 000 habitants est divisée en trois contrôles civils.
Le contrôle de Chaouïa-Xord, avec siège à Casablanca, comprend les tribus des Oulâd Zian, où abondent de belles terres profondes et noires à l'humus épais, des Zenata, des Mediouna, des Ziyaida autour du Camp Boulhaut établi sur une colline à la lisière de la forêt de chênes-lièges et des Mdhahra près du Camp du Boucheron. Le Contrôle de Chaouïa-Centre, avec siège à Ber Rechid, comprend les tribus des Oulâd Hariz, des Mzâb et A'Châch autour de Qaçba Ben Ahmed. Le Contrôle de Chaouïa-Sud, avec siège à Settat, comprend les tribus des Mzamza, Oulâd Bou Ziri, Oulâd Saïd, des Gdana et Béni Meskine vers El Boroudj. Géographique ment le pays des Chaouïa se divise en deux parties : la région de la plaine et la région du plateau qui s'enfonce vers le Tadla. La coquette petite ville de Settat est placée à la limite des deux zones dans un site charmant plein de verdure. Marché important, ses habitants, agriculteurs, pasteurs et commerçants, sont venus se grouper sous la protection des murs crénelés de sa kasbah
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I près d'une source fréquentée par les caravanes, VAïn |! Settachen Res, source des seize têtes, en souvenir de |l seize voyageurs qui furent décapités pour avoir refusé I de payer un droit aux fractions de tribu avoisinant ce Y point d'eau.
Le mouvement des principaux marchés indique bien | la prospérité de la région. Les taxes perçues comme I droits de place sur les marchés et fixées pour la plupart I des marchandises à 5 p. 100 de leur valeur ont rapporté j en 191 7 plus d'un million de francs, ce qui représente un trafic total annuel de plus de vingt millions.
Casablanca-banlieue 55 000 francs.
Bculhaut 100 000 —
Boucheron 86 000 —
Ber Rechid 128000 —
El Boroudj 74 000 —
Oulad Saïd 100 000 —
Ben Ahmed 25oooo —
Settat 225 000 —
C'est dans toute cette région, la première soumise à notre influence, que se sont naturellement établis la majorité des colons européens. Autour de quelques centres, en bordure des routes, au milieu des champs, de tous côtés de nombreuses fermes se détachent en points blancs sur l'immense plaine aux longs replis onduleux rompant sa monotonie. En 19 14, on comptait sur le territoire de Casablanca-banlieue, dans la région occupée par les Mediouna, les Oulâd Zian et les Zenata, 5919 hectares :ultivés appartenant à 86 Européens, dont 4381 étaient
la propriété de 53 Français. La valeur totale de ces exploitations agricoles, domaines de grandes sociétés ou d'individus, achetés la plupart entre 1910 et 1913, s'élevait à la somme de 3 3 10 650 francs dans laquelle étaient compris le prix du terrain, celui des bâtiments et la valeur du cheptel. En 191 7, la population européenne se répartissait de la façon suivante entre les différents centres : Fedhala 350, Boucheron 20, Boulhaut 80, Settat 200, Ber Rechid 250, Ben Ahmed 150. Autrefois les Européens ne faisaient guère que des associations agricoles Javec les indigènes mais, peu à peu, avec la sécurité, un certain nombre se sont établis sur leurs propriétés qu'ils exploitent eux-mêmes, soit par le métayage avec les khammas qui, en échange de leur travail, reçoivent le cinquième de la récolte, soit directement avec un maté-riel approprié à la grande culture.
La zone des terres légères et caillouteuses, dites sâhel ou remet, s'étend le long de l'océan jusqu'à une distance moyenne de vingt kilomètres formée par une suite de vallonnements cù l'on sème l'orge, le blé, le maïs et le lin, ou bien que l'on abandonne aux palmiers nains pour servir de terrain de parcours lorsque le rocher se trouve 'trop près de la surface du sol. Au delà de cette ligne commence la plaine des tirs, les fameuses terres noires, argileuses, fortes et compactes, riches en azote et en potasse, aptes à retenir longtemps une forte proportion d'eau. Aussi leur fertilité est-elle merveilleuse quand les pluies d'hiver ont été abondantes. A certains endroits épaisseur de la couche fertile atteint plusieurs mètres tandis qu'à d'autres elle ne dépasse guère dix centime-
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res. Ces tirs s'étendent sur une superficie d'environ [ 500 kilomètres carrés répartis chez les Mediouna, les !)ulâd Hariz, les Mdhakra, les Oulâd Zian, les Zenata, les Oulâd Saïd, où abondent aussi les terres rouges arjilo-calcaires que les indigènes désignent sous le nom Wiamri, moins fertiles que les tirs mais très bonnes mssi.
Dans ces riches terres à céréales, les cultures les plus
mportantes sont celles de l'orge, du blé dur, du maïs,
ont le rendement annuel moyen est respectivement de
ix à douze pour un quintal, jusqu'à seize dans certai-
es parties, de six à huit et de six. Des essais de blé
ndre ont donné de bons résultats, particulièrement le
lé colon d'Oranie ou blé barbu. Pour les graines, les
us intéressantes sont : la graine de lin, les pois chiches,
' holba^ fenugrec, le kesbour, coriandre, les fèves, les
ntilles. L'assolement biennal se pratique en laissant en
chère la parcelle cultivée en céréales ou par l'alter-
mce des deux genres de culture, cultures d'automne ou
'■kriya : blé, orges, fèves, et cultures tardives ou mazou-
Va : maïs, lin, pois chiches, fenugrec, coriandre, lentil-
Tableaux
État des cultures pratiquées en Chaouïa (Année 191 7)
Hectares Production Part de la culture
ense- en quintaux européenne.
Nature des produits. mencés. métriques. Hectares. Quint.
Blé 17000 1 43 8 000 3 5oo 26000
Orge 173700 1 509000 2700 17000
Avoine 1 340 12400 1 100 10 000
Fèves 3 420 36 200 220 1 200
Maïs 6950 54400 35o 2000
Pois chiches i2 3oo 87000 3oo 2000
Mil 2 800 23 000 » »
Sorgho 3 5oo 33 000 » »
Lin 4070 31400 170 1200
Coriandre 2400 23400 » »
Fenugrec 700 7 000 » »
Cultures diverses. . . 58o » 45o »
Totaux. . . . 383 260 3274800 8790 59400
État du cheptel
Chaouïa Chaouïa Chaouïa Euro- Animaux. Nord. Centre. Sud. péens. Totaux.
Chameaux . . . 4 5oo 7000 6800 25o 18 55o
Chevaux. . . . 5 600 9000 6 5oo 800 21900
Mulets 1 400 1 200 1 5oo 600 4700
Anes i3 000 22000 22 5oo 400 57900
Bœufs, vaches . 40000 42000 42000 3 000 127000
Veaux 14000 14000 16000 1 200 45200
Porcs » 160 45o 17000 17 610
Moutons. . . . 107000 295000 390000 17000 809000
Chèvres 38 000 57000 70000 1 5oo 169500
Totaux. . . 223 5oo 447360 558750 41750 1 271 36o
Il est probable que le rendement des cultures s'accroî
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tra dans de sérieuses proportions au fur et à mesure que s'étendront les exploitations européennes, surtout avec ces terres profondes que le rustique mahrath des indigènes, la chatrrue en bois à soc de fer et pointe d'acier, ne peut pas pénétrer suffisamment pour laisser l'eau s'infiltrer jusqu'au sous-sol. De «ême pour les semences, malgré toute l'habileté des Marocains à semer à la volée, le semoir en lignes fournit un travail plus régulier dont les champs montrent de suite les heureux résultats ainsi que nous l'avons vu chez certains colons de la Chaouïa. Le Protectorat a mis à la disposition des agriculteurs un certain nombre de tracteurs qui ont, paraîtil, donné un assez bon rendement. Mais il semble que pour réussir réellement il y aurait lieu de constituer une entreprise de motoculture. Pour le colon, en effet, l'emploi de tracteurs serait extrêmement onéreux par la nécessité d'avoir des mécaniciens et de former des approvisionnements de combustibles, de lubrifiants, de pièces de rechange. Une entreprise au contraire, montée avec d'importants capitaux, posséderait des ateliers de réparation, des magasins pourvus de tout le matériel nécessaire, un personnel spécialisé et pourrait mettre en action sur différents points des groupes de trois, cinq et dix machines. Le colon traiterait à forfait pour un nombre déterminé d'hectares, pour le labour, le déchaumage ou la moisson, et l'entreprise n'aurait qu'à s'entendre avec les propriétaires, grouper leurs contrats par domaines voisins les uns des autres afin de réduire au minimum les pertes de temps, tout en dépensant le moins possible de combustible et de main-d'œuvre.
Depuis l'occupation les indigènes, certains de la possession de leurs récoltes, ont cultivé de plus en plus leurs terres. La venue des Européens les a stimulés encore davantage par l'aide qu'ils leur apportaient en leur fournissant les capitaux dont ils avaient besoin et plus tard par l'enseignement qu'ils leur donnaient en appliquant des méthodes plus rationnelles en matière de culture et d'élevage. Il ne faut pas se dissimuler qu'il est très difficile en Chaouïa de se constituer de suite un domaine de quelque importance, à plus forte raison si on le désire vaste. Il faut se rendre compte aussi qu'il est presque indispensable d'avoir deux entreprises complémentaires, une de céréales et une d'élevage de bœufs, de moutons ou de porcs. Le mieux est de s'établir d'abord, d'apprendre à connaître le pays et les indigènes, et petit à petit on arrive à s'agrandir. Une propriété de mille hectares est un maximum que très peu sont parvenus à atteindre. La facilité d'achat de terres cultivables est de plus en plus restreinte. D'une part les fermes se sont multipliées, accaparant presque tout le terrain disponible. D'autre part les Marocains tiennent de moins en moins à se défaire de leurs terres et, comme la région est riche, ils n'y sont pas forcés par le besoin. Aussi les prix ont-ils considérablement augmenté et les beaux tirs noirs situés à une quarantaine de kilomètres de Casablanca ne valent pas moins de sept cents francs l'hectare. On peut calculer comme prix moyens à l'hectare : dans la Chaouïa Nord, les tirs défrichés de 300 à 650 francs et non défrichés de 200 à 300, les hamri défrichés de 250 à 350 et non défrichés de 80 à 150, les re-
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mel de 50 à 150 ; dans la Chaouïa Centre et dans la Chaouïa Sud, les tirs et hamri défrichés de 300 à 500 et non défrichés de 15c à 300, les remel de 50 à 150. On a d'ailleurs souvent avantage, vu l'état de propreté et la situation, à acheter un terrain à 200 francs l'hectare et même davantage qu'un autre à dix et quinze francs, plus éloigné et d'un défrichement coûteux. C'est pourquoi la Chaouïa reste la région des réalisations immédiates, en attendant le moment où le réseau de routes s'étendant de plus en plus à l'intérieur du pays facilitera l'exploitation de terrains encore incultes, où le rail triomphant enfin des lenteurs administratives pourra aller chercher dans les régions les plus éloignées les sacs d'orge et de blé pour les accumuler dans les hauts greniers qui se dresseront bientôt sur les quais du port.
Ce port, on le connaît, pour avoir été tant de fois décrit. Cinquante millions ont été prévus dans l'emprunt de 1914, pour en faire un grand port, le grand port du Maroc, où convergeraient toutes les routes et les chemins de fer, à côté duquel prospéreraient d'autres petits ports à barcasses desservant chacun une région particulière. Voici, d'après le directeur général des travaux publics au Maroc, ce qu'il sera un jour : « De longues et puissantes jetées enserreront un vaste mouillage où les navires de toute calaison pourront, même aux jours de grande tempête, défier l'assaut des lames. A l'arrière, ceinturé encore par deux autres jetées que la protection des premières permet de faire moins épaisses et moins robustes, un petit port intérieur abritera, en eaux absolument calmes, les barcasses, les remorqueurs,
tout le matériel naval de transport ; à côté des quais anciens, prolongés ou avancés en mer, de nouveaux quais seront créés accessibles à tout état de marée aux embarcations légères et aux bateaux de mer de faible calaison ; de vastes terre-pleins les longeront munis de tout l'outillage qu'exige un trafic important (grues, engins de manutention, magasins desservis par un double réseau de voies charretières et de voies de fer, etc.) ; plus tard, enfin, grâce à la construction, d'ores et déjà prévue, de quais en eau profonde, les grands navires jouiront à leur tour des bénéfices de l'accostage et, ce jourlà, Casablanca sera devenu le port mondial que nous rêvons. »
Le mouillage des bateaux de haute mer mesurera une surface totale de 140 hectares, protégé par la grande jetée de l'Ouest longue de 1 900 mètres et la jetée transversale de l'Est longue de 1 400 mètres qui se détachera de la première à 300 mètres en arrière de son extrémité et dans laquelle sera ménagée la passe d'entrée de 250 mètres de largeur. Le petit port, ou port intérieur, est aménagé devant le boulevard qui longe la mer au pied des vieux remparts de la ville arabe, défendu par deux jetées d'une longueur totale de 670 mètres coupées par une passe de 80 mètres. Du côté de la grande jetée une darse reçoit les barcasses et les remorqueurs, bordée par un terre-plein où viennent débarquer et embarquer les passagers. Les anciens quais de la Marine et de la Douane restaurés sont devenus d'un accès facile et constant pour les petites embarcations. Quant aux bateaux de mer de calaison restreinte, ils peuvent s'amarrer le
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long de La jetée Est formant mur de quai du côté intérieur. Au delà de la jetée se trouvent douze hectares de terre-pleins neufs, munis de nombreuses grues fixes et d'une grue mobile de 25 tonnes, couverts en partie de magasins et de hangars desservis par de larges voies charretières et un réseau de voies de fer de o m. 60.
Pour l'infrastructure des jetées on s'est servi de blocs artificiels en béton de ciment armé. On a employé les plus gros d'un volume de 40 mètres cubes et d'un poids d'environ 100 tonnes pour la grande jetée du côté du large, tandis qu'on constituait le reste avec des blocs moindres de 50 tonnes et de 20 mètres cubes et pour les jetées du petit port on utilisait des blocs cubant 10 mètres et d'un poids de 25 tonnes. Un parapet très solide court tout le long de la jetée du côté de la mer et vers le port c'est un radier formant plate-forme.
Malgré les entraves apportées par la guerre, les travaux étaient poussé? activement et, au mois de septembre 1918, la grande jetée était exécutée sur 872 mètres. Mais l'approvisionnement en ciment devenait de plus en plus difficile, les matériaux avaient subi une hausse fantastique, la main-d'œuvre avait augmenté de façon appréciable. Aussi le Service des Travaux Publics fut-il amené à envisager une modification importante au plan primitif pour l'exécution duquel on allait se trouver en présence d'un très gros déficit. Ces remaniements devaient se faire en trois étapes. Dans la première, on construirait la grande jetée jusqu'à 1 300 mètres environ et on reporterait la jetée transversale vers l'Ouest de façon à la faire aboutir à la grande jetée vers le
i ioome mètre. On calculait que vers la fin de 1920 on aurait un mouillage absolument sûr, praticable en tout temps pour les opérations de déchargement et d'embarquement, qui mesurait une surface de 35 hectares. La seconde étape comprendrait la construction de 1 650 mètres de quais et, si l'on disposait des fonds nécessaires, le prolongement de la grande jetée de 600 mètres, c'està-dire que celle-ci atteindrait toute La longueur prévue au projet original. Enfin, au cours de la troisième étape, on aménagerait un second bassin en prolongeant la grande jetée jusqu'à 2 250 mètres et en établissant une seconde jetée transversale parallèle à la première. Ce bassin aurait une surface de 66 hectares avec profondeur1 de 9 m. 50 à basse mer et serait bordé de 2 250 mètres de quais avec un quai spécial de 900 mètres pour les phosphates. La Direction des Travaux Publics pensait ainsi « concilier dans la mesure du possible les nécessités de la situation présente, savoir : aménagement, dans un délai aussi court que le permettent les sujétions actuelles, d'un port où les opérations commerciales puissent se poursuivre normalement ; engagement graduel des dépenses, au fur et à mesure des besoins et dans les limites des ressources disponibles ; possibilité d'extensions ultérieures, notamment de celles que comporteront les exploitations minières et mesures prises en vue de les réaliser sans perte de temps, dès qu'elles seraient reconnues utiles ».
Ce ne fut pas l'avis de la Chambre de Commerce qui craignait que ce projet ne fût « un acheminement vers un compromis opportuniste où l'idée du grand port serait
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sacrifiée ».L'opinion publique également s'émut et protesta contre toute restriction apportée au projet primitif du port proposé en 191 3. En effet, « tous les efforts consentis à Casablanca au point de vue commercial, industriel et agricole, reposent uniquement sur l'espoir du grand port qui doit donner à notre ville l'essor qu'elle mérite et pour lequel elle a tant travaillé ». La Chambre de Commerce examina attentivement les avantages du nouveau projet proposé mis en parallèle avec ceux que présentait le projet primitif et conclut en faveur de ce dernier. « .Malgré les difficultés financières et techniques que comporte le projet de 191 3, il garde cependant l'avantage sur le petit port, même considéré comme une étape du grand. » Au bout de cinq ans Casablanca aurait un abri de 110 hectares tandis qu'avec le nouveau projet cet abri ne serait que de 34 hectares, avec un quai il est vrai. Mais ce dernier point n'est que secondaire ; ce qu'il est indispensable d'avoir au plus tôt, c'est un abri très large où de nombreux bateaux, moyens ou grands, puissent ensemble et rapidement décharger et recharger des marchandises. Un autre avantage était de construire à son emplacement définitif le quai à phosphates et de l'avoir prêt au bout de ces cinq ans justement lorsque la mine serait aménagée et le chemin de fer construit depuis El Boroudj à 140 kilomètres environ au Sud-Est de Casablanca. Or les prospections permettent d'escompter un gisement de plus d'un milliard de tonnes très semblable aux gisements de Gafsa en Tunisie, de Tebessa et du Kouif en Algérie. Mais les disponibilités financières actuelles rendaient impossibles Taché-
vement de ce premier projet dont les Casablancais réclamaient le maintien intégral. Il fallait des ressources nouvelles et c'est sur ce point que se sent portés les efforts du Protectorat. Une nouvelle dotation va être demandée à un emprunt gagé sur le revenu de la taxe spéciale de 2,50 p. 100 des douanes et sur des taxes de port. Grâce à cette somme les travaux pourront être activés et on peut entrevoir désormais le jour assez prochain où ce grand port assurera à Casablanca son plein développement auquel son passé si brillant lui donne le droit d'aspirer.
D'aucuns s'alarment de la situation qui sera faite à Casablanca, si Tanger devenait port français. Il ne semble pas qu'il y ait lieu d'exagérer le danger de cette concurrence. Sans doute Tanger par sa position à cheval sur l'Atlantique et la Méditerranée est un port de transit de premier ordre, admirablement placé pour l'échange des marchandises venant d'Orient contre les articles d'Occident. Mais Casablanca grand port du Maroc, desservi par des routes et des chemins de fer se déployant vers l'intérieur du pays, sera toujours choisi pour la plus grande part du trafic des importations en même temps qu'il assurera un fret de retour important et constamment disponible avec ses grains et ses minerais. C'est pourquoi il doit offrir aux navires qui se présenteront, en outre d'un bon mouillage, toute sorte de facilités pour se ravitailler en eau et en charbon et, si besoin est, pouvoir faire dés réparations.
Les services doivent être améliorés ; ils le sont déjà en partie. La Compagnie Générale Transatlantique
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d'une part et de l'autre la Compagnie Paquet, qui desservait le Maroc dès 1880 avec un unique bateau de 350 tonnes le Languedoc, font tous leurs efforts pour assurer la régularité et la rapidité des relations entre Casablanca et Bordeaux, Casablanca et Marseille, avec des unités spacieuses et bien aménagées. D'un côté, en effet, Casablanca reçoit des vins et des comestibles, des articles de luxe et de ménage de la région parisienne, des tissus de laine et de coton des régions du Nord, tandis que son cheptel, porcs, bœufs, moutons, et son crin végétal y trouvent de larges débouchés. A Marseille, ce sont les produits métallurgiques de la Loire, les chaux et ciments de la vallée du Rhône, les soieries de Lyon, le sucre et les bougies de Marseille, en échange des blés et semoules du Maroc, des orges et maïs, des graines de lin et de ricin. Il faudrait augmenter les relations déjà importantes qui existent entre l'Algérie, en particulier Oran, et le Maroc. Pour cela il conviendrait de fusionner les deux lignes, Oran, Tanger, Casablanca et Marseille, Tanger, Casablanca afin d'avoir un départ hebdomadaire de Marseille sur Oran et Casablanca avec escale à Tanger une fois par quinzaine. On aurait ainsi un service fréquent et régulier pour le transport du courrier, des colis postaux et des passagers, tandis qu'on obtiendrait à Oran un transbordement rapide et peu coûteux des marchandises destinées aux ports, de rivières sur l'Atlantique, Kenitra et Rabat, et aux ports de la Méditerranée Nemours, Melilla, Ceuta, Tanger. Une ligne bimensuelle devrait relier Marseille aux ports du Sud. Mazagan et
Mogador, pour éviter les longs stationnements devant Casablanca ou l'encombrement des marchandises ralentit trop souvent les opérations. .La ligne heDdomadaire cie Bordeaux aurait avantage a toucher Lisbonne, de même que pour créer et augmenter le courant commercial entre l'Ouest de la France et les ports du Sud, il faudrait une ligne bimensuelle partant d'Anvers et desservant Dunkerque, Le Havre, Nantes, Bordeaux, Lisbonne, facultativement Bilbao, Casablanca, Mazagan et Mogador.
Il faut aussi, et<:'est une nécessité qu'on a trop négligée jusqu'à présent, créer des relations maritimes suivies entre le Maroc et l'Afrique Occidentale Française, entre lesquels des échanges très intéressants peuvent s'établir. On cite volontiers le fait suivant bien caractéristique. En 1913, année de mauvaise récolte au Maroc, la consommation a dû faire appel à l'extérieur pour recevoir le maïs qui lui était nécessaire. Le territoire du Protectorat a importé pour ce motif 219822 quintaux de maïs, dont 49 423 de provenance française et 25 539 de provenance allemande. Or, cette même année le Dahomey a exporté 132 561 quintaux de cette céréale dont 78 en France. 84 994 en Allemagne et le surplus en Angleterre. Le Maroc peut utiliser les bois de l'A. O. F. pour concurrencer les bois du Nord, les produits du cheptel soudanais pour améliorer le sien par des croisements, ses bananes au lieu des bananes des Iles Canaries, ses graisses végétales, végétaline et cocose, qui remplaceraient les beurres danois. De son côté, il peut lui envoyer des céréales, ses farines, ses semoules, des articles de fabrication indigène, tissus, babouches et cuirs ouvragés.
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Il suffirait pour débuter d'obtenir des grandes lignes françaises desservant le Sénégal qu'elles fassent à l'aller et au retour un crochet à Casablanca.
De même devrait-on attirer les passagers de l'Amérique du Sud. Certaines compagnies comme la Cie Italienne de l'Amérique du Sud, sont, paraît-il, disposées à s'arrêter au retour à Casablanca. En effet, quand le réseau marocain sera relié à Tanger et à Oran, Casablanca sera le port le plus méridional du vieux continent. Une voie ferrée doit relier incessamment Cadix à Tarifa, à la pointe extrême de l'Espagne, distant de Tanger d'une heure seulement. Quand la ligne projetée à travers l'Espagne sera exécutée, on pourra se rendre de Paris à Tanger en trente heures et de Tanger à Casablanca en huit heures.
L'amélioration des services n'est pas suffisante, il faut stabiliser le fret en adoptant une tarification qui ne varierait pas sans cesse et serait calculée selon la valeur, le poids, l'encombrement, la fragilité ou le danger de la marchandise, le réduire aussi pour que les transports sous pavillon français se fassent, à conditions égales, au même prix que sous pavillon étranger. Enfin une question qui est intimement liée à l'essor économique du Maroc, c'est celle des frets combinés. Selon la formule du président de la Chambre de Commerce qui s'en est vivement préoccupé : <c 11 faut que demain le taillandier de l'Isère puisse coter un prix ferme pour ses outils agricoles au colon de Sidi ben Nour sans avoir à se préoccuper des formalités et des taxes d'embarquement et de débarquement à Marseille et à Casablanca. »
CHAPllkE II
Fehdala
Entreprise privée. — Port de pêche et port industriel. Centre balnéaire.
De Casablanca jusqu'à Rabat, tout le long de la côte, sent échelonnées de petites cités enfermées dans de hautes murailles tougeâtres, flanquées de tours massives garnies de créneaux où d'immobiles cigognes jettent la note claire de leurs ailes blanches bordées de noir. Elles apparaissent de loin en loin, kasbahs solitaires au milieu de la plaine monotone, mystérieuses et farouches, hermétiquement closes par les grands battants en bois d'une porte monumentale. Mançouriya, fondée par Yacoub el Mançour, que ses habitants abandonnèrent précipitamment pour s'enfuir à Rabat dès qu'ils apprirent le débarquement de l'infant don Fernando à Anfa, Bouznika à mi-chemin entre Casablanca et Rabat où d'intéressants essais de petite colonisation ont été tentés, Fedhala si favorisée que certains auteurs ont voulu voir dans son nom la corruption de Faidh Allah, présent de Dieu.
Située à 25 kilomètres au nord de Casaiblanca et à
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65 kilomètres au sud de Rabat, Fedhala est un des rares points à posséder une baie bien abritée sur cette rude côte marocaine que Tacite décrivait : mare saevîim, littus import uosum, mer farouche, littoral sans port. Deux petits îlots, s'étendant sur presque un kilomètre de long, la protègent contre les vents régnants Sud-Ouest, Nord- Ouest, reliés entre eux et à la terre ferme par un promontoire rocheux découvert à marée basse. Son entrée, orientée à l'Est et très sûre, reste praticable par tous les temps. Les Romains, dit-on, y amenaient leurs trirèmes et plus tard les Portugais y édifièrent une kasbah fortifiée, y établirent un centre commercial très fréquenté par les marchands chrétiens de la Méditerranée qui venaient y '-chercher du blé, de l'orge et des fruits secs.
En 1773, le Sultan Sidi Mohammed, ayant permis l'extraction d'une quantité considérable de blé amassée dans les silos, eut l'idée d'y faire construire une ville. Aux commerçants qui désiraient bénéficier de cette extraction il impesa l'obligation de bâtir des maisons. Mais l'année suivante il leur retira les privilèges accordés pour les octroyer avec un monopole à la compagnie madrilène Los Cinco Gremios Majores. De vastes magasins furent édifiés, puis, le blé une fois enlevé, la ville fut abandonnée et resta ruinée avant d'être achevée. En 188 1, elle n'était plus qu'un village misérable où végétaient un millier de musulmans et d'israélites.
L'occupation française allait la vivifier à nouveau en utilisant son port pour recevoir des navires affrétés par l'Administration de la Guerre, chargés d'approvisionnements militaires et en l'ouvrant ensuite au commerce in-
ternational en février 19 14. Une société française, la Compagnie Franco-Marocaine de Fedhala (Hersent Frères), reconnaissant les avantages de cette baie, rachetait à des Allemands près de quinze cents hectares situés aux environs et décidait d'y entreprendre la construction d'un petit port où les navires pourraient opérer à quai en attendant que les grands travaux de Casablanca soient terminés. Par un dahir du 4 mai 191 4, elle obtenait une concession pour la construction et l'exploitation d'un port public, mais sans subvention ni garantie. Elle se chargeait de l'exécution et de l'entretien des ouvrages nécessaires et ne recevait d'autre rémunération du capital engagé que le produit des différentes taxes d'usage. Dès 1912, elle avait entrepris à ses risques d'aménager la baie. Elle reliait les deux îlots par une digue achevée en 1913 , construisait des hangars et un appontement à barcasses de 150 mètres de longueur, muni de grues à vapeur, rattaché à la ligne Casablanca-Rabat par une voie ferrée de o m. 60, posée par le génie militaire.
En 19 14, elle commençait la grande jetée du large et deux wharfs destinés à l'embarquement du bétail, des ce-' réaies et du fourrage et au débarquement du matériel pour l'administration militaire. Vers le milieu de 1915, elle se voyait obligée, par le manque de matériaux, de suspendre les travaux. La grande jetée atteignait alors 150 mètres de longueur .Elle avait absorbé 29 000 mètres cubes de blocs naturels et 13 550 tonnes de blocs artificiels. L'année suivante, on s'occupa plus spécialement de l'aménagement intérieur du port où deux jetées, l'une de
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400 mètres, l'autre de 180, devaient donner un calme absolu. Des quaiis à barcasses, des terre-pleins avec de solides hangars facilitaient les opérations et en 191 8, cet outillage était complété par un appontement de 170 mètres de longueur contre lequel pouvaient accoster la plupart des bateaux dont le ravitaillement en charbon et en eau douce était toujours asssuré. Pour empêcher les sables de s'accumuler, un épi de protection long de 400 mètres était construit à l'entrée même du port et séparé seulement par une passe de 90 mètres de largeur d'un petit môle de 165 mètres de longueur accroché à l'île la plus au large.
On doit se féliciter de l'heureux résultat de cette initiative privée française, preuve éloquente de ce que peuvent l'intelligence et l'énergie, la science unie à la volonté d'aboutir, sans rechercher ni attendre l'aide providentielle de l'État qu'on s'est trop habitué chez nous à considérer comme indispensable. Port annexe de Casablanca, Fedhala a été un très utile auxiliaire du grand port du Maroc en en facilitant le dégorgement, surtout aux époques où le mauvais temps rendait les opérations de débarquement . et d'embarquement particulièrement difficiles, sinon impossibles. Depuis août 1917. les bateaux de 3 000 tonnes pouvaient effectuer leurs opérations à quai. D'après les chiffres relevés par la C,e du Port de ■ Fedhala qui, en 1916, s'est substituée à la Compagnie Franco-Marocaine, le mouvement du port était en ICI année de l'ouverture, de 15 navires d'une jauge nette de 13 217 tonneaux. En 1915, il était de ^"' navires jaugeant 29 342 tonneaux, en 1916 de 168 navires jaugeant 32 071
tonneaux, en 191 7, de 214 jaugeant 80419 tonneaux et en 191 8 de 253 navires jaugeant 1 17 715 tonneaux.
Intéressant comme port de commerce général, Fedhala l'est particulièrement comme port de pêche. Plus d'une centaine de balamcelles espagnoles, montées par neuf ou dix hommes d'équipage, viennent chaque année vers fin avril d'Alicante, de Villaijoyora et de Dénia. Péchant an large et salant le poisson pour l'emporter à leur port d'attache, elles vont à Fedhala se ravitailler en vivres et en ea<u douce. Certaines restent après la saison et approvisionnent Casablanca et Rabat. Toutes les variétés de poissons se rencontrent aux environs de Fedhala, principalement la sardine. Le maquereau y est très abondant pendant le mois de juillet. Un industriel de Concarneau a déjà monté une usine de séchage de poisson qui ne manquera pas de prendre un développement intéressant lorsque des chalutiers lui .assureront un apport constant et régulier de poisson. Car il semble certain que Fedhala attirera les installation de pêche toujours gênantes d.?ns un grand port, à cause de la place qu'elles occupent. D'autre part, la Société des Frigorifiques de l'Afrique du Nord, au capital de 3500000 francs, construit actuellement un établissement frigorifique destiné alu magasinage etrà la conservation des denrées périssables fournies par la région et devant être exportées vers la Métropole, notamment le poisson et les porcs dont on fait l'élevage en grand dans toute cette zone. Le poisson destiné à l'exportation sera coneelé. tandis que celui destiné à ravitailler les villes de l'intérieur du Maroc sera simplement frigorifié et transporté dans des récipients
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spécialement aménagés. La viande de porc uniquement destinée a l'exportation sera congelée. On prévoit le traitement de 40 porcs pax jour.
D'autres industries sont déjà établies : un chantier de construction de carcasses et, à deux kilomètres environ du port, une grande briqueterie, construite par lai Société des Briqueteries de Fedhala au capital de 1 000 000, exploite avec succès, depuis un certain temps, les riches gisements d'argile de la localité. La Société Marocaine des Charbons et Briquettes, au capital de 2 000 000, ayant pris Fedhala comme port d'attache et base d'opérations commerciales, doit édifier prochainement une usine de briquettes à proximité du port. Fedhala est d'ailleurs tout désigné comme port industriel par les avantages qu'il offre tant en raison des richesses de toute nature dont est doté son hinterland et qui attendent une exploitation industrielle qu'en raison des commodités qui résultent des avantages nautiques du port pour l'adduction de certaines matières premières et du machinisme en provenaince de l'extérieur. Centre attractif d'une région importante occupée par les Zenata, les Arab et les Ziaida, il voit affluer vers lui céréales, peaux et laines, ovins, bovins et porcins, en même temps qu'il recevra les minerais provenant des gisements ferrugineux découverts dans la vallée de l'Oued Nefûfikh et une partie des phosphates d'El Boroudj. On vient du reste de décider la construction d'une fabrique de superphosphates destinée à fournir au Maroc les engrais nécessaires à l'intensification et à la multiplication des cultures variées auxquelles son sol et son climat se prêtent généreuse-
ment. Et pour la marche de toutes ces industries, la Compagnie du Port se propose de créer une centrale électrique qui fournira l'énergie et la lumière.
Port de pêche, port industriel, Fedhala deviendra en plus un centre balnéaire très fréquenté, grâce à sa situation intermédiaire entre Casablanca et Rabat et à son immense plage de sable fin où l'on peut se baigner sans crainte de courants pernicieux et de vagues de fond si dangereux en d'autres points de la côte. La population comptait à la fin de 1917, 1 200 indigènes et 380 Européens et 3 écoles étaient ouvertes } l'école franco-arabe fréquentée par 59 élèves, l'école du port avec 55 fillettes et l'école des garçons avec 25 élèves. Plusieurs boutiques sont installées où les indigènes trouvent toutes les marchandises qui leur sont nécessaires, une large avenue centrale a été empierrée et plantée de platanes tandis que d'autres voies ont été tracées selon un plan d'ensemble. A côté des maisonnettes et de quelques immeubles plus importants qui constituent actuellement la petite ville on compte édifier un hôtel confortable à l'usage des voyageurs et des touristes et peut-être un casino. Bientôt sans doute, autour de cette baie qui n'était, il y a quelques années f qu'une crique déserte, verra-t-on se dresser de gracieuses villas ombragées d'airbres où les habitants de Casablanca et de Rabat viendront passer l'été pendant que, sur la plage, leurs enfants se livreront à de joyeux ébats mêlés aux colonies de vacances de jeunes Européens venus de Dar bel Hamri, de Petitjean, de Meknès et de Fès.